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    Dans un nouveau rapport transmis au Président du Conseil de Sécurité de l’ONU le 15 décembre 2023, le groupe d’Experts des Nations-Unies est revenu sur l’impact de la crise liée au Mouvement 23 mars sur la dynamique des groupes armés notamment au Sud-Kivu.

    L’arnaque « wazalendo »

    Pour le groupe d’Experts de l’ONU, la crise du M23 a continué de favoriser la réactivation des groupes armés à Kalehe, Kabare et Shabunda, les territoires du nord du Sud-Kivu, au cours de la période considérée. Ces groupes, principalement les factions Raïa Mutomboki et les groupes Nyatura, ont profité de la crise du M23 pour se remobiliser et intensifier leurs activités respectives.

    De plus, rapporte le rapport, la plupart des groupes armés du Sud-Kivu ont également commencé à s’appeler « Wazalendo » afin de recevoir l’appui des FARDC et des autorités locales, d’accroître la légitimité de leurs opérations et de mieux se positionner en vue de futures négociations avec le Gouvernement et d’une éventuelle intégration au sein des FARDC ou de la RAD.

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    « Les rumeurs généralisées sur les infiltrations et les opérations du M23 ou des RDF au Sud-Kivu, dont certaines ont été confirmées par le Groupe d’experts, et la paranoïa qui s’en est suivie, parfois intentionnellement alimentée par les groupes armés eux-mêmes (voir annexe 53), ont contribué à la prolifération du phénomène des Wazalendo ».

    Cependant, poursuivent les experts de l’ONU, jusqu’à récemment, seuls quelques-uns de ces groupes armés ont tenté de rejoindre le Nord-Kivu pour combattre le M23 et les RDF.

    « Ils ont plutôt utilisé leur statut de Wazalendo nouvellement autoproclamé pour recruter, étendre leur zone d’influence, agir en tant qu’autorités de facto et renforcer leurs activités criminelles , notamment l’exploitation des ressources naturelles et de nombreuses attaques et atteintes contre la population, y compris la violence sexuelle, le recrutement d’enfants, les meurtres et les mauvais traitements infligés aux civils, les enlèvements contre rançon, l’extorsion et l’imposition illégale de la population. Les combats entre groupes armés ont été fréquents également ».

    Selon le groupe d’Experts, la faiblesse ou l’absence des autorités de l’État, notamment des services de sécurité, dans tout le Sud-Kivu, les FARDC s’étant notamment concentrés sur la lutte contre le M23 dans le Nord-Kivu, a exacerbé cette situation. Les élections à venir et le retrait prévu de la MONUSCO du Sud-Kivu risquent d’aggraver la situation dans cette région.

    « En octobre 2023, des centaines de combattants de la Force d’Autodéfense Biloze Bishambuke (FABB) ont été bloqués à Baraka alors qu’ils tentaient de rejoindre les Wazalendo au Nord-Kivu. En octobre et début novembre, des centaines de combattants Raïa Mutomboki se sont rendus au Nord-Kivu, parfois transportés par des véhicules fournis par les autorités locales. Les FABB et Raia Mutomboki ont coordonné leurs activités avec les chefs Wazalendo au Nord-Kivu, tels que Janvier Karahiri et Guidon Shimiray Mwisa, ainsi qu’avec les autorités militaires et provinciales, afin d’autoriser et de faciliter leurs déplacements ».

    Collaboration entre les Twirwaneho et le Mouvement 23 mars

    Le Groupe d’experts dit aussi avoir établi la collaboration entre les Twirwaneho et le M23. Plusieurs sources, y compris des ex-combattants du M23 et des Twirwaneho et des personnes proches des deux groupes, ont corroboré que les chefs des deux groupes, en particulier Charles Sematama pour les Twirwaneho et Sultani Makenga pour le M23, visé par des sanctions, étaient en contact régulier, rapporte le rapport.

    « Le « colonel » Thomas Ndori, commandant des Twirwaneho, a confirmé les liens entre les deux groupes dans un message audio diffusé en juin 2023 et authentifié par le groupe. Le « colonel » Ndori a affirmé qu’« il n’y a [avait] pas de différence entre [eux] » et que les Twirwaneho attendaient l’arrivée de troupes mixtes, notamment de combattants banyamulenge venant de Masisi et dirigés par un colonel qui apporterait des armes et des munitions. Le colonel s’appelait Moïse Byinshi Gakunzi, un déserteur munyamulenge des FARDC, considéré comme l’un des liens instrumentaux entre les deux groupes depuis qu’il a rejoint le M23 en mars 2023. L’enregistrement a conduit à l’arrestation de Ndori par les dirigeants Twirwaneho, qui l’ont détenu plusieurs mois », lit-on.

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    Le groupe d’experts de l’ONU révèle que le recrutement régional de jeunes Banyamulenge pour le M23, avec le soutien d’individus proches des Twirwaneho, s’est poursuivi. « Certaines de ces nouvelles recrues ont été récemment tuées au combat dans les territoires de Rutshuru et de Masisi ».

    De plus, plusieurs sources ont indiqué au groupe d’Experts de l’ONU que des représentants des Twirwaneho et du M23 ont participé à plusieurs formations et réunions organisées dans plusieurs endroits au Rwanda et à Tshanzu (territoire de Rutshuru), à partir de mai 2023.

    « Le coordinateur des Twirwaneho, Kamasa Ndakize a été régulièrement cité comme l’un des représentants des Twirwaneho présent à une réunion à la mi-2023 ayant pour but d’examiner la coordination entre le M23 et les Twirwaneho et d’éventuelles opérations contre les FARDC au Sud-Kivu ».

    Fidèle Ushindi
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