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La province du Sud-Kivu vit actuellement une situation de crise institutionnelle. Cette situation née de la rupture des relations entre l’exécutif provincial et l’organe délibérant est loin de dire son dernier mot. Les deux institutions vivent, depuis trois ans déjà, une situation de méfiance. Une « guerre » ouverte s’est déclarée entre l’Assemblée provinciale et le Gouvernement provincial dirigé par Théo Ngwabidje, accusé de « mauvaise gouvernance ».

Destitué pour la quatrième fois en novembre 2022 par l’organe délibérant et réhabilité par la Cour constitutionnelle depuis mars dernier, le Gouverneur Théo Ngwabidje a enfin repris ses fonctions mardi 11 avril 2023, après avoir obtenu du Vice-Premier ministre et ministre de l’intérieur, une lettre lui demandant de reprendre ses fonctions entant que Gouverneur.

Malgré cette reprise des fonctions, le Gouverneur Théo Ngwabidje est loin de travailler dans le calme. Déjà quelques heures après la lettre du Ministre de l’Intérieur, les députés provinciaux ont encore une fois déposé une autre motion de censure contre le Gouvernement provincial.

Cette cinquième motion depuis l’élection de Théo Ngwabidje n’a presque rien de nouveauté. Les députés motionnaires soutiennent que cette motion n’a jamais été vidée de son contenu.

« Tous les griefs contenus dans notre motion sont toujours d’actualité » lâche un député, qui indique que malgré la réhabilitation de Théo Ngwabidje, « le détournement, la gestion opaque, le mépris envers l’Assemblée provinciale, la mauvaise gestion administrative et le manque d’infrastructures, » sont toujours à la une en province.

Autre raison qui aurait motivé les députés motionnaires, c’est la volonté de Kinshasa de vouloir maintenir un Gouverneur « vomi » par leur organe. Comme ils avaient prévenu lors de leur retour en province, en provenance de Kinshasa où ils avaient été reçus par le Président de la République, les députés ne jurent que sur la fin du règne de Théo Ngwabidje.

Pour eux, aucune cour, constitutionnelle soit-elle, ne saurait rétablir la confiance rompue entre l’Assemblée Provinciale et l’exécutif Provincial sous la houlette de Théo Ngwabidje.  Cadre de l’UDPS, le parti présidentiel, Théo Ngwabidje se sauvera-t-il de cette nouvelle guerre déclenchée contre lui ?

Retour à la case départ

Comme pour toutes autres motions de censure ou de défiance du passé, cette cinquième déposée a d’ailleurs été transmise au Gouvernement provincial, suivie d’une invitation pour que le chef de l’exécutif provincial vienne y répondre dans une plénière prévue ce vendredi 14 avril 2023.

Ayant appris le dépôt de cette motion, quelques députés provinciaux acquis au Gouverneur Théo Ngwabidje se prépareraient également à déposer encore une fois des pétitions contre certains membres du bureau de l’Assemblée provinciale, pour torpiller la procédure d’examen et de vote de la motion de censure contre le Gouvernement provincial.

Déjà, apprend-t-on des sources proches des députés acquis à Ngwabidje, le dépôt de ces pétitions pourrait intervenir dans les heures qui suivent et ce, avant l’examen de la motion de censure contre le gouvernement Ngwabidje.

Ce scénario rappelle les évènements qui ont secoué la province lors de la quatrième motion, où ces mêmes députés pro Ngwabidje avaient encore une fois initié des pétitions contre les membres du bureau pour bloquer la procédure déclenchée, pouvant aboutir à l’éviction du locataire de Nyamoma.

Ce qui a d’ailleurs occasionné des échauffourées entre députés, allant jusqu’à délocaliser les plénières dans un lieu inhabituel. Pour plusieurs observateurs, les mêmes évènements risquent de se répéter avec le risque cette fois d’installer un chao à dans la province.

Kinshasa toujours pas prêt à livrer Ngwabidje

Si pour les juristes, le retour de Théo Ngwabidje est un fait légal, dans les salons politiques en province comme à Kinshasa, on parle d’une décision politique exprimée par les protecteurs de Théo Ngwabidje, désormais cadre du parti au présidentiel.

Malgré les différentes demandes des acteurs de la Société Civile, les groupes de pression et les députés provinciaux, Kinshasa n’est pas visiblement pas disposé à livrer Théo Ngwabidje. Plusieurs cadres de l’UDPS à Kinshasa n’ont pas cessé d’apporter leur soutien à Ngwabidje dans ce sens.

Pour l’UDPS, Théo Ngwabidje est comme une manne tombée du ciel. Le parti présidentiel se contente donc d’avoir un Gouverneur, contesté soit-il,  dans un Sud-Kivu où il ne compte aucun député provincial.

Il faut donc le maintenir « par tous les moyens », quitte à bousculer au passage l’UNC, son partenaire de taille dans l’union sacrée.

Dans les coulisses, on parle même d’un probable remaniement du gouvernement provincial, au sein duquel Théo Ngwabidje cherche à placer les hommes de son parti. C’est peut-être dans cette perspective que celui-ci vient de limoger son ministre de l’agriculture, pèche, élevage et développement rural. Resté fidèle à son parti UNC, Robert Byachanda s’est vu écarté de l’équipe gouvernementale, dès la reprise des fonctions par Théo Ngwabidje.

Au Sud-Kivu, plus d’un observateur se pose la question de savoir pourquoi Kinshasa tient à imposer Théo Ngwabidje à la tête de la province, et ce, malgré son rejet par les acteurs majeurs de la province. « Le peuple d’abord » devra donc attendre que les dignitaires du régime actuel finissent de se servir, en vue de se réarmer en perspective des prochaines élections de 2023.

Mais les députés, avec la même détermination, sont loin d’accepter de se faire marcher dessus par le pouvoir qui, visiblement, ne se préoccupe ni de la volonté du peuple, exprimée par ses élus, ni des conséquences d’une telle imposture, sur le développement de la province.

Bertin Bulonza

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