Après les incendies meurtriers du 10 septembre à Kadutu, les autorités de l’AFC-M23 annoncent des mesures renforcées et des « décisions difficiles » pour tenter de mettre fin à la répétition des incendies à Bukavu. Contrôle des constructions, protection des emprises et des voies d’accès, identification des zones à risque, amélioration des moyens de lutte contre les incendies et renforcement de la prévention dans les écoles figurent parmi les principales pistes annoncées lundi 14 septembre 2026, lors de la cérémonie d’hommages aux victimes.
Plusieurs personnes, dont de nombreux écoliers, mortes lors des incendies survenus le 10 septembre à Kadutu ont été inhumées au cimetière de la Ruzizi, dans le quartier Nyalukemba, commune d’Ibanda. Auparavant, une cérémonie d’hommages avait été organisée à l’Athénée d’Ibanda, en présence notamment de Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC-M23, et de Patrick Busu Bwa Ngwi, gouverneur du Sud-Kivu sous l’administration de l’AFC-M23.
Devant les familles endeuillées, Patrick Busu Bwa Ngwi a reconnu que la tragédie devait conduire les autorités à revoir plusieurs aspects de l’organisation de la ville.
« Nous ne pouvons pas accepter que cette tragédie soit considérée comme une fatalité. Nous ne pouvons pas nous contenter de pleurer nos enfants aujourd’hui et de recommencer demain comme si rien ne s’était passé », a-t-il déclaré.
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Pour le gouverneur, le drame oblige notamment à s’interroger sur la capacité de Bukavu à protéger ses habitants, particulièrement les enfants.
« Cette tragédie nous oblige à regarder notre ville en face. Elle nous oblige à regarder nos quartiers, nos routes, nos constructions, nos écoles, nos réseaux d’électricité et nous oblige à poser une question simple : avons-nous construit une ville qui protège nos enfants ? Sur cette question, la réponse est claire. Nous devons faire mieux », a-t-il poursuivi.
Des mesures annoncées, mais encore à préciser
Patrick Busu Bwa Ngwi a annoncé une série de mesures destinées à renforcer la prévention et la capacité d’intervention face aux incendies. Il cite notamment le renforcement des contrôles, la protection des emprises et des voies d’accès, l’amélioration des moyens de lutte contre les incendies et l’identification des zones les plus exposées.
Une attention particulière devrait également être accordée aux établissements scolaires.
« Nous allons renforcer la prévention. Et surtout, nous allons protéger nos écoles », a assuré le gouverneur M23.
Il n’a toutefois pas détaillé, dans son intervention, la nature précise de toutes les mesures qui seront mises en œuvre ni leur calendrier. Il a néanmoins reconnu que la situation nécessitait désormais des décisions pouvant être difficiles.
« Leur mémoire doit nous donner la force de changer. Leur mémoire doit nous donner le courage de prendre des décisions difficiles. Leur mémoire doit nous rappeler que gouverner, c’est d’abord protéger les vies », a-t-il déclaré.
Ces annonces interviennent quatre jours après les violents incendies du 10 septembre à Kadutu, qui ont ravagé plusieurs avenues, détruit plusieurs centaines d’habitations et touché des établissements scolaires. De nombreux enfants ont perdu la vie dans ce drame, tandis que d’autres personnes ont été blessées. Plusieurs familles ont également perdu leurs maisons et leurs biens.
Le drame avait une nouvelle fois mis en évidence les difficultés rencontrées dans la lutte contre les incendies à Bukavu. Dans plusieurs quartiers densément construits, les voies sont étroites ou difficilement accessibles aux véhicules anti-incendie. Le manque d’eau et la proximité des habitations compliquent également les interventions lorsque le feu se propage rapidement.
Les difficultés d’accès des secours au cœur des préoccupations
La question de l’accessibilité de certains quartiers aux véhicules anti-incendie constitue l’un des principaux défis évoqués lors de la cérémonie.
Dans plusieurs avenues de Bukavu, l’étroitesse ou l’absence de voies suffisamment accessibles, ainsi que la promiscuité des constructions, compliquent l’intervention des camions anti-incendie. Ces difficultés peuvent favoriser la propagation rapide des flammes lorsqu’un incendie se déclare.
Corneille Nangaa a précisément évoqué cette situation en appelant les habitants et les dirigeants à tirer les leçons des drames récents.
Selon lui, certaines catastrophes peuvent être liées à des comportements ou à des erreurs humaines et ne doivent donc pas toutes être considérées comme une fatalité.
« Oui, beaucoup d’événements qui se produisent sur terre sont le fait de la volonté de Dieu parce que nous sommes tous, sur terre, des voyageurs, mais il y a beaucoup d’autres choses qui arrivent avec notre légèreté et nos erreurs comme humains », a-t-il déclaré.
Le coordonnateur de l’AFC-M23 appelle ainsi les habitants de Bukavu et, plus largement, les Congolais à participer eux-mêmes à la prévention des incendies.
« Décidons à partir d’aujourd’hui de nous lever, de prendre la décision de réduire de tels accidents à partir de nous-mêmes », a-t-il ajouté.
Nangaa promet lui aussi des mesures
Évoquant directement les difficultés d’accès des camions anti-incendie dans plusieurs avenues, Corneille Nangaa a annoncé que les autorités prendraient des mesures pour tenter de mettre fin à la répétition de ces sinistres.
« Comme dirigeants, il y a des mesures que nous prendrons pour que ces incendies s’arrêtent. Que ceux-ci finissent comme nous avons mis fin aux problèmes d’insécurité dans les zones que nous gérons comme AFC-M23 », a-t-il affirmé.
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Cette déclaration ne précise cependant pas quelles mesures concrètes seront adoptées. Elle intervient dans un contexte où la capacité de prévention et de réponse aux incendies fait l’objet de nombreuses préoccupations, notamment en raison de l’urbanisation dense de certains quartiers et des difficultés d’intervention des secours.
Un drame qui a frappé particulièrement les écoles
Les annonces des autorités interviennent quatre jours après la série d’incendies du 10 septembre à Kadutu, qui a détruit plusieurs centaines de maisons et touché des établissements scolaires.
Des écoles ont été affectées par les flammes, tandis que plusieurs enfants ont perdu la vie. Le drame a également laissé de nombreuses familles sans logement et privé des ménages de leurs biens et moyens de subsistance.
La tragédie a ainsi ravivé les inquiétudes sur la sécurité des établissements accueillant des enfants, mais aussi sur les conditions générales de sécurité dans les quartiers fortement urbanisés de Bukavu.
Pour Patrick Busu Bwa Ngwi, la mort de ces enfants ne doit donc pas seulement donner lieu à des hommages.
« Nous ne pouvons pas nous contenter de pleurer nos enfants », a-t-il insisté, estimant que leur disparition devait pousser les autorités à transformer les mécanismes de prévention et de protection.
Bukavu au ralenti pendant les hommages
La cérémonie de ce lundi s’est déroulée dans une ville partiellement paralysée dans la matinée. La mairie de Bukavu sous l’administration de l’AFC-M23 avait annoncé la suspension des activités jusqu’à 12 heures, afin de permettre à la population de rendre hommage aux victimes des incendies.
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L’avant-midi a ainsi été consacré au deuil et aux cérémonies d’hommage, avant la reprise des activités.
Au cimetière de la Ruzizi, plusieurs victimes ont ensuite été conduites vers leur dernière demeure, dans un contexte de forte émotion pour les familles et les proches.
De la compassion aux actions concrètes
Au-delà des hommages, les déclarations de Patrick Busu Bwa Ngwi et de Corneille Nangaa placent désormais les autorités de l’AFC-M23 face à la question de leur mise en œuvre.
Les « décisions difficiles » évoquées par le gouverneur et les « mesures » promises par Corneille Nangaa devront notamment répondre aux difficultés liées à l’accessibilité des quartiers, aux constructions, aux réseaux électriques, à la prévention, aux moyens de lutte contre les incendies et à la sécurité des écoles.
Après plusieurs incendies meurtriers et destructeurs enregistrés à Bukavu, la principale attente des familles et des habitants reste désormais de voir ces annonces se traduire en mesures concrètes capables de prévenir de nouveaux drames et de renforcer la protection des vies humaines.
La mémoire des victimes du 10 septembre, ont insisté les autorités, doit ainsi servir de point de départ à un changement dans la manière de prévenir et de gérer les incendies dans la ville.
Vinciane Ntabala, depuis le cimetière de la Ruzizi
