Le 30 août 2026 doit marquer la fin de la phase pilote de la réforme des jeux d’argent en RDC. Au centre du nouveau dispositif : une plateforme nationale destinée à mieux contrôler les opérateurs, les transactions et les flux financiers du secteur. Pour développer cet outil stratégique, les autorités congolaises se sont notamment appuyées sur Sharp Vision, une entreprise française spécialisée dans la régulation technologique des jeux. Un choix qui mérite aujourd’hui d’être interrogé au regard des controverses et des conflits d’intérêts qui entourent la société.
Le 30 août, la réforme change de dimension
La réforme congolaise des jeux d’argent arrive à un moment charnière.
Le ministère des Finances a fixé au 30 août 2026 la fin de la phase pilote du nouveau dispositif. Passé cette échéance, les opérateurs n’ayant pas engagé les démarches nécessaires à leur mise en conformité s’exposent à des mesures administratives et à des sanctions.
Le pilotage est actuellement assuré par la Cellule de Surveillance des Jeux d’Argent et de Hasard (CSJA), en attendant la future Autorité de Régulation des Jeux d’Argent (ARJA). L’objectif est clair : reprendre le contrôle d’un secteur difficile à superviser, mieux suivre les transactions et améliorer la collecte des recettes publiques.
Pour y parvenir, l’État mise sur une pièce maîtresse : la plateforme nationale de régulation et de supervision des jeux d’argent.
Une plateforme au cœur du nouveau système
Cette plateforme doit centraliser les informations provenant des opérateurs et renforcer la surveillance des transactions et des flux financiers. Le dispositif touche donc directement à l’un des actifs les plus sensibles du secteur : la donnée.
Qui joue ? Combien ? Par quel moyen de paiement ? Quels montants transitent par les plateformes ? Et quelles sommes doivent revenir à l’État ?
La maîtrise de ces informations doit donner aux autorités congolaises une capacité de contrôle beaucoup plus importante.
Mais elle confère aussi un rôle considérable au partenaire technologique associé à cette infrastructure.
Sharp Vision, un partenaire controversé
Dès juin 2025, le ministère des Finances indiquait que la plateforme nationale était développée en partenariat avec cette entreprise française.
Sharp Vision se spécialise dans les technologies de régulation des jeux. Ses solutions permettent notamment de collecter les données relatives aux paris et d’interconnecter régulateurs, plateformes de jeux et systèmes de paiement.
Mais l’entreprise traîne déjà derrière elle plusieurs controverses en Afrique, notamment autour de ses contrats, de son positionnement dans la régulation des jeux et de ses liens avec l’industrie qu’elle propose aux États de surveiller.
C’est ce dernier point qui pose une question particulièrement sensible en RDC.
Les propriétaires de Sharp Vision sont également liés à Honoré Gaming, une entreprise qui développe des technologies destinées aux opérateurs de jeux et de paris.
C’est là que se pose la question du conflit d’intérêt : d’un côté, des technologies vendues aux États pour contrôler le marché ; de l’autre, des intérêts dans des technologies destinées aux acteurs de ce même marché.
Une proximité particulièrement sensible en RDC, où Sharp Vision participe au développement d’une infrastructure nationale de surveillance.
Qui contrôle l’outil de contrôle ?
Cette proximité soulève directement des questions de gouvernance et d’indépendance.
Lorsqu’un État confie à une entreprise privée une infrastructure capable de centraliser les données d’un marché réglementé, les garanties entourant le prestataire deviennent aussi importantes que les performances de sa technologie.
Quels audits indépendants ont été réalisés ? Comment les données des opérateurs sont-elles cloisonnées ? Qui peut y accéder ?
Et surtout, les autorités congolaises ont-elles été pleinement informées des intérêts des propriétaires de Sharp Vision dans l’industrie des jeux ?
La certification ISO/IEC 27001 :2022 mises en avant autour du dispositif apporte des garanties en matière de sécurité de l’information. Elle ne répond pas, à elle seule, à la question de l’indépendance économique du fournisseur.
Une réforme nécessaire, une vigilance tout aussi nécessaire
Le paradoxe de la réforme congolaise se trouve peut-être ici.
L’État cherche à reprendre la maîtrise d’un secteur opaque, à mieux connaître les flux financiers et à renforcer ses recettes. Cette ambition répond à un véritable enjeu de souveraineté.
Mais cette souveraineté suppose également de savoir précisément qui construit les outils du contrôle et quels intérêts économiques entourent leur fournisseur.
Après le 30 août, cette question deviendra encore plus importante à mesure que la plateforme prendra une place centrale dans la surveillance du marché.
La RDC veut désormais savoir précisément ce qui se passe chez les opérateurs de jeux. Elle doit pouvoir exiger le même niveau de transparence que ceux auxquels elle confie les outils pour les contrôler.
