Plus de deux mois après la décision du maire de la ville de Goma ordonnant la délocalisation des marchés pirates, certains commerçants continuent d’exercer leurs activités le long des routes, notamment sur l’axe Nyabushongo et au marché Alanine. D’autres vendeurs ont, en revanche, rejoint les espaces aménagés qui leur ont été indiqués, notamment aux environs du stade des Volcans et au marché de Nyabushongo.

Pour vérifier la mise en œuvre de cette mesure et comprendre les réalités auxquelles sont confrontés les commerçants encore installés le long des routes, l’équipe rédactionnelle de La Prunelle FM s’est rendue sur le terrain, notamment au marché Alanine et le long de la grande route de Nyabushongo.

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Sur place, plusieurs vendeurs ont fait part de leurs difficultés financières, de leurs inquiétudes et de leur crainte face à une éventuelle opération de déguerpissement.

« Je n’ai pas les moyens de payer une table ni les taxes »

Parmi les commerçantes rencontrées figure Maman Hélène, veuve et mère de dix enfants. Elle vend quelques choux au bord de la route à Nyabushongo.

Elle affirme être consciente de la décision des autorités, mais explique que sa situation financière ne lui permet pas de rejoindre facilement un marché organisé.

« Nous écoutons les informations venant des grandes routes nous disant que les autorités viendront nous pourchasser. Nous nous attendons à cela, mais depuis qu’ils l’ont dit, ils ne l’ont pas encore fait. Ils attendent peut-être que nous finissions d’abord de chercher les fournitures scolaires de nos enfants », témoigne-t-elle.

Avec son faible capital, elle estime ne pas pouvoir supporter les coûts liés à son installation dans un marché.

« Moi, je ne peux pas me rendre dans le marché de Birere parce que je ne vends que dix choux. Je n’ai qu’un petit capital insignifiant et je dois nourrir et scolariser dix orphelins, mais aussi payer la maison d’autrui. Je ne serai donc pas en mesure d’aller dans le marché, car je n’ai pas les moyens de payer une table, ni même les taxes », ajoute-t-elle.

Solange se dit prête à rejoindre le marché

Maman Solange, mère de famille et vendeuse sur la route Nyabushongo, affirme également avoir été confrontée aux opérations visant les vendeurs installés le long des routes.

Elle se dit toutefois prête à rejoindre le marché, puisqu’elle y dispose déjà de deux étalages.

« Ils nous ont beaucoup dérangés pendant les mois de juillet et d’août, mais ce mois-ci, ils laissent d’abord les gens finir de solder les cahiers en cours, et après ils vont reprendre à nous pourchasser », explique-t-elle.

Selon elle, si elle s’est retrouvée à vendre au bord de la route, c’est notamment parce que plusieurs clients délaissaient les marchés pour acheter directement auprès des vendeurs installés le long des axes routiers.

« Moi, je n’ai aucun problème pour revenir dans le marché puisque j’ai déjà deux étalages au marché de Nyabushongo. Avec ces deux étalages, je suis parvenue à acheter une parcelle », témoigne-t-elle.

Son mari étant actuellement au chômage, elle explique que son petit commerce lui permet de nourrir sa famille et de scolariser ses enfants.

« Si on parvient à délocaliser toutes ces personnes qui vendent au bord de la route, je rentrerai sans problème dans le marché puisque j’ai déjà des étalages là-bas », affirme-t-elle.

À Alanine, des vendeurs restent dans la crainte

Au marché Alanine, Blandine, une commerçante qui vend encore au bord de la route, dit vivre dans la crainte d’une nouvelle opération des autorités.

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« Ils nous dérangeaient vraiment beaucoup, mais ces deux jours, ça semble aller. On se dit peut-être qu’ils sont en train de prendre des mesures pour mieux nous attaquer. Mais quand il fait nuit, nous sommes dans la crainte, car on se dit qu’à tout moment, on peut nous traquer », raconte-t-elle.

Elle affirme également hésiter à rejoindre le site situé aux environs du stade Les Volcans, en raison des informations qu’elle dit avoir reçues sur les conditions qui y prévalent.

« On a peur d’aller au marché du stade des Volcans parce que, selon ce qu’on nous dit, il se passe beaucoup de choses là-bas. On s’abstient donc d’y aller, car on peut fuir ici et trouver pire là-bas. En plus, nous sommes déjà trop habitués à notre secteur d’ici », explique-t-elle.

Une mesure diversement suivie

La situation observée par La Prunelle FM montre que la mesure de délocalisation est diversement suivie. Certains commerçants ont rejoint les espaces indiqués par les autorités, tandis que d’autres continuent de vendre au bord des routes.

Pour les vendeurs qui restent dans ces marchés, plusieurs facteurs expliqueraient leur maintien : faible capital, coût des étalages et des taxes, habitudes des clients, mais aussi inquiétudes concernant les conditions dans certains sites de relocalisation.

La mesure soulève ainsi un enjeu à la fois sécuritaire, urbain et socio-économique. La question demeure de savoir comment les autorités municipales pourront concilier leur volonté de libérer les routes des marchés pirates avec les besoins de survie des petits commerçants qui dépendent de ces activités pour nourrir et scolariser leurs familles.

Christelle Omoyi

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