Au lendemain de l’incendie meurtrier qui a frappé plusieurs quartiers de Bukavu, notamment Kadutu, le 10 septembre 2026, Me Clarisse Awa, juriste, avocate et stratège, appelle à tirer des leçons de cette tragédie et à mettre en place un Pacte national pour la sécurité des enfants en République démocratique du Congo.

Dans une lettre ouverte adressée aux parents, aux responsables d’établissements scolaires, aux élus et aux autorités de la République, elle estime que le drame de Bukavu ne doit pas être traité comme un simple fait divers, mais doit conduire à une réflexion nationale sur la prévention des risques et la protection des enfants.

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« Plus jamais ça ! », lance-t-elle, appelant à transformer la douleur provoquée par la mort de plusieurs enfants en actions concrètes pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise.

L’incendie du 10 septembre a touché plusieurs secteurs de Bukavu, notamment dans la commune de Kadutu. Des habitations ont été détruites, tandis que des établissements scolaires ont également été affectés. Les informations recueillies après le sinistre ont fait état de plusieurs dizaines de morts et de blessés.

Un rapport du secteur éducatif évoquait notamment 29 élèves décédés et 25 personnes prises en charge, tandis que l’AFC-M23 fait état, dans un premier bilan, d’au moins 27 morts à l’heure actuelle ainsi que de plusieurs dizaines de blessés.

Pour Me Clarisse Awa, au-delà des chiffres, c’est la question de la protection des enfants dans les lieux qui les accueillent qui doit désormais être posée.

« Que devons-nous changer pour qu’un tel drame ne se reproduise plus jamais ? », s’interroge-t-elle.

Elle estime qu’il ne faut pas attendre un prochain incendie pour agir.

Une enquête transparente demandée

À l’attention des autorités de la République, Me Clarisse Awa demande l’ouverture d’une enquête transparente, indépendante et diligente afin d’établir les circonstances exactes du drame.

Cette enquête, selon elle, devrait notamment examiner les conditions dans lesquelles les enfants étaient accueillis, les dispositifs de sécurité disponibles dans les établissements concernés, les conditions d’évacuation ainsi que les éventuelles défaillances qui auraient pu contribuer à l’ampleur de la catastrophe.

Cette demande intervient alors que les circonstances exactes de l’incendie du 10 septembre demeurent encore à établir. Plusieurs informations recueillies après le sinistre faisaient état de foyers apparus dans différents endroits, tandis que les conditions d’évacuation et la forte densité des habitations ont compliqué l’intervention.

Dans certains secteurs, les habitants se sont eux-mêmes mobilisés pour tenter de sauver des personnes et des biens et pour empêcher la progression des flammes. L’accès difficile à certaines avenues et le manque d’eau ont également été rapportés parmi les difficultés rencontrées pendant les opérations de secours.

Pour l’avocate, ces éléments justifient la nécessité de ne pas se limiter à déterminer l’origine du feu. Il faut également identifier les éventuelles défaillances en matière de prévention et de sécurité.

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Elle demande ainsi qu’un audit national et progressif de la sécurité de tous les établissements accueillant des enfants soit organisé à travers le pays, notamment dans les écoles, internats, orphelinats et crèches.

« La sécurité d’un enfant ne peut jamais être une question secondaire »

Aux responsables des établissements scolaires, Me Clarisse Awa adresse une série de questions qu’elle considère comme essentielles.

Chaque établissement devrait notamment être capable de répondre clairement à la question de savoir si ses issues de secours sont accessibles et dégagées, si les extincteurs sont disponibles, fonctionnels et à jour, et si les installations électriques font régulièrement l’objet d’un contrôle professionnel.

Elle demande également aux établissements de disposer d’un plan d’évacuation affiché et connu de tous, de former les enseignants à la conduite à tenir en cas d’incendie et d’organiser des exercices d’évacuation auxquels les élèves doivent participer.

Les voies d’évacuation doivent, selon elle, être libres et clairement signalées.

« La sécurité d’un enfant ne peut jamais être une question secondaire », insiste-t-elle, estimant que la prévention ne doit pas commencer après une catastrophe.

Cette préoccupation prend une dimension particulière à Bukavu où plusieurs établissements scolaires ont déjà été affectés par des incendies au cours des dernières semaines.

Avant le drame du 10 septembre, des écoles avaient notamment été détruites dans différents quartiers de la ville. À Cahi et Bagira, l’incendie du 2 septembre avait touché l’EP Uhuru et l’Institut Fariala, affectant plusieurs centaines d’élèves. Le 10 septembre, les établissements scolaires Furaha et UJAMAA ont également été touchés par les incendies de Kadutu.

La destruction des infrastructures scolaires entraîne non seulement une interruption ou une perturbation de l’enseignement, mais également la perte de documents administratifs, de dossiers scolaires, de fournitures et d’autres biens appartenant aux élèves et aux établissements.

Les parents appelés à devenir des acteurs de la prévention

Me Clarisse Awa estime également que la responsabilité de la sécurité des enfants ne repose pas uniquement sur les autorités et les chefs d’établissements.

Elle appelle les parents à prendre une part active dans cette démarche en posant aux écoles des questions sur les conditions de sécurité dans lesquelles leurs enfants passent une grande partie de leur journée.

Savoir où se trouvent les sorties de secours, demander si des extincteurs sont disponibles ou encore vérifier si les enfants savent comment évacuer un bâtiment en cas d’incendie ne constitue pas, selon elle, une exigence excessive.

« Demander où se trouvent les sorties de secours ne fait pas de nous des parents difficiles. Demander si l’école dispose d’extincteurs n’est pas exagérer. Demander si nos enfants savent évacuer un bâtiment en cas d’incendie n’est pas inutile. C’est protéger nos enfants », souligne-t-elle.

Elle invite également les parents à apprendre aux enfants les comportements à adopter face à un incendie.

Pour elle, cette éducation aux risques constitue une composante de la responsabilité parentale.

Aux élus : faire de la sécurité des enfants une priorité

La lettre ouverte interpelle aussi les députés nationaux, sénateurs et députés provinciaux.

Me Clarisse Awa les invite à faire de la sécurité des enfants une priorité nationale et locale en portant notamment plusieurs mesures.

Elle propose l’évaluation obligatoire de la sécurité des établissements scolaires, l’adoption de normes minimales de sécurité incendie pour tout lieu accueillant des enfants, le renforcement des services de protection civile et de lutte contre les incendies, la formation obligatoire aux premiers secours et aux procédures d’évacuation, la réalisation régulière d’exercices d’évacuation dans toutes les écoles, le contrôle périodique et obligatoire des installations électriques, la mise en place de mécanismes efficaces d’alerte et d’intervention rapide.

Ces propositions interviennent dans un contexte où les incendies récents de Bukavu ont montré les limites des capacités de prévention et de réponse, mais aussi l’importance de la mobilisation communautaire.

Dans plusieurs quartiers, des jeunes et des habitants se sont retrouvés en première ligne pour tenter de combattre les flammes, parfois en démolissant certaines habitations afin de créer des barrières et empêcher le feu de se propager.

Un Pacte national pour la sécurité des enfants

Pour Me Clarisse Awa, l’ensemble de ces mesures devrait s’inscrire dans une démarche nationale plus large.

Elle lance ainsi un appel à une réflexion citoyenne pour la conclusion d’un « Pacte national pour la sécurité des enfants en RDC ».

Ce pacte devrait réunir, selon elle, les parents, enseignants, chefs d’établissements, professionnels de la sécurité, médecins, architectes, ingénieurs, juristes, organisations de défense des droits de l’enfant, organisations de la société civile, élus et pouvoirs publics.

L’objectif serait de faire de la prévention des risques et de la protection des enfants une responsabilité collective et une priorité nationale.

« Nous ne voulons pas seulement pleurer nos enfants. Nous voulons agir pour protéger ceux qui sont encore là », écrit-elle.

Cette démarche vise également à éviter que les réponses aux catastrophes restent limitées à l’assistance apportée après les drames. Pour l’avocate, les autorités et les acteurs concernés doivent également investir dans l’anticipation des risques, l’identification des vulnérabilités et la préparation des communautés.

« Transformer notre douleur en Pacte national »

La tragédie de Bukavu intervient dans une ville qui connaît depuis plusieurs mois une succession d’incendies ayant détruit des maisons, des commerces et des établissements scolaires.

Des acteurs locaux ont régulièrement pointé la densité des constructions, les difficultés d’accès de certains quartiers, la pénurie d’eau et les limites des moyens de lutte contre les incendies parmi les facteurs qui compliquent les interventions.

Pour Me Clarisse Awa, cette succession de drames doit désormais conduire à un changement d’approche.

« Nous ne voulons pas attendre une nouvelle tragédie. Nous voulons prévenir la prochaine. Ce drame ne doit pas rester une simple actualité, nous devons transformer notre douleur en Pacte national », plaide-t-elle.

À Bukavu, les familles continuent de pleurer les victimes du 10 septembre et les sinistrés font face aux conséquences de la destruction de leurs maisons et de leurs biens.

La lettre ouverte se veut ainsi un appel à transformer cette épreuve en une mobilisation durable autour de la sécurité des enfants.

« À Bukavu, des familles pleurent aujourd’hui. Que cette douleur ne soit pas vaine. Que ces vies perdues nous obligent à agir. Plus jamais ça. »

Jasmine Feza

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