Accès Humanitaire

35 sites spontanés de Buzi au Sud-Kivu accueillent des déplacés en provenance de la province du Nord-Kivu après des violents affrontements entre les terroristes du M23 et les forces gouvernementales aux côtés de Wazalendo.

Ces déplacés vivent dans des conditions humanitaires déplorables. Après l’identification et la cartographie faites par les autorités du groupement de Buzi dans le territoire de Kalehe, il a été constaté que ces déplacés vivent dans une promiscuité qui les expose à toutes sortes des maladies.

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 Kanku Jean-Paul, le Secrétaire Administratif du groupement de Buzi a convoqué une réunion d’urgence pour faire l’état de lieu sur la situation de déplacés.

Il est l’invité de la rédaction. Il répond aux questions de La Prunelle RDC (Interview)

 La Prunelle RDC : Jean-Paul Kanku Sindani, bonjour. Quel état des lieux faites-vous de la situation humanitaire à Buzi avec l’arrivée des déplacés de Masisi ?

JP Kanku : notre groupement a déjà reçu plusieurs déplacés venant du groupement  Mupfunyi Shanga. Pour ce qui est de l’état de lieu de cette situation nous venons juste de terminer la réunion du comité de crise. C’est une organisation que nous avons toujours en place quand il y a des crises humanitaires ou des catastrophes. La situation humanitaire est vraiment catastrophique par rapport aux déplacés qui sont venus chez nous. Nous sommes un groupement mais aujourd’hui nous avons reçu une partie de la chefferie des Bahunde, c’est  toujours déplorable puisqu’ils sont très nombreux, c’est pourquoi j’ai convoqué une réunion de comité de crise humanitaire afin d’évaluer cette situation humanitaire et aussi pour savoir la cartographie de tous les déplacés qui sont chez-nous. En tant que responsable et autorité attitré nous avons ce devoir de savoir qui sont les visiteurs en termes des déplacés par la guerre.

La Prunelle RDC : concrètement, qu’avez-vous voulu savoir ?

JP Kanku : d’abord identifier là où les déplacés se retrouvent.  Soit dans des familles d’accueil et aujourd’hui nous avons eu à identifier presque 35 sites spontanés et nous avons aussi des sites aménagés depuis longtemps sont présents dans notre groupement, évaluer les besoins multisectoriels de ces déplacés et des besoins. Cela va nous permettre de faire des plaidoyers afin que les partenaires bilatéraux, multilatéraux, nationaux et locaux nous viennent en aide. C’est vrai que l’état de lieu est déplorable. Nous sommes dans une situation sanitaire aussi précaire causée par la promiscuité. Imaginez une école qui abrite des milliers de ménages et quand on les multiplie par la taille moyenne, nous avons plus de 5000 ménages dans les sites spontanés. Quand on les multiplie par 6, ce que nous avons dans les sites spontanés, 30.000 âmes y compris ceux-là qui se trouvent dans les familles d’accueil. Ce que nous avons plus de 100. 000 âmes qui s’y trouvent parce qu’ils se trouvent dans la communauté et celles qui n’ont pas où aller partent dans des sites spontanés.

La Prunelle RDC : en clair, la situation est inquiétante !

JP Kanku : Comprenez que la situation est toujours déplorable sur le plan sanitaire et sur le plan alimentaire. Nous sommes au bord du gouffre et d’un moment à un autre, nous courons le risque des maladies épidémiques dans les milieux. Imaginez les gens qui se trouvent dans des écoles ; toutes les infrastructures scolaires seront détruites parce qu’ils seront obligés d’utiliser les pupitres comme bois de chauffe. Il y a de ces écoles qui ne fonctionnent pas aujourd’hui puisqu’elles ont été ouvertes pour ces déplacés. Ces écoles ont du mal à fonctionner dans le souci de solidarité, souci d’hospitalité envers nos frères qui viennent du Nord-Kivu.

La Prunelle RDC : comment la prise en charge se fait concrètement au niveau local ?

JP Kanku : localement, nous avons fait une réunion qui nous a permis de réunir tous les partenaires, tous les intervenants parce qu’il fallait aussi faire la cartographie des intervenants pour que nous comprenions bien cette situation. Elle dure depuis longtemps, donc déjà près d’une année parce que c’est depuis février 2023. C’était le moment où nous avons reçu la première vague des déplacés, on a reçu la deuxième vague dans le mois de mars et la troisième vague au mois de novembre et décembre avec toujours les affrontements dans le territoire de Masisi. La quatrième vague est arrivée dans le mois de Janvier 2024 et la dernière est une vague récente dans le mois de février.  Donc, allez-y comprendre que les déplacés ne font que s’ajouter sur d’autres déplacés. Nous prenons en charge tous les déplacés, ce qui cause beaucoup de problèmes. Avant, il y avait des intervenants qui étaient là mais au vu de leur paquet qui paraît, pour le moment insuffisant, parce qu’il y avait un dénominateur sur lequel il devrait se baser pour intervenir (le nombre). Aujourd’hui, avec beaucoup de déplacés, c’est devenu très compliqué.

La Prunelle RDC : on s’imagine aussi la pression sur la population locale ?

JP Kanku : vous vous imaginez,  nous avons 307.000 habitants autochtones dans la zone de santé de Minova ou dans le groupement de Buzi et on vient y ajouter des milliers d’habitants. C’est près de 500.000 habitants. Nous avons 13 villages et tous les villages ont reçu des déplacés, que ce soit dans la partie Hauts-plateaux, ou dans la partie littorale. Vous comprenez directement que les familles d’accueil sont inondées, le tissu socio-économique est déjà détruit parce qu’il y a une charge. Jusqu’à preuve du contraire, ce sont les populations et d’autres qui prennent en charge. Il n’y a aucune intervention. Sur le plan sanitaire, vous savez qu’il y a eu même rupture des stocks des médicaments. Il y avait des projets qui prenaient en charge les soins de santé gratuits des déplacés et aujourd’hui, ils sont maintenant plus nombreux que ceux qui étaient là. C’est devenu un grand problème. Ils ne sont pas alimentés et nous savons que celui qui est déplacé est dépouillé de tout du fait que c’est une situation à laquelle il ne s’attendait pas.

La Prunelle RDC : quel est le plaidoyer que vous faites en tant qu’autorité coutumière ?

JP Kanku : Je peux d’abord dire aux autorités, comme nous avons un gouvernement central qui est associé avec un Ministère ayant en charge les affaires sociales et humanitaires, de faire urgemment quelque chose. Vous savez que les partenaires ne viennent qu’appuyer les autorités. Nous demandons aux partenaires locaux, nationaux, internationaux et ceux et celles qui détiennent dans leurs enveloppes, quelque chose, de nous venir en aide surtout sur le plan alimentaire. Nous demandons une assistance d’urgence.

Faire appel à notre communauté à la solidarité qui nous a toujours caractérisées nous en tant qu’Africains surtout le Buzinois. Nous sommes toujours hospitaliers puisqu’avant que d’autres aides arrivent, nous avons toujours eu la charge de venir au secours de nos frères, chacun avec ses moyens. Nous avons même une commission de logistique qui fait des collectes dans des églises, auprès des opérateurs économiques.

Propos recueillis par Jean-Claude Mukulu et Eliane Mufungizi

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