Des centaines d’habitants d’Uvira ont participé, ce lundi 27 juillet 2026, à une marche pacifique organisée par la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC) pour attirer l’attention des autorités sur la situation des retournés spontanés, la dégradation de la sécurité, les barrières payantes sur la Route nationale n°5 ainsi que la participation des Wazalendo au dialogue national annoncé par le président de la République.
Partis du rond-point Kavinvira, les manifestants ont marché jusqu’au bureau du gouverneur de province, où un mémorandum a été remis au vice-gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Elakano. Des copies du document ont également été transmises aux ministres nationaux de l’Intérieur et des Affaires sociales ainsi qu’au Directeur général du FONAREV
« Les retournés vivent aujourd’hui dans une extrême précarité »
Dans son mémorandum, la NSCC affirme que de nombreux habitants ayant fui les combats vers le Burundi, notamment dans le camp de Busuma, sont rentrés volontairement après l’amélioration de la situation sécuritaire.
L’organisation regrette toutefois que ces personnes, pourtant enregistrées par le HCR, la Commission nationale pour les réfugiés (CNR) et d’autres services compétents, n’aient pas reçu l’assistance attendue.
« Toutefois, malgré les nombreuses démarches entreprises auprès des autorités et des partenaires humanitaires, ces retournés n’ont bénéficié d’aucune assistance significative, alors qu’ils vivent aujourd’hui dans une extrême précarité après avoir perdu leurs biens et leurs moyens de subsistance à cause de la guerre », peut-on lire dans le mémorandum.
La NSCC demande une assistance urgente en vivres et en biens non alimentaires, la mobilisation de fonds par le Gouvernement central ainsi que la concrétisation du projet du HCR d’un montant de 800.000 dollars américains, présenté lors d’une réunion provinciale sur le Fonds de consolidation de la paix.
L’organisation sollicite également l’implication du FONAREV et demande que les 100 000 dollars américains annoncés par la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka, en faveur des personnes affectées par la guerre soient mobilisés pour soutenir les retournés.

« La population vit aujourd’hui dans une peur permanente »
Le mémorandum revient longuement sur la dégradation de la situation sécuritaire à Uvira.
« La population de la ville d’Uvira vit aujourd’hui dans une peur permanente en raison de l’insécurité grandissante qui sévit dans la ville. Les assassinats, les blessures par balles et les crépitements d’armes à feu deviennent quasi quotidiens », affirme la NSCC.
L’organisation indique avoir recensé cinq cas de corps retrouvés décapités ainsi que dix-neuf personnes tuées au cours des deux derniers mois, tout en estimant que plusieurs autres ont été grièvement blessées.
Ces chiffres sont avancés par la NSCC et n’ont pas été confirmés de manière indépendante au moment de la publication de cet article.
Selon la structure citoyenne, les capacités opérationnelles de la Police nationale congolaise (PNC) demeurent insuffisantes.
« Cette situation dramatique semble perdurer dans un contexte où la Police nationale congolaise ne dispose ni d’armes suffisantes ni de véhicules d’intervention adéquats pour assurer efficacement la protection des personnes et de leurs biens », souligne le document.
La NSCC recommande notamment la convocation urgente d’un Conseil provincial de sécurité, le renforcement des moyens de la PNC, l’appui aux services de renseignement et le déploiement de patrouilles mixtes.
La NSCC dénonce les barrières payantes sur la RN5
L’organisation attire également l’attention des autorités sur les barrières installées sur les axes Kawizi-Kabunambo et Uvira-Fizi.
Selon le mémorandum, certains éléments Wazalendo imposeraient aux voyageurs des paiements allant de 2.000 à 5.000 francs congolais par passager, en plus des sommes perçues auprès des véhicules.
« Ces pratiques constituent des actes de tracasserie et de rançonnement qui pénalisent lourdement les paisibles citoyens, perturbent les activités économiques et entravent les interventions humanitaires destinées aux populations vulnérables », dénonce la NSCC.
L’organisation demande la suppression immédiate de ces barrières.
Une place pour les Wazalendo au dialogue national
S’agissant du dialogue national annoncé par le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, la NSCC estime que les Wazalendo devraient être associés aux discussions.
« Nous estimons que les Wazalendo qui continuent de défendre l’intégrité territoriale de notre pays au prix de leur vie méritent une reconnaissance particulière ainsi qu’une représentation digne dans ce dialogue national », affirme le mémorandum.
Après réception du mémorandum, le vice-gouverneur Jean-Jacques Elakano a assuré que les préoccupations exprimées par les manifestants seraient examinées par les services compétents.
Selon plusieurs sources locales, la marche s’est déroulée dans le calme et sans incident majeur.
Dans la conclusion de son mémorandum, la NSCC indique attendre des réponses concrètes des autorités.
« La population d’Uvira demeure profondément préoccupée par les questions évoquées dans le présent mémorandum. Elle espère que ces préoccupations recevront une attention particulière et des réponses concrètes dans les meilleurs délais », écrit l’organisation, qui ajoute qu’à défaut de mesures satisfaisantes, « la population se réserve le droit de poursuivre, dans le strict respect de la Constitution et des lois de la République, des actions citoyennes pacifiques afin de faire entendre ses revendications ».
