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    La Société Civile du Sud-Kivu a rendu public un cahier des charges adressé au Gouvernement congolais, aux partenaires internationaux ainsi qu’aux différentes parties prenantes impliquées dans les négociations autour des conflits armés dans l’Est de la République démocratique du Congo. Ce document de plaidoyer, élaboré en mai 2026, dresse un tableau particulièrement sombre de la situation sécuritaire, politique, économique et humanitaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tout en formulant plusieurs recommandations destinées à « sauver » les populations affectées par des décennies de violences.

    Dans ce document consulté par la rédaction de La Prunelle RDC, la Société Civile affirme que les différents processus de négociations initiés ces derniers mois notamment à Luanda, Nairobi, Doha, Washington ou encore Montreux se déroulent dans un climat de frustration pour les populations locales qui, selon elle, ne sont pas suffisamment associées aux discussions sur l’avenir de leur propre région.

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    « Les acteurs de la Société Civile n’ont pas été suffisamment impliqués dans les négociations de paix alors qu’ils représentent les aspirations profondes des communautés affectées par les conflits », souligne le document signé par Me Néné Bintu, sa Présidente provinciale.

    La Société Civile estime que cette exclusion fragilise davantage la confiance entre les populations et les différents processus diplomatiques engagés pour tenter de résoudre la crise sécuritaire dans l’Est du pays.

    Dans une longue analyse historique, le document retrace l’évolution des conflits armés dans l’Est de la RDC depuis la guerre de l’AFDL en 1996 jusqu’à l’actuelle rébellion de l’AFC-M23. Selon la Société Civile, cette succession de guerres et de rébellions a progressivement détruit le tissu économique, social et institutionnel des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

    Le document rappelle que plusieurs territoires sont aujourd’hui partiellement ou totalement occupés par les rebelles de l’AFC-M23 soutenus par le Rwanda selon la Société Civile, situation ayant entraîné la délocalisation des institutions provinciales de Bukavu vers Uvira pour le Sud-Kivu et de Goma vers Beni pour le Nord-Kivu.

    « Cette guerre a créé une paralysie totale des activités socio-économiques et administratives dans plusieurs territoires », peut-on lire dans le cahier des charges.

    La Société Civile évoque notamment l’effondrement des activités commerciales, la fermeture des banques, des institutions de microfinance et des entreprises dans les zones occupées. Le document insiste également sur les conséquences dramatiques des déplacements massifs des populations civiles.

    Selon les rédacteurs du texte, des milliers de familles vivent aujourd’hui dans des conditions précaires après avoir fui les combats dans les territoires de Rutshuru, Masisi, Nyiragongo, Kalehe, Kabare, Walungu, Mwenga ou encore Fizi.

    Le cahier des charges accuse également les groupes armés et certains réseaux économiques de profiter de l’instabilité sécuritaire pour renforcer l’exploitation illégale des ressources naturelles dans les zones sous conflit. La Société Civile affirme que plusieurs minerais continueraient à quitter frauduleusement les territoires occupés sans véritable contrôle de l’État congolais.

    « Les minerais du Nord-Kivu et du Sud-Kivu continuent d’alimenter les réseaux de guerre pendant que les populations locales sombrent dans la pauvreté », dénoncent les auteurs du document.

    Le texte critique aussi ce qu’il qualifie de « rwandanisation progressive » de certains circuits économiques dans les zones occupées, avec l’installation de mécanismes parallèles de taxation et d’administration.

    La Société Civile dénonce par ailleurs les nombreuses violations des droits humains commises dans les zones de conflit. Le document évoque des cas de meurtres, d’exécutions sommaires, de violences sexuelles, d’enlèvements, de pillages et de destruction d’infrastructures civiles.

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    Les auteurs du cahier des charges regrettent également la faiblesse de la réponse de l’État congolais face à la persistance de l’insécurité dans l’Est du pays.

    « Aucune localité reprise par les FARDC depuis Bunagana n’a véritablement été sécurisée de manière durable », affirme le document.

    Dans le même registre, la Société Civile critique certaines initiatives diplomatiques qu’elle considère comme insuffisamment transparentes et parfois déconnectées des réalités du terrain.

    Le document appelle notamment à une implication beaucoup plus forte des communautés locales, des leaders religieux, des femmes, des jeunes et des organisations citoyennes dans tous les mécanismes de résolution des conflits.

    Parmi les principales revendications formulées dans ce cahier des charges figure l’exigence d’un cessez-le-feu total et définitif dans toutes les zones affectées par les combats.

    La Société Civile réclame également le retrait des forces étrangères et des groupes armés présents sur le territoire congolais ainsi que le rétablissement complet de l’autorité de l’État dans les territoires occupés.

    Concernant les questions militaires, le document recommande une réforme profonde des Forces armées de la RDC et de la Police nationale congolaise.

    Les auteurs plaident pour une intégration « sélective » et « au cas par cas » des anciens combattants issus des groupes armés.

    « L’intégration automatique des rebelles dans l’armée a montré ses limites et contribue à fragiliser davantage les institutions sécuritaires », estime la Société Civile.

    Le cahier des charges demande aussi un audit complet des accords miniers ainsi qu’une meilleure redistribution des richesses issues des ressources naturelles au profit des communautés locales.

    La Société Civile insiste également sur la nécessité de reconstruire les infrastructures détruites par les conflits notamment les routes, les écoles, les centres de santé, les marchés et les bâtiments administratifs.

    Dans le domaine humanitaire, le document appelle à un renforcement urgent de l’aide aux déplacés internes, aux victimes des violences sexuelles ainsi qu’aux populations vivant dans les zones enclavées.

    Les auteurs plaident aussi pour la réouverture des aéroports de Goma et de Bukavu afin de faciliter les activités économiques, humanitaires et administratives dans l’Est du pays.

    Le document accorde également une place importante à la justice transitionnelle. La Société Civile réclame des poursuites judiciaires contre les auteurs présumés des crimes commis dans l’Est du pays ainsi que des mécanismes de réparation pour les victimes.

    « L’impunité reste l’un des principaux moteurs de la répétition des violences dans l’Est de la RDC », souligne le cahier des charges.

    La Société Civile appelle enfin à l’organisation d’élections crédibles, transparentes et inclusives en 2028 sur toute l’étendue du territoire national.

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    Pour les rédacteurs du document, le retour durable de la paix dans l’Est du pays passe non seulement par des solutions militaires et diplomatiques mais également par une gouvernance plus inclusive, une meilleure gestion des ressources naturelles et une véritable prise en compte des aspirations des populations locales.

    Dans sa conclusion, la Société Civile du Sud-Kivu réaffirme sa disponibilité à contribuer aux initiatives de paix et invite les autorités nationales ainsi que les partenaires internationaux à « écouter les voix des communautés victimes des conflits ».

    « La paix durable ne peut être construite sans la participation active des populations concernées », conclut le document.

    Jean-Luc M.

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