La coordination territoriale de la Société Civile d’Idjwi a exprimé sa profonde inquiétude face à la détérioration de la situation sécuritaire sur l’île d’Idjwi, dans la province du Sud-Kivu, marquée par une recrudescence des meurtres, des découvertes de corps sans vie et des cas de justice populaire devenus fréquents dans plusieurs villages.
Réunie en point de presse ce vendredi à Bukavu, la coordination dirigée par sa présidente Madame Koko Bahagaze Dorcel a dénoncé une situation devenue insupportable pour les habitants de cette entité autrefois reconnue pour sa paix et sa cohésion sociale.
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Devant les professionnels des médias, la société civile a évoqué la multiplication d’un phénomène localement appelé « Kabanga », qui se traduit par la découverte régulière de corps sans vie présentant des signes d’étranglement ou des blessures graves.
Selon Madame Koko Bahagaze Dorcel, cette situation est aggravée par l’inefficacité des enquêtes judiciaires et le manque de suivi des dossiers criminels, ce qui favorise un climat d’impunité et pousse une partie de la population à se faire justice elle-même.
« Considérant que toute personne bénéficie du principe de présomption d’innocence, et reconnaissant que la vie humaine est sacrée, aucune personne n’est autorisée à ôter la vie à une autre au risque des sanctions prévues par les différentes normes sociales », a-t-elle déclaré.
La coordination territoriale de la société civile affirme qu’en l’espace d’une année, douze cas de meurtres non élucidés ont été enregistrés sur l’île d’Idjwi. Parallèlement, la justice populaire a conduit au lynchage de quinze hommes dans les chefferies de Ntambuka et Rubenga.
La présidente de la société civile estime que ces actes de lynchage sont souvent alimentés par des accusations de sorcellerie, d’empoisonnement ou encore par de prétendues révélations de prophètes et guérisseurs traditionnels.
Selon elle, cette psychose pousse désormais certains habitants à rechercher systématiquement un responsable à chaque décès naturel survenu dans la communauté.
Elle déplore également que plusieurs personnes profitent de cette situation pour régler des conflits personnels liés notamment aux jalousies, aux dettes ou encore aux litiges fonciers.
« S’il est aussi vrai qu’il existerait des mauvais citoyens qui endeuillent nos communautés, ces derniers vivent avec nous, sont nos conjoints et conjointes, frères et sœurs, voisins ou collègues », a souligné Madame Koko Bahagaze Dorcel.
La société civile d’Idjwi estime que cette montée de la violence traduit une rupture progressive du tissu social sur l’île et appelle les différentes couches de la population à assumer leur responsabilité dans la recherche de solutions durables.
Elle invite particulièrement les chefs religieux, les enseignants et les leaders communautaires à renforcer les messages de paix, de cohésion sociale et de respect des droits humains au sein des communautés.
La coordination demande également aux services de sécurité et aux autorités judiciaires de mener des enquêtes transparentes et crédibles afin de restaurer la confiance de la population envers les institutions de l’État.
« Il est régalien pour un État de garantir la protection de tous les citoyens congolais selon la Constitution de notre pays, la RDC », a insisté la présidente de la société civile.
Au terme de ce point de presse organisé en collaboration avec la coordination provinciale de la société civile du Sud-Kivu, les responsables citoyens ont lancé un appel aux partenaires techniques et financiers afin de soutenir des campagnes urgentes de sensibilisation sur les droits humains, la prévention des violences communautaires et le renforcement de la cohésion sociale.
La société civile espère ainsi contribuer à restaurer l’image d’Idjwi comme une île de paix et de vivre-ensemble dans la province du Sud-Kivu.
