Plus de trois ans après la catastrophe naturelle qui a frappé Bushushu et Nyamukubi, dans le territoire de Kalehe, les survivants installés dans plusieurs sites de relocalisation vivent dans des conditions humanitaires alarmantes. Des leaders communautaires alertent sur une aggravation de la crise, marquée par une pénurie d’eau potable, une insécurité alimentaire croissante et des maladies qui détruisent les cultures, et appellent les autorités ainsi que les organisations humanitaires à intervenir d’urgence.
L’alerte est lancée par Rushisha Crispin, leader communautaire de Katashola, qui indique que les sinistrés installés à Katashola, Mushonezo, Lwako, Kasirisiru et dans le camp Amani de Cabondo font face à une situation de plus en plus difficile. Selon lui, les populations les plus vulnérables, notamment les femmes, les enfants, les personnes âgées et les personnes vivant avec handicap, sont les premières victimes de cette crise.
« Les femmes, les enfants, les personnes de troisième âge et les personnes vivant avec handicap parcourent des dangers quand ils se rendent à la rivière à la recherche de l’eau de cuisson, de bain ; pourtant cette eau est souillée. La carence de la nourriture expose la population à de multiples maladies comme l’anémie, le choléra, la malnutrition, le paludisme… », déplore Rushisha Crispin.
Selon ce responsable communautaire, l’absence d’eau potable contraint les habitants à parcourir de longues distances pour s’approvisionner dans des rivières dont l’eau est impropre à la consommation. Cette situation accroît les risques de maladies hydriques, alors que les populations disposent déjà de peu de moyens pour accéder aux soins de santé.
À cette pénurie d’eau s’ajoute une baisse importante de la production agricole. La saison sèche, normalement consacrée au premier labour des champs, est cette année marquée par une multiplication des maladies qui affectent les principales cultures vivrières.
Rushisha Crispin explique que les plantations de manioc et de maïs présentent des signes inquiétants de dépérissement, tandis que les aubergines et les haricots sont attaqués par des chenilles légionnaires, compromettant les récoltes attendues.
« Les cultures sont menacées, les maniocs, les maïs sont attaqués, les feuilles des maniocs sont en train de maigrir, on ne sait pas quel est le problème, seuls les experts le savent. Les aubergines et les haricots sont attaqués par les chenilles légionnaires. Bref, les cultures sont attaquées par de nombreuses maladies », affirme-t-il.
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Cette baisse de la production aggrave davantage l’insécurité alimentaire dans une population déjà fragilisée par les conséquences de la catastrophe du 4 mai 2023, qui avait provoqué d’importantes pertes humaines et matérielles à Bushushu et Nyamukubi.
Une mère de famille installée à Katashola, qui a requis l’anonymat, décrit une situation de détresse extrême. Mère de sept enfants, elle affirme que la faim menace désormais directement la survie de nombreuses familles.
« Nous sommes sur le point de mourir avec la faim à Katashola. Je suis mère de sept enfants. Nos enfants risquent de mourir de faim. Ils souffrent de malnutrition. Comme il n’y a pas d’eau, ils souffrent davantage. Nous demandons aux autorités et aux organisations humanitaires de nous venir en aide. Les enfants sont en train de s’évanouir par la faim », témoigne-t-elle.
Selon les acteurs communautaires, cette crise humanitaire intervient dans un contexte déjà marqué par les conséquences du conflit armé dans l’est de la République démocratique du Congo, qui limite les capacités de réponse des autorités et accentue la vulnérabilité des populations déplacées et sinistrées.
Face à cette situation, Rushisha Crispin appelle les autorités nationales, provinciales et les partenaires humanitaires à mettre en place une assistance d’urgence en vivres, en eau potable et en biens non alimentaires. Il plaide également pour un appui technique au secteur agricole afin d’identifier les maladies qui affectent les cultures et de soutenir les agriculteurs dans la relance de leur production.
Les leaders communautaires estiment qu’une intervention rapide est indispensable pour prévenir une aggravation de la crise alimentaire et sanitaire dans les sites accueillant les sinistrés de Bushushu et Nyamukubi, où des milliers de personnes continuent de vivre dans des conditions particulièrement précaires.
