Plus de 100.000 personnes ont été nouvellement déplacées depuis le début du premier trimestre 2026 en Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo, en raison de la recrudescence de l’insécurité, selon l’ONG Médecins Sans Frontières, qui alerte sur une aggravation rapide de la crise humanitaire dans la région.

D’après MSF, la situation sécuritaire s’est fortement détériorée depuis la reprise des affrontements fin 2025 entre la Convention pour la révolution populaire (CRP) et les Forces armées de la République démocratique du Congo. La localité de Bule, à l’est de Fataki, est devenue depuis trois mois l’épicentre des combats dans une province déjà marquée par des violences récurrentes.

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Les conséquences humanitaires sont lourdes : civils blessés par balles, survivantes de violences sexuelles privées de soins adaptés et déplacements massifs de populations. Entre décembre 2025 et mars 2026, au moins 40 personnes ont été tuées et 42 autres blessées dans ces violences.

Parmi les victimes figure Patrick, 53 ans, qui témoigne : « Je me trouvais dans ma maison lorsque des tirs nourris ont éclaté à proximité […] En me voyant avec une machette, des hommes en armes m’ont pris pour un combattant et m’ont immédiatement tiré dessus. J’ai été grièvement blessé au genou ». Comme lui, de nombreux habitants ont été contraints de fuir vers des sites de déplacés, notamment celui de Doudou à Bule.

Pour Sylvain Groulx, chef des programmes de MSF en Ituri, la situation exige une réaction urgente.

 « Protéger les populations est une obligation. Aujourd’hui, les armes parlent fort et les souffrances ne cessent de s’aggraver dans un silence assourdissant. Nous appelons toutes les parties au conflit à la stricte protection des populations civiles ».

Sur le plan sanitaire, la situation est critique. À Plaine Savo, l’accès aux soins de santé primaire est très limité et la prise en charge des survivantes de violences sexuelles reste quasi inexistante. Les structures sanitaires, déjà fragiles, sont débordées ou fermées.

MSF précise que dans la zone de Fataki, 7 centres de santé sur 14 ont été contraints de fermer et de se déplacer vers les camps de Plaine Savo. Les autres fonctionnent difficilement, affectés par l’insécurité et la fuite du personnel médical.

Depuis mi-février 2026, MSF a déployé une équipe médicale dans cette zone pour répondre aux besoins urgents. Plus de 10.000 consultations ont déjà été réalisées, principalement pour des cas de maladies diarrhéiques, de malnutrition et d’infections respiratoires et gastriques. Une trentaine de survivantes de violences sexuelles ont également été prises en charge.

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Au-delà de la santé, la crise touche l’ensemble des conditions de vie des populations. Les besoins en nourriture, en eau potable, en abris et en protection restent immenses. L’insécurité persistante complique l’acheminement de l’aide humanitaire, tandis que plusieurs organisations ont suspendu leurs activités dans certaines zones de l’Ituri, laissant des centaines de milliers de personnes sans assistance.

Face à cette situation, MSF appelle à une mobilisation urgente pour répondre aux besoins humanitaires et garantir la protection des civils dans cette région en proie à une instabilité persistante.

Trésor Wilondja

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