À Bukavu, de nombreuses jeunes filles, majoritairement étudiantes, se tournent vers le petit commerce pour faire face à la précarité économique accentuée par l’insécurité dans plusieurs territoires du Sud-Kivu.
Originaires en grande partie de milieux ruraux, ces étudiantes vivent loin de leurs familles et tentent de subvenir à leurs besoins quotidiens en développant des activités génératrices de revenus. Sur les réseaux sociaux, notamment WhatsApp, elles exposent régulièrement leurs produits (bijoux, vêtements, sacs à main, parfums ou encore lunettes) afin d’attirer une clientèle, tout en poursuivant leurs études.
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Parmi elles, Victorine Akiza, venue de Sange, s’est lancée dans la vente de chaussures et de sous-vêtements pour hommes et femmes.
« Ce commerce me permet de subvenir à certains besoins personnels, comme acheter des habits ou des crédits internet, surtout quand mes parents n’ont pas les moyens de m’aider », explique-t-elle.
Malgré son engagement, elle fait face à plusieurs difficultés, notamment les retards de paiement des clients et le manque de débouchés. Néanmoins, elle reste optimiste quant à l’évolution de son activité.
De son côté, Marie Lyly, originaire du territoire de Fizi, vend des sacs à main et des vêtements féminins. Ses revenus lui permettent de couvrir certaines dépenses essentielles, comme les produits d’hygiène.
« Même si les bénéfices sont parfois faibles, cette activité m’aide à rester autonome. J’encourage d’autres filles à entreprendre pour mieux faire face à la crise », témoigne-t-elle.
Pour Asifiwe Rebecca, active depuis trois ans dans la vente d’articles de beauté, la situation sécuritaire a fortement impacté son activité. Elle évoque notamment la baisse du pouvoir d’achat et les difficultés liées aux déplacements, surtout pour les livraisons à domicile.
« Avant, les ventes étaient bonnes. Aujourd’hui, avec la crise, les clients sont rares et les revenus ont chuté », déplore-t-elle.
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Afin de s’adapter, elle a ajusté ses prix en fonction des distances de livraison et des réalités économiques. Malgré les obstacles, elle encourage d’autres jeunes filles à se lancer dans l’entrepreneuriat.
« Avoir une activité permet de gagner en indépendance et en confiance en soi. Il ne faut pas avoir peur de commencer, même si c’est difficile au départ », conseille-t-elle.
Dans un contexte marqué par les déplacements massifs de populations et la fragilisation des ménages, ces initiatives témoignent de la résilience des jeunes femmes de Bukavu. Elles mettent également en lumière la nécessité d’un accompagnement structuré pour soutenir l’entrepreneuriat féminin, encore largement sous-estimé dans la région.
Séraphin Mapenzi
