Dans un contexte de crise économique persistante au Sud-Kivu, la multiplication de boissons fortement alcoolisées fabriquées à base de farine de manioc, de maïs ou encore de soja suscite une vive inquiétude au sein des communautés. A Idjwi comme à Bukavu, des habitants et acteurs de la société civile dénoncent une pratique qui accentue la faim, la malnutrition et les tensions sociales.
Selon plusieurs témoignages recueillis, ces boissons sont produites à partir de denrées de première nécessité, pourtant essentielles à l’alimentation des ménages.
« Avant, la farine coûtait 1 000 francs, aujourd’hui elle est passée à 2 500 francs. Cette situation devient critique et affecte directement l’économie familiale », explique un habitant.
Dans un territoire déjà confronté à l’insécurité alimentaire, l’utilisation massive de farine pour la production d’alcool est perçue comme un détournement de ressources vitales. Des produits comme la farine de soja, initialement destinés à améliorer la nutrition, sont désormais utilisés dans la fabrication de ces boissons, aggravant les risques de malnutrition, notamment chez les enfants et les femmes enceintes.
Au-delà de l’impact nutritionnel, les conséquences sociales sont également préoccupantes. Les habitants évoquent une hausse du banditisme, des vols et des conflits communautaires liés à la consommation excessive d’alcool.
« Cette situation détruit non seulement l’économie locale, mais aussi le tissu social », déplore un acteur communautaire.
A Idjwi, la population appelle à prendre des mesures urgentes pour réguler, voire interdire cette production, afin de préserver les ressources alimentaires et protéger les ménages les plus vulnérables.
Dans la ville de Bukavu, des voix s’élèvent également pour alerter sur les effets de cette consommation. Le psychologue et acteur de la société civile David Cikuru estime que l’interdiction de la production, de la vente et de la consommation de ces boissons pourrait contribuer à limiter leurs conséquences.
Il souligne que, malgré certaines mesures existantes, leur application reste faible, facilitant l’importation et la circulation de ces produits.
Selon lui, la consommation excessive d’alcool peut entraîner des troubles mentaux et une dépendance, affectant particulièrement les jeunes.
« Une proportion importante de la population, notamment les jeunes, perd progressivement ses capacités à cause de ces boissons », alerte-t-il.
Face à cette situation, les communautés plaident pour des actions combinées, incluant des campagnes de sensibilisation, un renforcement du contrôle et un accompagnement des producteurs vers des alternatives économiques plus durables.
