La coordinatrice nationale du Réseau des Femmes pour la Défense des Droits et la Paix (RFDP), Madame Venantie Bisimwa Nabintu, est décédée dans un tragique accident de circulation survenu dans la nuit du mercredi au jeudi 21 mai 2026 sur l’axe Masaka-Mbarara, en Ouganda.
Selon plusieurs sources concordantes, le drame implique un bus qui assurait la liaison entre Kampala, Goma et Bukavu. L’accident s’est produit vers 3 heures 45 du matin à Katuba Village, près de Mbirizi Town, dans le district de Lwengo, lorsqu’un bus en provenance de Kampala est entré en collision avec une remorque circulant en sens inverse sur la route Masaka-Mbarara.
Le média ougandais Monitor indique que deux femmes ont perdu la vie dans cet accident tandis que treize autres passagers ont été blessés. Plusieurs voyageurs à bord se rendaient en République démocratique du Congo, notamment à Goma, alors que d’autres étaient en route vers le Rwanda.
Le porte-parole de la police régionale du sud de l’Ouganda, Twaha Kasirye, a confirmé que les victimes décédées étaient des femmes voyageant dans le bus accidenté. Les blessés ont été évacués vers différents centres de santé pour des soins.
Dans un communiqué nécrologique publié après le drame, la diaspora congolaise vivant en Ouganda a exprimé sa profonde tristesse face à cette tragédie.
« Cet accident a causé la perte de plusieurs vies humaines et fait de nombreux blessés. En cette douloureuse circonstance, nous présentons nos sincères condoléances aux familles endeuillées et exprimons notre profonde compassion à tous les blessés ainsi qu’aux proches touchés par cette tragédie », indique ce communiqué.
La mort de Venantie Bisimwa a provoqué une vive émotion au Sud-Kivu et dans les milieux de défense des droits humains en RDC.
« Le départ de Madame Venantie Bisimwa laisse un immense vide dans la province du Sud-Kivu et dans les cœurs de tous ceux qui ont connu son engagement. Femme de conviction et de courage, elle a porté avec dignité la voix des sans-voix et consacré sa vie à la défense des droits humains, de la justice et de la paix », a réagi Joëlle Bakonkwa.
Née à Bukavu en 1956, Venantie Bisimwa était issue d’une famille chrétienne et instruite. Elle avait effectué ses études primaires à l’« école des filles » de Kadutu avant d’obtenir un diplôme d’État en Biologie-Chimie au collège Alfajiri.
Elle poursuivra ensuite des études universitaires à l’Université de Lubumbashi où elle décroche une licence en sociologie industrielle et urbaine.
Après plusieurs années de travail aux Presses Universitaires du Zaïre, à Kinshasa, elle avait également œuvré dans un projet financé par la Banque mondiale en Ituri avant de revenir à Bukavu au début des années 1990, dans un contexte marqué par l’ouverture démocratique du pays et la Conférence nationale souveraine.
C’est à cette période qu’elle s’engage activement dans la lutte pour les droits des femmes.
Face à l’absence de représentation féminine dans les espaces de décision, elle participe à la sensibilisation des femmes sur leurs droits et leur citoyenneté politique.
Elle fonde par la suite l’Association des Femmes Cadres pour l’Épanouissement Intégral de la Femme (AFECEF), structure considérée comme l’un des premiers mouvements féministes organisés au Sud-Kivu.
À travers cette organisation, Venantie Bisimwa a consacré une grande partie de sa vie à la formation, à la sensibilisation et à l’accompagnement des femmes dans la lutte contre les discriminations et les violences basées sur le genre.
La commémoration de la Journée internationale des droits des femmes en 1993 reste l’un des moments marquants de son parcours militant. Cette célébration avait mobilisé un grand nombre de femmes dans les rues de Bukavu à travers conférences, campagnes de sensibilisation et activités publiques, donnant une visibilité nouvelle au mouvement féminin dans la province.
Malgré son engagement, son parcours n’a pas été exempt de difficultés. Elle avait souvent dénoncé les résistances sociales et culturelles auxquelles faisaient face les femmes engagées dans les mouvements associatifs et politiques.
Selon ses proches, elle puisait sa force dans le soutien de sa famille, particulièrement celui de son mari, qu’elle considérait comme un pilier essentiel dans son combat.
Doctorante en sociologie à l’Université de Kisangani, Venantie Bisimwa rêvait d’une société où les femmes ne seraient plus marginalisées et où leurs droits seraient respectés au même titre que ceux des autres citoyens.
Elle encourageait régulièrement les jeunes filles à croire en leurs capacités et à dépasser les limites imposées par certains stéréotypes sociaux.
« La vie ne se limite pas seulement au foyer ou à la maternité », répétait-elle souvent dans ses interventions publiques.
Le décès de cette figure emblématique du mouvement féminin congolais laisse un grand vide dans les milieux de défense des droits humains, mais également dans les organisations engagées pour la paix et le développement communautaire dans l’Est de la RDC.
