Le Collectif des Leaders Syndicalistes Provinciaux et Présidents des Intersyndicales Provinciales des enseignants de la République démocratique du Congo demande au Gouvernement de prendre des mesures urgentes pour améliorer les conditions socioprofessionnelles du personnel éducatif. Dans un cahier des charges daté du 4 août 2026, les représentants syndicaux réclament notamment le paiement intégral des enseignants nouvelles unités (NU) et non payés (NP), l’octroi des numéros matricules de la Fonction publique, l’application effective du statut particulier de l’enseignant, une réforme du système de retraite et la fixation, dès l’exercice budgétaire 2027, d’un salaire minimum de 1.500.000 francs congolais pour l’enseignant. Ils préviennent qu’en l’absence de réponses au cours du troisième trimestre 2026, ils pourraient recourir « à tous les moyens légaux reconnus par la Constitution et les lois de la République ».

Le ton monte d’un cran dans le secteur de l’éducation nationale en République démocratique du Congo. Le Collectif des Leaders Syndicalistes Provinciaux et Présidents des Intersyndicales Provinciales des enseignants de la RDC a adressé au Gouvernement un cahier des charges détaillant les difficultés auxquelles, selon lui, le personnel enseignant reste confronté et les mesures qu’il souhaite voir prises pour y remédier.

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Le document, établi en RDC le 4 août 2026, est signé par J. Pierre Irenge Patachoka, rapporteur adjoint, et Jacques Cirimwami Mirindi, coordinateur du Collectif. Une correspondance de rappel portant sur ce cahier des charges est également datée du 4 août 2026 et adressée à la Première ministre, cheffe du Gouvernement.

Le dossier a notamment été transmis, pour information, au Président de la République, aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, au Vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, au Vice-Premier ministre chargé du Budget, à la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, au ministre des Finances, au Secrétaire général de l’Éducation nationale, à l’Inspecteur général, au directeur national de la DINACOPE, au directeur général de la CNSSAP ainsi qu’à d’autres responsables du secteur.

Le courrier rappelle surtout une première démarche entreprise le 9 février 2026. Le Collectif affirme avoir transmis à cette date un cahier des charges au Gouvernement, mais dit n’avoir reçu aucune suite à sa démarche.

« À ce jour, n’ayant pas encore reçu de suite à cette démarche, nous sollicitons respectueusement votre bienveillante attention », écrivent les représentants syndicaux à la Première ministre.

Ils demandent que leur document, présenté comme porteur des préoccupations et propositions du corps enseignant, soit examiné et fasse l’objet de dispositions appropriées.

1,5 million de FC comme salaire minimum dès 2027

La revendication salariale figure parmi les principales demandes formulées par les syndicats.

Le Collectif demande au Gouvernement de fixer, au cours de l’exercice budgétaire 2027, un salaire minimum de 1.500.000 francs congolais pour l’enseignant.

Cette proposition est présentée comme devant tenir compte du coût de la vie et des ambitions nationales en matière d’éducation.

Les syndicats réclament parallèlement une correction des inégalités qu’ils disent observer dans les rémunérations, notamment celles liées aux zones salariales, à la prime de gratuité et aux disparités salariales qu’ils jugent injustifiées.

Le cahier des charges dénonce notamment une « injustice manifeste » dans l’attribution de la prime de gratuité. Selon les représentants syndicaux, certains enseignants bénéficient de cette prime tandis que d’autres n’en bénéficient pas, alors que certains percevraient des montants supérieurs « sans justification légale ».

Ils dénoncent aussi les retards et les irrégularités récurrents dans le paiement des salaires.

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NU et NP : les syndicats exigent un paiement immédiat

Le Collectif place également la situation des enseignants nouvelles unités (NU) et des enseignants non payés (NP) parmi ses priorités.

Il demande au Gouvernement leur « paiement immédiat et intégral », particulièrement dans les écoles primaires publiques concernées par la gratuité de l’enseignement.

Pour les syndicats, il n’est pas cohérent que des enseignants continuent à travailler dans des écoles où la gratuité est effective sans bénéficier d’une rémunération régulière.

Ils réclament également le paiement « immédiat et sans condition » de tous les intervenants aux évaluations certificatives 2026 au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.

Le statut particulier de l’enseignant toujours attendu

Autre point majeur du cahier des charges : la réforme du statut professionnel des enseignants.

Le Collectif déplore l’absence d’évolution vers un statut particulier de l’enseignant, malgré ce qu’il présente comme une recommandation expresse du Président de la République.

Il demande donc au Gouvernement la « mise en œuvre effective du Statut Particulier de l’enseignant », conformément aux orientations du Chef de l’État et en référence à la sixième réunion du Conseil des ministres mentionnée dans le document.

Les syndicats demandent parallèlement l’octroi sans délai des numéros matricules de la Fonction publique à tous les enseignants éligibles.

Cette question est directement rattachée aux engagements pris lors des assises de Bibwa.

Les engagements de Bibwa au centre des critiques

Dans son état des lieux, le Collectif revient sur les engagements issus des assises de Bibwa, organisées en août 2024.

Les syndicats estiment que plusieurs engagements pris avec le banc syndical restent inexécutés.

Parmi les problèmes cités figure notamment le non-octroi des numéros matricules de la Fonction publique aux enseignants, alors que cette mesure aurait été décidée « à l’unanimité ».

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Le Collectif dénonce également l’absence d’évolution vers un statut particulier de l’enseignant et regrette qu’aucune évaluation formelle des engagements convenus entre le Gouvernement et le banc syndical n’ait, selon lui, été réalisée.

Le cahier des charges demande donc que le Gouvernement et les représentants syndicaux procèdent à une évaluation objective des engagements issus des différentes assises, notamment celles de Bibwa.

Les syndicats dénoncent les difficultés du système salarial

Au-delà du montant des salaires, le Collectif critique la gouvernance générale de la rémunération des enseignants.

Il relève la persistance des NU et NP dans les écoles publiques où la gratuité est effective, les disparités dans l’attribution de la prime de gratuité, les inégalités liées aux zones salariales, les retards et irrégularités dans le paiement, les disparités salariales jugées injustifiées.

Pour répondre à ces difficultés, les syndicats demandent une correction définitive de ces différentes inégalités.

Ils proposent également la création d’une banque publique dédiée à la paie des fonctionnaires, particulièrement des enseignants.

Selon le cahier des charges, cette banque aurait pour objectif de « sécuriser, rationaliser et fiabiliser le système de rémunération ».

Retraite : la CNSSAP directement interpellée

Le Collectif consacre une partie spécifique de ses revendications à la Caisse nationale de sécurité sociale des agents publics de l’État (CNSSAP).

Les syndicats constatent une « non-effectivité réelle des retraites » des enseignants et dénoncent également l’absence de prise en charge systématique des enseignants malades ou victimes d’accidents de service.

Ils signalent aussi l’absence d’indemnisation des enseignants décédés alors qu’ils étaient encore en activité.

Autre problème soulevé : la situation des enseignants déjà élagués du fichier de paie après avoir perçu leurs allocations de fin de carrière.

Le Collectif demande à la CNSSAP de prendre en charge ces enseignants conformément aux listes disponibles à la DINACOPE.

Ce que le Collectif demande à la CNSSAP

Les revendications adressées spécifiquement à la CNSSAP sont notamment d’identifier et répertorier tous les cas de maladies professionnelles et d’accidents de travail, prendre en charge ces cas sans condition, indemniser les enseignants décédés en cours de carrière, assurer la prise en charge des enseignants ayant bénéficié des allocations de fin de carrière et retirés du fichier de paie ou encore rendre la retraite des enseignants « effective et transparente ».

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Des enseignants affectés par l’insécurité particulièrement préoccupés

Le cahier des charges évoque également la situation particulière des enseignants travaillant dans les zones touchées par l’insécurité, notamment dans l’Est du pays.

Le Collectif déplore « l’absence de mécanisme spécifique de prise en charge des enseignants affectés par l’insécurité persistante dans certaines provinces, particulièrement celles de l’Est ».

Cette situation est présentée parmi les difficultés structurelles auxquelles le secteur éducatif reste confronté.

Les syndicats demandent ainsi que les politiques éducatives prennent davantage en compte les conditions particulières de travail des enseignants exerçant dans des environnements affectés par les conflits.

Les projets éducatifs : les syndicats provinciaux dénoncent des exclusions

Le Collectif s’inquiète également de la gouvernance du secteur éducatif.

Il affirme constater l’« exclusion répétée des leaders syndicaux provinciaux dans certaines activités et projets éducatifs réalisés ».

Il dénonce par ailleurs une implantation qu’il qualifie de sélective de certains projets éducatifs dans les provinces.

Selon le cahier des charges, cette situation entraîne « frustrations, déséquilibres structurels, formatifs et inégalités territoriales ».

Le Collectif réclame donc la fin de ces discriminations et demande l’inclusion systématique des leaders syndicaux provinciaux dans les initiatives sectorielles.

Les syndicats demandent également à être associés à la recherche de solutions concernant la problématique des bulletins scolaires des élèves.

Formation continue et accompagnement psychosocial

Les revendications portent aussi sur la professionnalisation du métier d’enseignant.

Le Collectif demande l’institutionnalisation d’un programme annuel obligatoire de formation continue.

Pour les syndicats, l’amélioration de la qualité de l’enseignement passe notamment par le renforcement régulier des compétences professionnelles des enseignants.

Ils demandent également l’intégration d’un programme d’accompagnement psychosocial.

Cette demande intervient alors que le cahier des charges présente la précarité des conditions socioprofessionnelles, l’insécurité dans certaines provinces et l’insuffisance de la formation continue comme autant de difficultés affectant le secteur.

Un diagnostic préoccupant malgré la gratuité de l’enseignement

Dans son état des lieux, le Collectif reconnaît les avancées enregistrées dans le secteur, particulièrement la mise en œuvre, la consolidation et la pérennisation de la gratuité de l’enseignement primaire.

Mais il estime que ces avancées ne suffisent pas à résoudre les difficultés structurelles.

Le document cite notamment la précarité persistante des conditions socioprofessionnelles des enseignants, les faiblesses de la gouvernance salariale, les inégalités dans l’implantation des projets éducatifs, les retards dans la réforme du statut de l’enseignant, l’absence d’effectivité du système de retraite et de protection sociale, l’absence de mécanisme spécifique de prise en charge des enseignants touchés par l’insécurité, l’insuffisance de la formation continue.

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Le Collectif rappelle que le Plan quinquennal du ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté ainsi que la Stratégie sectorielle de l’éducation mettent notamment l’accent sur « l’amélioration de la qualité de l’enseignement, la professionnalisation du métier d’enseignant et la stabilisation du personnel éducatif ».

Mais il estime que plusieurs engagements pris avec le banc syndical n’ont pas encore été exécutés.

Un dialogue social urgent demandé au Gouvernement

Face à ces difficultés, le Collectif ne demande pas uniquement des mesures administratives ou financières. Il réclame également la reprise d’un dialogue social formel avec les autorités.

Il demande au Gouvernement de « convoquer urgemment dans un cadre de dialogue social des pourparlers avec le banc syndical national et provincial ».

Ces discussions devraient notamment permettre d’évaluer les engagements issus des différentes assises et d’examiner le Plan quinquennal du ministère de l’Éducation sous l’angle de l’amélioration des conditions socioprofessionnelles des enseignants.

Dans son introduction, le Collectif affirme d’ailleurs inscrire son cahier des charges dans une démarche « républicaine, responsable, constructive et partenariale ».

Il dit vouloir privilégier « le dialogue social, le respect des engagements pris et la volonté commune d’améliorer durablement la qualité de l’enseignement en RDC ».

Le Collectif prévient qu’il pourrait recourir aux moyens légaux

Malgré cet appel au dialogue, les syndicats préviennent que l’absence de réponse pourrait conduire à une nouvelle étape dans leur mobilisation.

Dans les dispositions finales, le Collectif affirme qu’en cas de non-prise en compte de ses recommandations au cours du troisième trimestre 2026, il se réserve le droit de recourir « à tous les moyens légaux reconnus par la Constitution et les lois de la République ».

L’organisation précise que cette démarche viserait à défendre les intérêts de sa base, constituée des enseignants qu’elle présente comme ceux dont elle est « le gardien ».

Le Collectif ajoute qu’il ne saurait être tenu responsable des « perturbations ou tensions sociales qui pourraient résulter de l’inaction face aux revendications légitimes » contenues dans son cahier des charges.

Il réaffirme toutefois, dans le même document, son attachement au dialogue social et à la stabilité du secteur éducatif.

Les syndicats lient directement le bien-être des enseignants à la qualité de l’éducation

Dans la conclusion de leur document, les représentants syndicaux défendent l’idée que la situation sociale des enseignants constitue un élément déterminant de la qualité du système éducatif.

Ils écrivent que « la qualité d’un système éducatif dépend directement des conditions de vie et de travail des enseignants ».

Selon eux, lorsque les enseignants sont précarisés, « la performance du système s’affaiblit ».

À l’inverse, le Collectif estime que l’investissement dans leur revalorisation socioprofessionnelle permettrait d’améliorer les apprentissages, de stabiliser le personnel éducatif et de favoriser la cohésion nationale.

Le cahier des charges conclut ainsi que « le dialogue social sincère, permanent et respectueux des engagements entre partenaires constitue donc le mécanisme le plus rationnel et durable pour renforcer l’école et assurer l’avenir du pays ».

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Une nouvelle échéance fixée au troisième trimestre 2026

À travers ce document, les représentants syndicaux provinciaux mettent donc le Gouvernement face à une série de revendications qui couvrent pratiquement tous les aspects de la carrière enseignante : rémunération, statut professionnel, matricule, gratuité, retraite, protection sociale, accidents de travail, formation, accompagnement psychosocial, participation à la gouvernance éducative et prise en compte des enseignants travaillant dans les zones affectées par l’insécurité.

Le Collectif demande que ces questions soient examinées dans le cadre d’un dialogue social entre les différentes parties.

La prochaine étape dépend désormais de la réponse des autorités aux revendications formulées. Les syndicats ont clairement indiqué que le troisième trimestre 2026 constitue leur échéance politique, au-delà de laquelle ils pourraient engager d’autres actions dans le cadre des moyens qu’ils estiment légalement reconnus.

Jean-Luc M.

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