Le Vice-Gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Elakano, a annoncé vendredi 8 mai 2026 à Uvira la fermeture de la route Bukavu–Uvira à partir du lundi 11 mai 2026, dans un contexte sécuritaire toujours marqué par la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo.
Cette annonce a été faite lors des funérailles du colonel muzalendo David Bisimwa, en présence de plusieurs autorités civiles et militaires ainsi que de nombreux habitants.
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Prenant la parole au cours de cette cérémonie, Jean-Jacques Elakano a expliqué que cette mesure s’inscrit dans une série de stratégies arrêtées par le gouvernement provincial après une réunion d’urgence consacrée à la situation sécuritaire dans la province.
Le vice-gouverneur indique que cette décision vise notamment à limiter les mouvements de populations entre les zones contrôlées par le gouvernement et celles occupées par les rebelles.
« Nous ne voulons plus voir les mouvements de population comme vous les observiez, où des gens partent d’Uvira, Kiliba ou Baraka pour se rendre dans les zones occupées par notre ennemi, et vice versa. Nous estimons que cela ne profite pas à l’État », a-t-il déclaré.
Selon lui, le gouvernement provincial considère que la fermeture des voies de communication pourrait contribuer à renforcer les efforts visant à reprendre la ville de Bukavu.
« Notre objectif en tant que gouvernement est que les frontières soient verrouillées pour que demain nous puissions reprendre Bukavu. Nous n’avons aucune relation avec ces gens », a-t-il ajouté.
Toutefois, l’autorité provinciale a précisé que cette mesure tiendra compte de certaines considérations humanitaires avant son entrée en vigueur.
« Si l’un des nôtres s’y trouve par ignorance ou y a envoyé son véhicule, nous lui demandons de le faire revenir, car à partir de lundi nous ne tolérerons plus rien », a averti Jean-Jacques Elakano.
Le vice-gouverneur a également annoncé de nouvelles restrictions concernant les agents de l’État travaillant à Uvira mais résidant à l’étranger, notamment à Bujumbura au Burundi.
Il a dénoncé le fait que plusieurs agents publics traversent quotidiennement la frontière pour venir travailler à Uvira avant de retourner vivre à l’extérieur de la province.
« La population perçoit cela comme si ces gens venaient uniquement pour piller les ressources ici afin d’aller dépenser et consommer là-bas », a-t-il affirmé.
Selon Jean-Jacques Elakano, les services de la Direction générale de migration (DGM) ont reçu instruction d’interdire, après un délai de dix jours, le retour vers l’étranger à tout agent de l’État travaillant à Uvira.
« Nous demandons à tous ces agents de se chercher des logements ici à Uvira. Que les fils d’Uvira qui ont eu la chance de construire puissent bénéficier de l’argent des loyers », a-t-il déclaré.
L’autorité provinciale estime que cette mesure permettra également de stimuler l’économie locale.
« Nous voulons que, s’ils doivent acheter de la nourriture ou des boissons, ils le fassent ici afin que la maman qui vend au marché ou celle qui vend du Fanta et de l’eau puisse avoir un revenu », a-t-il expliqué.
Jean-Jacques Elakano a également insisté sur le fait que cette obligation concernera tous les jours ouvrables et que seules des autorisations spéciales délivrées par les chefs hiérarchiques ou le gouverneur permettront des exceptions.
Abordant les rumeurs de tensions au sein de l’exécutif provincial, le vice-gouverneur a tenté de rassurer la population sur ses relations avec le gouverneur du Sud-Kivu.
« Dans toute famille, il peut y avoir des divergences d’idées, mais il ne s’agit pas de querelles. Le gouverneur m’a délégué pour le représenter et nous communiquons », a-t-il affirmé.
Il a ajouté qu’une solution était en cours concernant les différends évoqués ces derniers jours.
« Notre intention est l’unité et la paix. Nous ne pouvons pas nous diviser alors que l’ennemi est à nos portes », a-t-il poursuivi.
Cependant, cette décision de fermeture de la route Bukavu–Uvira suscite déjà de nombreuses inquiétudes au sein de la Société Civile.
Le coordinateur provincial adjoint de la Nouvelle Société Civile Congolaise axe Sud, Freddy Mudeba, estime que cette mesure risque d’aggraver les difficultés économiques des populations déjà confrontées à une crise sécuritaire persistante.
Selon lui, malgré l’annonce officielle, la circulation sur cet axe routier s’est poursuivie ce lundi.
« Cette décision est jugée inopportune, d’autant plus que la circulation avait déjà continué malgré le contexte sécuritaire passé », explique-t-il.
La société civile craint notamment des conséquences sur les échanges commerciaux, les déplacements des populations ainsi que l’approvisionnement des villes et localités dépendantes de cet axe stratégique.
Freddy Mudeba rappelle également que l’absence de circulation routière n’avait pas empêché par le passé la progression des groupes armés dans certaines zones.
« La ville d’Uvira était tombée pendant qu’il n’y avait pas la circulation routière entre Bukavu, parce que carrément le rebelle était au niveau de Kamanyola », souligne-t-il.
Face à cette décision, les réactions restent donc partagées entre les impératifs sécuritaires avancés par le gouvernement provincial et les préoccupations socio-économiques exprimées par plusieurs acteurs de la société civile.
