Les petites commerçantes transfrontalières de Bukavu dénoncent une forte hausse des prix des produits de première nécessité depuis la fermeture des frontières rwandaise de Ruzizi 1 et Ruzizi 2, intervenue le lundi 18 mai 2026 dans le cadre des mesures de prévention contre la résurgence de la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo.

Rencontrées ce jeudi 21 mai 2026 à la frontière de Ruzizi 1, plusieurs vendeuses affirment que l’approvisionnement des marchés devient de plus en plus difficile, avec des conséquences directes sur le panier ménager des familles de Bukavu.

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Les commerçantes expliquent que plusieurs produits importés du Rwanda connaissent actuellement une hausse importante des prix, compliquant davantage la vie des ménages déjà fragilisés par la crise économique et sécuritaire dans l’Est du pays.

Parmi les produits touchés figure notamment la viande. Des vendeuses indiquent qu’un kilogramme de viande acheté auparavant à 10 000 francs congolais coûte désormais jusqu’à 12 000 francs congolais à l’approvisionnement, alors que le pouvoir d’achat de la population reste très faible.

« Nous trouvons encore la marchandise, mais le plus grand problème est que les prix ont fortement augmenté depuis que les produits proviennent difficilement du Rwanda. La vie est déjà très difficile actuellement à Bukavu. Cela nous pénalise, nous ainsi que les clients », expliquent certaines commerçantes.

Elles affirment également que les consommateurs peinent désormais à acheter la viande sur les marchés locaux, où le kilogramme peut atteindre 15 000 francs congolais.

Ces vendeuses demandent ainsi une baisse des prix afin de soulager aussi bien les commerçants que les clients.

« Même si la frontière reste fermée, si les prix des marchandises étaient revus à la baisse, cela pourrait déjà réduire les difficultés. Aujourd’hui, il devient même compliqué de payer la scolarité des enfants », regrettent-elles.

D’autres commerçantes, notamment des vendeuses de légumes, dénoncent également l’absence d’un système de groupage côté congolais, contrairement au Rwanda où ce mécanisme serait déjà utilisé pour contourner les difficultés liées à la fermeture de la frontière.

Selon elles, ce système permet à plusieurs commerçants de remettre de l’argent à une seule personne chargée d’acheter les marchandises pour tout le groupe avant de les acheminer vers Bukavu.

« Quelqu’un prend l’argent et ramène la marchandise sans difficultés. Mais ici à la frontière de Ruzizi 1, ce système n’est pas encore organisé. Ceux qui ramènent les produits du Rwanda arrivent à Bukavu et vendent à des prix très élevés, ce qui nous pénalise énormément », explique une vendeuse de légumes.

Elle ajoute que certains produits comme les tourteaux coûtent environ 2 000 francs rwandais à l’achat, mais que les frais de transport et les difficultés de traversée de la frontière augmentent considérablement les coûts une fois les marchandises arrivées à Bukavu.

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Face à cette situation, les petites commerçantes appellent les autorités à rouvrir rapidement les frontières afin de permettre la reprise normale des échanges commerciaux entre Bukavu et le Rwanda.

Selon elles, la fermeture des postes frontaliers accentue les difficultés économiques de la population dans une région déjà affectée par l’insécurité et la dégradation des conditions socio-économiques.

« Les gens savent qu’il n’y a plus de trafic normal à la frontière et cela crée encore plus de difficultés. Nous demandons au gouvernement de rouvrir la frontière avant que la situation ne s’aggrave davantage », plaident-elles.

Les commerçantes estiment enfin que la situation économique des ménages continue de se détériorer chaque jour dans l’Est de la RDC, où la population doit déjà faire face aux conséquences de la guerre, de la hausse du coût de la vie et désormais des restrictions liées à Ebola.

Sylvie Bahati

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