À Bukavu, dans le Sud-Kivu, la succession d’incendies qui a touché plusieurs quartiers depuis le début de l’année 2026 affecte également le secteur de l’éducation. Au moins quatre établissements scolaires ont été complètement détruits par les flammes, privant des centaines d’élèves de leurs salles de classe alors que la nouvelle année scolaire vient à peine de commencer.

Dans certains établissements, les élèves ont dû reprendre les cours dans des conditions précaires, tandis que les responsables scolaires cherchent des solutions provisoires pour éviter une interruption prolongée des apprentissages.

Lire aussi : Incendie à Bukavu : l’UNC de Vital Kamerhe met en place une commission de suivi et annonce une assistance aux victimes

Le cas de l’École primaire Uhuru et de l’Institut Fariala, situés sur l’avenue Mpoko, dans le quartier Cahi, commune de Bagira, illustre cette situation. Ces deux établissements ont été ravagés par un incendie le 2 septembre 2026, quelques jours seulement avant le début de la nouvelle année scolaire.

Selon Shukuru Lwekya, président du sous-noyau de la société civile du quartier, la destruction de ces établissements affecte directement plus de 564 élèves.

Ces apprenants se retrouvent désormais contraints de poursuivre leur scolarité dans des conditions difficiles, dans l’attente d’une éventuelle relocalisation ou réhabilitation des bâtiments.

« Nous plaidons auprès des personnes de bonne volonté et des organisations de défense des droits scolaires de venir en aide à ces écoles afin de permettre aux élèves de poursuivre leur scolarité avant le début de la période pluvieuse », plaide Shukuru Lwekya.

Des salles de classe improvisées

Face à l’urgence, l’Institut Fariala tente de maintenir les activités scolaires avec les moyens disponibles.

Son préfet, Ahadi Cimalamungo, a notamment entrepris l’aménagement de salles de fortune à l’aide de bâches et de planchettes, afin d’offrir aux élèves un espace où poursuivre les enseignements malgré la destruction des bâtiments.

Cette solution reste toutefois provisoire et expose l’établissement à de nouvelles difficultés, particulièrement à l’approche de la période des pluies.

Deux autres écoles détruites le 10 septembre

À cette situation s’est ajoutée, le jeudi 10 septembre, la destruction de deux autres établissements scolaires dans les communes de Kadutu et de Bagira.

Il s’agit du Complexe scolaire Furaha, relevant de la sous-division éducationnelle Bukavu 2, et du Complexe scolaire Ujamaa, de Bukavu 3.

Ces deux écoles ont été touchées lors des incendies qui ont ravagé plusieurs habitations dans les quartiers concernés. Un rapport circonstancié des services de l’Éducation fait état de 29 élèves décédés et de 25 autres pris en charge pour des soins à la suite de ce drame.

La destruction de ces établissements intervient alors que les élèves venaient à peine de reprendre le chemin de l’école, aggravant davantage les difficultés auxquelles sont confrontées les familles et les communautés scolaires.

Des documents scolaires également partis en fumée

Au-delà des bâtiments, les incendies entraînent une autre difficulté : la perte de documents scolaires, notamment les bulletins, registres et manuels.

Pour les élèves souhaitant poursuivre leur scolarité dans d’autres établissements, cette situation peut devenir particulièrement problématique. Certaines écoles demandent en effet, lors de l’inscription, les bulletins des classes précédentes, des documents qui peuvent avoir été détruits dans les incendies.

Lire aussi : Bukavu : l’AFC-M23 décrète trois jours de deuil après l’incendie meurtrier de Kadutu

Les familles sinistrées doivent ainsi faire face simultanément à la perte de leurs logements et biens, mais aussi à la disparition de documents nécessaires à la continuité scolaire de leurs enfants.

« Numériser aujourd’hui pour ne pas tout perdre demain »

Face à ce problème, Jean Tshishimbi, ingénieur informaticien et journaliste à La Prunelle RDC, avait plaidé pour une accélération de la numérisation des archives scolaires et institutionnelles.

Son message est résumé en une formule : « Numériser aujourd’hui pour ne pas tout perdre demain. »

Il estimait que les établissements scolaires, institutions, organisations et même les familles devraient mettre en place des mécanismes de sauvegarde numérique afin de limiter les conséquences d’une destruction physique des documents.

« Il est temps pour les responsables d’adopter des solutions de numérisation et de stockage digital. Des serveurs locaux interconnectés pourraient déjà faire la différence. Il faut arrêter de dépendre uniquement du papier. C’est trop risqué dans une ville comme Bukavu où les incendies sont devenus fréquents », affirme-t-il.

Une menace pour la continuité des apprentissages

La destruction répétée d’infrastructures scolaires vient ainsi s’ajouter aux difficultés matérielles et financières qui affectent déjà plusieurs établissements de Bukavu.

Pour les élèves concernés, l’enjeu dépasse la perte d’une salle de classe. Il s’agit également de préserver la continuité des apprentissages, les documents scolaires et la possibilité de poursuivre normalement leur parcours éducatif.

Alors que plusieurs familles doivent encore faire face aux conséquences matérielles des incendies, la question de la reconstruction ou de la relocalisation des écoles détruites apparaît désormais comme une urgence pour éviter que ces sinistres ne se transforment en interruption durable de la scolarité de centaines d’enfants.

Séraphin Mapenzi

Share.
Leave A Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.