À l’occasion de la Journée nationale du « Génocost », célébrée ce 2 août, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a appelé les autorités congolaises et la communauté internationale à renforcer les efforts en faveur de la justice, de la vérité et de la lutte contre l’impunité afin de mettre un terme aux violences qui endeuillent la République démocratique du Congo depuis plus de trois décennies.

Dans une déclaration rendue publique à cette occasion, le médecin congolais a rendu hommage « aux millions de femmes, d’hommes et d’enfants, victimes directes et indirectes de la plus longue et de la plus meurtrière tragédie qu’ait connue l’humanité depuis la Seconde Guerre mondiale », saluant également les survivants, les personnes déplacées, les victimes de violences sexuelles et les familles endeuillées.

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Pour Denis Mukwege, la reconnaissance officielle du 2 août comme Journée nationale du Génocost constitue une avancée importante, mais demeure insuffisante sans actions concrètes.

« Cette reconnaissance ne prendra tout son sens que si elle s’accompagne d’une volonté politique de mettre fin aux causes profondes du conflit et de garantir aux victimes leurs droits à la justice, à la vérité, aux réparations et aux garanties de non-répétition », affirme-t-il.

Le Prix Nobel rappelle que depuis le début de la deuxième guerre du Congo, le 2 août 1998, les populations continuent de subir massacres, déplacements forcés, violences sexuelles, recrutement d’enfants, exécutions sommaires et pillage des ressources naturelles.

Évoquant les massacres attribués aux ADF dans les territoires de Beni et de Mambasa, Denis Mukwege estime que « la société congolaise et la communauté internationale ne peuvent plus continuer de tolérer sans réaction ferme les atrocités de masse commises chaque jour en RDC ».

Dans sa déclaration, il s’appuie sur plusieurs rapports des Nations Unies et d’organisations internationales pour soutenir que les conflits armés restent étroitement liés à l’exploitation illicite des ressources naturelles.

« Cette réalité impose de reconnaître que le drame congolais est avant tout lié à des enjeux économiques et géostratégiques », écrit-il, ajoutant qu’« il est inacceptable que plusieurs générations de Congolais continuent de payer de leur vie le prix du développement du reste du monde ».

Le gynécologue congolais pointe également des responsabilités internes.

Selon lui, « les agressions extérieures ont été aggravées par les complicités internes, la corruption, le bradage des ressources nationales, l’affaiblissement des institutions et l’absence de réformes profondes de la justice, de la sécurité et de la gouvernance publique ».

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Sur le plan politique, Denis Mukwege réaffirme son opposition au projet de révision de la Constitution. Il estime que cette initiative pourrait accentuer les tensions dans le pays et appelle les autorités à y renoncer.

« Nous exhortons fermement le pouvoir d’abandonner ce projet et d’écouter la voix de la raison », déclare-t-il.

Le Prix Nobel renouvelle également son plaidoyer pour l’application des recommandations du Rapport Mapping des Nations Unies publié en 2010. Il demande la création d’un Tribunal pénal spécial pour la RDC ainsi que de chambres spécialisées mixtes afin de poursuivre les auteurs présumés des crimes les plus graves.

Il appelle aussi à faire de la mémoire une véritable politique publique, notamment par la création d’un mémorial national à Kinshasa et de lieux de mémoire dans les provinces touchées par les conflits.

« Parce qu’un peuple qui oublie son histoire s’expose à la revivre », souligne-t-il, estimant que ces mémoriaux permettront d’honorer les victimes, de préserver les preuves des atrocités et de transmettre cette mémoire aux générations futures.

Denis Mukwege plaide enfin pour la fin des circuits illicites d’exploitation des minerais stratégiques et leur transformation locale afin qu’ils deviennent un moteur de développement plutôt qu’un facteur de guerre.

Enfin, le Prix Nobel de la paix estime que les Congolais ne réclament « ni compassion ni charité », mais « le respect du droit international, de leur souveraineté, de leurs droits fondamentaux et de leur droit à vivre en paix ».

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« La mémoire n’a de sens que si elle conduit à l’action. Transformons les minerais de conflits en minerais de paix, l’impunité en justice, la prédation en gouvernance responsable et la souffrance en espérance », conclut Denis Mukwege.

Jean-Luc M.

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