Se déplacer sur les routes nationales RN5 (Bukavu-Uvira) et RN2 (Bukavu-Mwenga) est devenu un véritable parcours du combattant pour de nombreux habitants du Sud-Kivu. Entre la multiplication des barrières, les paiements exigés à différents points de contrôle, les contrôles d’identité répétés et l’instabilité du coût du transport, les voyageurs affirment vivre un quotidien marqué par la peur, les dépenses imprévues et l’incertitude.

Interrogés par La Prunelle RDC ce jeudi 23 juillet 2026, plusieurs usagers décrivent une situation qu’ils jugent préoccupante, appelant les différentes autorités exerçant le contrôle sur ces axes à prendre des mesures pour faciliter la libre circulation des personnes.

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Voyager exige désormais une carte d’identité… et beaucoup d’argent

Pour les personnes qui empruntent régulièrement l’axe Bukavu-Lugushwa, la préparation d’un voyage ne consiste plus uniquement à réunir les frais de transport.

Selon un voyageur rencontré par notre rédaction, il faut également disposer d’une pièce d’identité et prévoir une somme importante pour faire face aux nombreuses perceptions effectuées tout au long du trajet.

« Nous souffrons beaucoup, nous les passagers qui voyageons entre Bukavu et Lugushwa. Aujourd’hui, pour voyager, il faut avoir sa carte d’identité et suffisamment d’argent pour payer aux différentes barrières », témoigne-t-il.

Notre interlocuteur affirme que les personnes qui ne présentent pas de document d’identité risqueraient d’être assimilées à des personnes suspectes.

« Si tu n’as pas de carte d’identité, on peut te considérer comme un espion. On t’impose alors des amendes pouvant aller de 100.000 à 300.000 francs congolais », affirme-t-il.

Des dizaines de barrières dénoncées sur la RN2

Selon plusieurs témoignages recueillis auprès des voyageurs, le tronçon Bukavu-Mwenga compterait une vingtaine de points de contrôle.

Un usager affirme avoir dénombré jusqu’à 23 barrières sur cet axe.

« À presque chaque arrêt, il faut payer. Les montants varient selon les endroits. On peut demander 10.000 FC, 20.000 FC ou davantage. Les montants changent selon ceux qui contrôlent la barrière », explique-t-il.

Les personnes interrogées soutiennent que ces paiements sont exigés à plusieurs reprises au cours d’un même voyage, ce qui augmente considérablement le coût du déplacement.

La RN5 également pointée du doigt

Les voyageurs de l’axe Bukavu-Uvira dressent un constat similaire.

Selon eux, plus de 15 barrières jalonneraient actuellement ce tronçon routier.

L’un des passagers interrogés affirme que certains contrôles s’accompagnent de menaces lorsque les sommes demandées ne sont pas versées.

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« À certaines barrières, on peut vous demander jusqu’à 20 dollars. Si vous refusez de payer, vous pouvez être menacé », raconte-t-il.

Des pratiques qui varient selon les zones contrôlées

Les voyageurs estiment que les pratiques diffèrent selon les zones sous contrôle des différents acteurs armés présents sur ces axes.

Plusieurs témoins affirment que de nombreuses barrières seraient tenues par des groupes Wazalendo (alliés des Forces Armées de la République démocratique du Congo), où des paiements seraient régulièrement exigés.

Concernant les zones sous contrôle de l’AFC-M23, certains usagers affirment que deux barrières principales seraient installées et que les contrôles porteraient essentiellement sur les pièces d’identité, sans perception systématique d’argent auprès des passagers.

Même les piétons et les malades ne seraient pas épargnés

Au-delà des véhicules de transport, certains habitants affirment que les piétons seraient également soumis à des paiements.

Une source de l’axe Bukavu-Mwenga assure que les habitants doivent parfois payer pour passer d’un village à un autre.

« Personne n’est épargné. Même les piétons paient. Les malades aussi. Chaque déplacement peut donner lieu à une perception d’argent », affirme-t-elle.

Selon cette source, cette situation affecte particulièrement les populations rurales qui dépendent quotidiennement de ces routes pour accéder aux marchés, aux centres de santé ou aux établissements scolaires.

Un coût du transport devenu imprévisible

À ces multiples paiements s’ajoute, selon les voyageurs, une forte instabilité du coût du transport.

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Les tarifs varieraient selon l’état de la route, la saison, mais aussi les dépenses que les transporteurs disent supporter aux différents points de contrôle.

« Il n’y a plus de prix fixe sur l’axe Mwenga. Pendant la saison sèche, le prix peut varier entre 100.000 et 300.000 francs congolais. Les motards expliquent qu’eux aussi doivent payer aux différentes barrières », indique un autre usager.

Cette situation, dénoncent plusieurs voyageurs, renchérit le coût de la vie et complique les déplacements des populations déjà confrontées aux difficultés économiques.

Un appel à garantir la libre circulation

Face à cette situation, les personnes interrogées demandent au Gouvernement de la République démocratique du Congo, ainsi qu’aux autorités de fait de l’AFC-M23, de prendre des mesures pour faciliter la circulation des personnes sur ces deux axes stratégiques.

Elles plaident notamment pour la réduction du nombre de barrières, la lutte contre les tracasseries dénoncées, la sécurisation des voyageurs et l’instauration de mécanismes permettant aux populations de circuler librement sans être soumises à des paiements répétés.

Divine Busime

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