La Société Civile du Sud-Kivu a adressé, le 17 avril 2026 à Uvira, un mémorandum aux autorités provinciales, dont le Gouverneur, les députés provinciaux et le bureau de l’Assemblée provinciale, pour rappeler les priorités de la session parlementaire de mars 2026. Dans ce document, elle insiste sur la nécessité de renforcer la gouvernance, la transparence et la redevabilité dans un contexte marqué par l’insécurité et la crise humanitaire persistante dans la province.

S’appuyant sur la Constitution congolaise, la structure citoyenne à travers sa Présidente Néné Bintu, rappelle que « la souveraineté appartient au peuple » et que les élus doivent exercer leur mandat « au nom et pour le compte de ce peuple ». Elle souligne également le rôle central de l’Assemblée provinciale, chargée de légiférer et de contrôler l’action du gouvernement provincial.

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Parmi les urgences identifiées figure l’adoption de plusieurs édits jugés essentiels. Ces priorités découlent notamment des recommandations d’ateliers organisés en 2024 et 2025 à Bukavu et à Uvira avec l’appui du CEDECO.

La Société civile cite notamment un édit autorisant une convention de collaboration avec elle-même, un édit sur le financement innovant de l’éducation, un texte sur la protection des droits des enfants vivant avec handicap en milieu scolaire et un édit sur l’indemnisation des communautés affectées par l’exploitation minière.

« Chaque grève des enseignants pénalise les droits de nos enfants (…) alors qu’une partie de la solution est entre vos mains. » met en garde la Société Civile concernant l’éducation.

Elle attire également l’attention sur les enjeux liés à l’exploitation des ressources minières, notamment dans le cadre d’accords internationaux, plaidant pour une meilleure protection des populations locales face aux risques d’abus.

Sur le volet du contrôle de l’exécutif provincial, la Société civile dénonce le manque de visibilité sur l’utilisation des fonds alloués par le gouvernement central entre janvier et mars 2026 pour la restauration de l’autorité de l’État, après la reprise d’Uvira, ancienne ville occupée par les rebelles de l’AFC-M23.

« L’impact de ces fonds n’est pas encore visible et plusieurs services publics se plaignent », note le document.

Elle exige ainsi un exercice de redevabilité du gouverneur devant l’Assemblée provinciale, rappelant que « aucun contexte ne saurait entraver le droit à l’information, à la transparence et à la redevabilité ».

La structure appelle également à des enquêtes parlementaires sur plusieurs dossiers sensibles, notamment la gestion de la taxe conventionnelle dénoncée par les pétroliers d’Uvira et Fizi, la réhabilitation des routes nationales 5, 27 et 30 ;  et le dossier des minerais saisis auprès de sujets chinois, dont « 400.000 dollars et 10 lingots d’or », dont la destination reste floue.

La Société civile alerte en outre sur la persistance des tracasseries routières impliquant certains éléments armés, ainsi que sur les exactions signalées dans plusieurs territoires, dont Kabare, Fizi, Mwenga, Kamituga et Baraka.

Elle recommande l’audition du gouvernement provincial sur la présence controversée d’acteurs étrangers dans les sites miniers artisanaux, les conflits entre coopératives minières et exploitants et les difficultés des opérateurs économiques à écouler l’or, faute d’agréments pour les comptoirs d’achat.

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Le document met aussi en lumière les difficultés des enseignants, notamment dans les zones affectées par les conflits. Certains parcourent de longues distances pour percevoir leurs salaires, au péril de leur vie.

« Trois décès ont déjà été signalés (…) et récemment une somme d’environ 73.000 dollars leur a été ravie », déplore la Société civile du Sud-Kivu.

Elle évoque également des dysfonctionnements dans la gestion de la paie, ainsi que des frais de fonctionnement mensuels estimés à 16 millions, jugés non transparents.

Sur le plan humanitaire, la situation est qualifiée de préoccupante, notamment dans les hauts plateaux de Fizi, où la flambée des prix illustre la gravité de la crise.

« Un verre de sel coûte 20.000 francs congolais (…) suite aux affrontements et au manque d’accès humanitaire », précise le document.

Des cas de choléra et de rougeole sont également signalés dans plusieurs zones enclavées, aggravés par le retrait de nombreuses organisations humanitaires.

Enfin, la Société civile appelle à la tenue régulière de plénières à l’Assemblée provinciale et exhorte les députés à remplir pleinement leur mission. Elle invite également à une collaboration renforcée entre les institutions provinciales pour répondre aux attentes de la population.

« Aucun contexte ne doit empêcher les institutions de fonctionner au bénéfice du peuple », insiste-t-elle.

Dans ce contexte de crise multidimensionnelle, la Société civile du Sud-Kivu se positionne encore comme un acteur clé du contrôle citoyen, déterminé à maintenir la pression sur les autorités pour une gouvernance plus responsable et orientée vers les besoins des populations.

Jean-Luc M.

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