À l’entrée de l’avenue Regideso, dans le quartier Cahi en commune de Bagira, l’odeur de fumée flotte encore dans l’air. Sous un soleil timide de ce mercredi matin, des hommes, des femmes et des enfants déambulent entre les décombres. Certains tentent de récupérer quelques objets épargnés par les flammes. D’autres restent assis devant ce qui était, il y a encore vingt-quatre heures, leur maison.
Mardi 9 juin, vers 9 heures, un violent incendie a ravagé cette partie de la ville de Bukavu. En quelques heures, le feu a réduit en cendres 101 maisons. Plus de 40 autres ont été démolies par les habitants eux-mêmes pour empêcher la progression des flammes. Si aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée, les dégâts matériels sont considérables. Des centaines de familles se retrouvent aujourd’hui sans abri.
Sur place, le spectacle est saisissant. Des tôles noircies jonchent le sol. Des pans de murs tiennent encore debout comme des témoins silencieux du drame. Ici et là, des habitants fouillent dans les cendres à la recherche d’un document, d’un ustensile ou d’un souvenir de famille.
Pour Justin Cubaka, surnommé Cukas, le choc reste immense. Lorsque l’alerte lui est parvenue, il s’est précipité vers son domicile. Mais le feu avait déjà gagné une grande partie du quartier.
« Arrivé sur place, j’ai trouvé que c’était du feu de grande volige. Vraiment c’était désolé parce qu’il y avait seulement que certaines mamans. Mes enfants ont perdu tous leurs biens, même ma maison est consumée. Nous avons une très grande difficulté surtout de chercher là où on peut mettre la tête », confie-t-il, le regard fixé sur les ruines de sa parcelle.
Comme lui, des centaines de familles ont passé leur première nuit à ciel ouvert. Faute d’abri, plusieurs ont dormi dans leurs parcelles dévastées, entourées des vestiges de leurs maisons.
Parmi elles, Shabilenge Shabani, mère de huit enfants. Alertée alors qu’elle était au travail, elle n’a pu que constater l’étendue des dégâts à son arrivée.
« Arrivant sur place, j’ai trouvé que le feu était déjà d’une grande envergure, et on ne pouvait rien faire, on ne pouvait rien sauver. Tout ce qu’on avait comme biens de la maison, l’argent, tout a été brûlé, tout a été consumé par le feu. Nous n’avions même pas où dormir et nous n’avons pas à manger », raconte-t-elle.
Au-delà des habitations détruites, l’incendie a également frappé le secteur de l’éducation. À quelques centaines de mètres du site du sinistre, les portes de l’École primaire Béatitude sont restées fermées ce mercredi. Dans la confusion provoquée par la catastrophe, des individus ont pillé plusieurs biens de l’établissement.
Des bancs scolaires ont disparu. Des tableaux et d’autres matériels didactiques ont également été emportés. Une situation qui compromet la poursuite normale des activités scolaires et inquiète les parents comme les enseignants.
Alors que les sinistrés tentent de s’organiser, une autre scène suscite la controverse. Dès les premières heures de la matinée, des acheteurs de ferraille « Mabende » ont commencé à parcourir les lieux à la recherche de tôles brûlées et d’autres débris métalliques.
Cette présence provoque la colère du chef du quartier Cahi, Akilimali Mubigalo Dieudonné. Pour lui, voir des personnes acheter les restes des maisons à peine quelques heures après le drame est difficilement acceptable.
« Comment quelqu’un a perdu sa maison, toi tu viens le matin, tu commences à acheter des tôles. Ça montre, nous victimes, que ça peut être une complicité de ces acheteurs de mabende. Donc c’est un acte qui n’est pas louable, qui n’est pas bien accueilli chez nous sinistrés », déplore-t-il.
Mais au milieu des ruines, la réalité des victimes est plus complexe. Pour beaucoup, ces tôles calcinées représentent désormais la seule ressource disponible pour trouver de quoi manger.
Debout près d’un tas de ferraille soigneusement rassemblée, Christine Léa explique pourquoi plusieurs familles ont choisi de vendre les « mabende ».
« Les gens disent toujours en swahili que celui qui perd sa poule pleure sur son cadavre. Voilà pourquoi les gens rassemblent ces mabende et les vendent, parce qu’ils n’ont même pas de quoi manger », affirme-t-elle.
À mesure que la journée avance, des habitants continuent de nettoyer les parcelles, tandis que d’autres cherchent des solutions d’hébergement auprès des proches ou des voisins. Les enfants, eux, observent en silence les adultes tenter de reconstruire un semblant de quotidien.
Pour les autorités locales, cette nouvelle catastrophe rappelle l’urgence de renforcer les mesures de prévention contre les incendies, souvent liés à des installations électriques défectueuses ou à des imprudences domestiques.
« Nous demandons à la population d’être toujours vigilante, de bien contrôler leur cuisine, de ne pas laisser les enfants manipuler des réchauds, manipuler des fers à repasser. Il faut que les parents prennent leurs responsabilités en main, surtout en matière de la bonne gestion du courant électrique », recommande le chef du quartier.
À Cahi, les flammes se sont éteintes, mais leurs conséquences restent visibles partout. Entre les centaines de personnes qui ne savent pas où passer la prochaine nuit, les élèves de l’EP Béatitude privés de leurs outils d’apprentissage et les familles qui tentent de survivre en vendant les débris de leurs maisons, le quartier panse ses plaies dans l’attente d’une assistance et d’une solidarité qui pourraient lui permettre de se relever de l’une des plus graves catastrophes qu’il ait connues ces dernières années.
Landry Barhalibirhu et Aganze Kabindi (Stagiaire UOB)
Sud-Kivu : les FARDC et les Wazalendo reprennent le contrôle de Mikenge, selon l’administrateur de Fizi
Le village de Mikenge, situé dans le secteur d’Itombwe en territoire de Mwenga, est passé sous le contrôle des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) appuyées par les Wazalendo depuis le mardi 9 juin 2026. L’annonce a été faite ce mercredi 10 juin par l’administrateur de territoire de Fizi, Samy Kalondji Badibanga.
Selon cette autorité territoriale, les forces gouvernementales ont repris le contrôle de cette localité située à environ 130 kilomètres au nord du territoire de Fizi, dans le groupement de Bashimukindje Premier, après des affrontements avec des groupes armés opérant dans cette partie du Sud-Kivu.
Samy Kalondji Badibanga affirme que les combats se sont intensifiés dès l’aube du lundi 8 juin. D’après lui, des drones de l’AFC-M23 auraient attaqué les positions des FARDC, permettant ensuite une progression des combattants de Red-Tabara, Twirwaneho ainsi que d’autres groupes armés alliés.
« Les drones de l’AFC-M23 ont attaqué les positions des FARDC, facilitant ainsi le débordement des éléments de Red-Tabara, Twirwaneho et ceux des forces coalisées du Kenya et de la Somalie, créant par ricochet un petit désagrément dans le commandement militaire FARDC », a-t-il déclaré.
L’administrateur indique toutefois que les FARDC et les Wazalendo se sont rapidement réorganisés avant de lancer une contre-offensive ayant permis la reprise des positions perdues.
« Déterminées à protéger l’intégrité territoriale, les forces loyalistes se sont réorganisées et ont repris toutes les positions. Au moment où je vous parle, ce mercredi 10 juin 2026, le village de Mikenge est sous le contrôle des FARDC », a ajouté Samy Kalondji Badibanga.
L’autorité territoriale a salué les efforts consentis par les militaires engagés sur les différents fronts du territoire de Fizi et de Mwenga. Elle a notamment félicité les FARDC et les combattants Wazalendo pour leur engagement dans la défense du territoire national.
Samy Kalondji Badibanga a également rendu hommage au Président de la République, Félix Tshisekedi, estimant que les moyens mis à la disposition de l’armée contribuent au renforcement des capacités opérationnelles des militaires déployés dans les zones de combat.
Aucune communication officielle de l’état-major général des FARDC n’était encore disponible au moment de la rédaction de cet article pour confirmer indépendamment l’évolution de la situation militaire à Mikenge.
Cette reprise annoncée intervient dans un contexte de tensions persistantes dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, où plusieurs groupes armés restent actifs malgré les opérations militaires menées par les forces gouvernementales.
Jean-Luc M.
