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Native de la ville de Bukavu, Bangwene Aziza Clotilde est la première femme Rédactrice en Chef de la plus grande et ancienne radio associative de la ville de Bukavu au Sud-Kivu, la radio Maendeleo. [Portrait]

Née le 6 Juin 1966, la fille de celui qu’elle appelle affectueusement « papa Bangwene» a fait son école primaire et secondaire au Lycée Wima (ex Passionnât Albert 1er) où elle a eu son diplôme en section Littéraire.

Malgré son ambition de faire le journalisme et d’être une grande présentatrice de Journal et émissions télé, « maman Aziza » pour les intimes, s’est faite inscrire à l’Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu  (ISP) en Français et Linguistique Africaine suite à l’absence d’une université de journalisme dans sa province natale.

Après ses études universitaires, Aziza devient enseignante des cours de Français et de la correspondance française pendant 5 ans au Burundi voisin, un autre métier qui la passionnait. Cette vraie enseignante de formation et de carrière reste focus sur son rêve d’enfance malgré son parcours élogieux dans l’enseignement.

Plusieurs années après, cette amoureuse de la presse est revenue au pays pour accomplir son rêve d’enfance, celui de devenir journaliste.

« J’ai enseigné pendant 6 ans le français et la correspondance française à l’école de l’ambassade du Congo au Burundi. Après six ans, il y avait des guerres là-bas et j’étais obligée de rentrer au pays. Et là, j’étais déjà mariée parce que j’ai rencontré mon mari au Burundi, il était aussi enseignant. Quand nous sommes rentrés à Bukavu, on n’avait rien parce qu’on avait tout pillé et là je commençais à réfléchir sur ce que j’allais faire et c’est là que mon ambition de devenir journaliste est revenue », explique-t-elle, avec sourire.

Un baptême de feu au début de sa carrière journalistique

A la Radio Maendeleo de Bukavu, Aziza a commencé comme tout stagiaire autodidacte dans la presse. Un début plein d’obstacles et de méfiance mais grâce à la persévérance et un travail bien fait, Aziza s’en est sortie gagnante.

« J’avais commencé à la radio, comme bénévole. C’est vrai que j’étais au chômage mais et j’avais aussi de la passion. Le Directeur de l’époque avait demandé à certains collègues de m’encadrer. Il y avait une dame qui ne m’avait pas laissé la tâche facile, elle ne m’avait pas laissé un seul jour accéder au micro ou participer. J’étais toujours au fond du studio en train de regarder comment elle organisait ses émissions et je me demandais comment arriver à parler aussi au micro. Je l’enviais tellement mais mon seul travail n’était que de développer des thèmes pour elle. Un jour le Directeur m’appelle et me dit : Aziza mais, on m’a dit que tu ne sais rien faire, [heureusement que je développais mes thèmes en deux exemplaires et je lui ai montré ce que je faisais comme travail] en lui disant qu’on ne me donnait pas l’occasion. Le Directeur avait lu mes thèmes et il avait demandé à Jules Bahati et Sosthène Birhali de m’encadrer et c’était eux ma chance », explique-t-elle.

Aziza commence alors à faire ses animations d’antenne, et la présentation des quelques émissions avec l’aide de plusieurs ainés. Malgré ses diplômes, sa connaissance et un bon parcours d’enseignante de français ; cette brave dame se laissait corriger et guider par des ainés pour apprendre davantage. C’est l’humilité recommandée dans la profession.

« J’avais commencé à faire des animations d’antennes, des journaux. La dame qui m’avait encadré en premier avait démissionné et sa charge horaire m’avait été confiée. Mais ce que je veux dire aux jeunes filles est que pendant tout ce temps j’apprenais. Je ne suis pas venue et dire directement que j’ai fait l’ISP, je connais ceci ou cela mais je me suis rabaissée et c’est comme ça que tout le monde m’a adopté et j’apprenais tout le jour. Je me laissais conduire et apprendre de tout le monde ».

Deux petits secrets pour réussir 

Parmi plusieurs hommes, Bangwene est devenue Rédactrice en Chef de la Radio Maendeleo quelques années après son entrée timide dans la presse. Ses secrets étaient: l’humilité et le travail.

« Mon secret était l’humilité et le travail. Je prends le travail au sérieux et tout ce qu’on me dit de faire, je fais un effort pour le faire bien. Quand on m’a donné la charge horaire, j’ai commencé par être un simple journaliste et je faisais mon travail en respectant mes ainés même ceux qui étaient plus jeunes que moi. On travaillait comme si on était en famille », ajoute-elle.

Aziza a été nommée Rédactrice en Chef, 3 ans après son arrivée àRadio Maendeleo. Un poste prestigieux et envié par plusieurs de ses collègues hommes, mais s’est frayée un chemin à travers sa rigueur et son savoir-faire.

Son attitude, ses qualités de grande sœur et mère, son esprit d’équipe et son ardeur rassemblaient plusieurs femmes autour d’elle pour apprendre.

« Elle était toujours de bonne humeur. Je suis venue à Radio Maendeleo toute jeune à l’âge d’au-moins 23-24 ans. Cette dame m’avait accueilli comme sa petite sœur nouvellement engagée au sein d’une grande radio. J’étais dans un autre service, mais, elle me disait d’être courageuse, réceptive, ambitieuse et surtout compétitive. Et puis là où maman Aziza se tenait, il y avait la joie, des rires et beaucoup de blagues. Je n’ai jamais vu maman Aziza se fâcher et garder la rancune ; non » témoigne Nathalie Nganga, caissière à Radio Maendeleo. Elle ajoute que sur le plan social, elle est une femme au « cœur en or ».

« Je me demandais si c’est parce qu’elle priait beaucoup le bon Dieu, je ne sais pas. Aziza est toujours serviable et pleine d’amour, elle une femme au cœur en or».

Créatrice de l’Association des Femmes des Médias

Cette fervente militante des droits des femmes a mis sur pieds une association regroupant des femmes journalistes de la province du Sud-Kivu. Une association qui a en son sein une radio thématique de renommée « Mama Radio ». En sa qualité de défenseure de Droit de la femme, l’organisation qu’a créée Aziza promeut l’épanouissement de la femme à travers les médias.

Pour elle, AFEM, Mama Radio, et toutes ses dames qui émergent dans la presse et la défense des droits des femmes, sont ses plus grandes réussites.

« Cette dame nous a réuni en association avec les autres femmes des radios et télévisions de la place pour ce qu’on appelle aujourd’hui « AFEM ». Donc, c’est elle qui avait créé cette association dans le but de nous réunir et être plus performantes » conclut Nathalie Nganga.

Formatrice et modèle pour plusieurs

Détentrice d’un Master en communication et Management des entreprises de Presse de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille (France), cette dame sympathique  a une expérience professionnelle de plus de 32 ans dans le domaine de renforcement des capacités des médias,

Dans son parcours à radio Maendeleo entant que « Rédactrice en chef », la toute première femme à occuper ce poste clé dans un média au Sud-Kivu, Maman Aziza a formé et accompagné plusieurs femmes dans le monde médiatique.

De son vivant Solange Lusiku parlait toujours de la brave dame qui l’a accueilli à la Radio Maendeleo. Plusieurs femmes journalistes, la nouvelle génération comme l’ancienne prennent « Maman Aziza » comme modèle.

Esther Nino, une journaliste du Sud-Kivu vivant en Afrique du Sud parle d’une femme qu’elle admire et qui l’inspire, même si elle ne l’a jamais rencontré physiquement. Pour elle, Aziza est un « dieu » de la presse et elle rêve de la rencontrer un jour.

« J’ai découvert maman Aziza dans une émission de la Radio Okapi, et ce fût l’une des personnes la plus inspirante de ma carrière. Son parcours, ses compétences, sa manière d’animer, son sens de leadership sont pour moi des choses qui m’attirent plus à l’admirer au plus profond de moi. Cette dame est un dieu du journalisme pour notre génération. Elle est tellement compétente et sûre d’elle au point que je ne me lasse jamais de suivre ses émissions, même en étant loin du pays. Je ne l’ai jamais rencontrée personnellement mais je rêve de ce moment-là et je ferai en sorte que mon rêve devienne réalité », écrit-elle à LaPrunelleRDC.CD.

Dans le monde des organisations, « Maman Aziza » travaille dans la gestion de projets et le management des organisations de la société civile de la RDC, mais aussi dans les projets régionaux. Elle a également une expérience dans le plaidoyer pour le pluralisme des médias et dans l’élaboration, la mise en œuvre, le suivi-évaluation des politiques sectorielles.

Lire aussi: Portrait : Pascal Chirhalwirwa, un repère pour la jeunesse congolaise

Pendant 10 années, Bangwene Aziza Clotilde a dirigé l’ONG internationale française d’appui aux médias, Institut Panos Paris et le projet régional « Ondes des Grands-lacs ».

Cette organisation a mis en place le réseau des journalistes Ondes des Grands-Lacs qui existe encore à ces jours.

La femme au sourire facile a eu à travailler au sein du PNUD entre 2013 et 2015, 2015-2017  et depuis 2021, elle  travaille dans le pilier «  Résilience et Stabilisation » du PNUD.

Actuellement, elle est Chargée de Communication pour le plaidoyer au sein de l’Unité d’Appui à la Stabilisation du PNUD avec comme tâches Conception et mise en œuvre des stratégies de communication sur les objectifs prioritaires de stabilisation.

Elle est aussi dans la conception des produits de communication pour la visibilité des piliers, fonctions d’Unité d’Appui à la Stabilisation de l’ISSSS à l’Est de la RDC mais aussi le renforcement des capacités des partenaires du Fonds de Cohérence en matière de communication pour le plaidoyer.

En plus de cela, Aziza est chargée de programme de la mise en œuvre du projet d’appui au Cadre de Concertation Nationale de la Société civile en RDC au sein de l’Ong DIAKONIA RDC.

Une autre création de Maman Aziza est « Mam’Afrika Foundation », une organisation de développement, mais aussi caritative qui s’attèle actuellement à la prise en charge des enfants malnutris dans le camp des déplacés de Kanyaruchinya et au soutien aux enfants de la rue au Nord-Kivu.

Dans sa vie spirituelle, elle est chargée du Ministère des Femmes au sein de l’Eglise Phila Cité d’exaucement de Goma.

Elle est mariée et mère de 5 Merveilleux enfants dont 3 filles et 2 garçons.

Pour la jeune génération des femmes journalistes

Les jeunes femmes journalistes doivent apprendre, se former, renforcer leurs capacités chaque jour et travailler avec sérieux.

« Elles ne doivent pas mettre la beauté en avant et elles doivent s’affirmer par leur travail, elles doivent aussi savoir où elles veulent aller, ne pas stagner à un seul endroit et avoir une vision de leur vie. Elles doivent chercher des bons partenaires », dit-elle.

Plusieurs reconnaissances au niveau national et international. Mais sa fierté, c’est ce que les femmes sont devenues dans les médias et ailleurs.

 « Mon premier prix je l’ai eu de AFEM, le prix ‘Ushujaa’. J’ai eu plusieurs autres reconnaissances et la toute récente, c’est le prix de Infos grands-Lacs de Goma mais mes plus grands prix c’est vous toutes …quand je vois toutes ces femmes et filles qui émergent dans la presse, Julienne Baseke, Caddy Azuba, Pascline Zamuda, Joly Kamuntu, Douce Namwezi, Chouchou Namegabe et plusieurs autres femmes journalistes. Vous êtes ma plus grande fierté » conclut, Aziza Bangwene Clotilde.

Claudine Kitumaini
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