Née à Kananga et ayant grandi à Goma, Zombea Mpelenge Zombea appartient à cette génération de jeunes artistes congolais qui ont choisi de transformer leurs préoccupations en moyens d’expression. À la fois slameuse, comédienne et photographe, elle poursuit actuellement des études universitaires en communication à l’UNIM. Passionnée par l’écriture depuis son enfance, elle a progressivement découvert différentes formes artistiques avant de faire de l’art un outil pour raconter les réalités qui l’entourent, dénoncer les injustices et porter des messages de paix.
Révoltée par la guerre, les injustices sociales, la pauvreté et la misère, mais profondément attachée à la paix, la jeune femme utilise aujourd’hui le slam, le théâtre et la photographie comme trois moyens complémentaires de communiquer. Son ambition est notamment de donner une visibilité à des réalités souvent ignorées et à des personnes dont les histoires méritent, selon elle, d’être racontées, particulièrement les femmes.
Lire aussi : Portrait : à Goma, Bernice Olinde trace son chemin dans l’électromécanique
À Goma, lorsqu’elle prend son appareil photo, Zombea ne cherche pas simplement à réaliser une belle image. Elle cherche avant tout une histoire. Un regard, un geste, une femme dans son quotidien ou une scène ordinaire peuvent devenir, à travers son objectif, le point de départ d’un récit et d’un message.
Pour elle, la photographie permet notamment d’exprimer ce qui est parfois difficile à dire avec des mots. Elle considère l’image comme un langage capable de franchir les frontières linguistiques et culturelles.
« Même une personne avec laquelle on ne parle pas la même langue peut regarder une image et comprendre facilement ce que la réalisatrice voulait dire et dénoncer », explique-t-elle.
C’est dans cette capacité de l’image à communiquer sans nécessairement recourir aux mots que Zombea a trouvé une autre manière de faire entendre sa voix.
De Kananga à Goma, les premiers pas d’une passionnée d’écriture
Née à Kananga, Zombea Mpelenge a grandi à Goma, où elle a effectué ses études primaires et secondaires. C’est également dans cette ville que son intérêt pour l’art s’est progressivement développé. Bien avant de découvrir la photographie, elle était déjà passionnée par l’écriture artistique.
Depuis son enfance, elle écrivait de petites histoires qu’elle appelle les « masolo ». Elle écrivait également des chansons et chantait dans une chorale. L’écriture est ainsi devenue son premier véritable moyen d’expression et l’une des portes qui l’ont progressivement conduite vers le monde artistique.
Son intérêt pour l’art s’est davantage renforcé lorsqu’elle a découvert Goma Session. Cette expérience lui a permis de s’intéresser plus profondément au slam et au théâtre, avant qu’elle ne découvre progressivement la photographie.
Dans ses premiers pas artistiques, Racheté Bahati a également occupé une place importante. Zombea le considère comme son premier enseignant et son mentor. Cette première expérience d’apprentissage a nourri sa curiosité et renforcé son envie de continuer à se former dans les différents domaines artistiques qui l’intéressaient.
Issue d’une famille qu’elle décrit comme respectueuse, Zombea affirme avoir grandi avec des valeurs de respect, d’amour et de serviabilité. Sa foi occupe également une place importante dans son quotidien. Avant certaines activités et dans plusieurs moments de sa routine, elle prend le temps de prier et de confier ses projets à Dieu.
La perte de son père et le risque d’abandonner les études
Le parcours scolaire et universitaire de la jeune artiste a toutefois connu une période particulièrement difficile après la mort de son père. Après avoir obtenu son diplôme d’État, elle ne croyait plus réellement pouvoir poursuivre ses études universitaires, principalement en raison du manque de moyens financiers.
Cette situation aurait pu interrompre son parcours académique. Elle a finalement obtenu une bourse LUC qui lui a permis de poursuivre ses études universitaires en communication à l’UNIM.
Lire aussi : Clotilde Aziza Bangwene, le pouvoir de l’humilité! (Portrait)
Cette opportunité lui a donné la possibilité de continuer à construire son avenir tout en développant ses ambitions dans les domaines de la communication et de l’art.
Aujourd’hui, Zombea doit ainsi concilier son statut d’étudiante en communication avec ses différentes activités artistiques.
Quand la photographie a failli être abandonnée
Le parcours artistique de Zombea Mpelenge n’a pas été exempt de difficultés. Au début de son apprentissage professionnel dans la photographie, elle devait notamment concilier la préparation de son examen d’État et une formation dans ce domaine.
Ses obligations scolaires l’empêchaient parfois d’arriver à temps aux séances de formation. Lorsqu’elle rejoignait les autres participants, une partie importante des notions avait déjà été enseignée. Elle avait alors le sentiment d’être constamment en retard par rapport aux autres.
Cette situation l’a progressivement découragée. À un certain moment, elle a même envisagé d’abandonner la photographie.
Mais elle a finalement décidé de continuer. Elle s’est rapprochée de ses amies, a demandé des conseils et a cherché des moyens de rattraper les notions qu’elle avait manquées.
Cette expérience a renforcé chez elle la conviction que les difficultés ne doivent pas nécessairement conduire à l’abandon. Pour Zombea, la détermination et la volonté d’apprendre permettent de dépasser des situations qui paraissent parfois insurmontables.
Les limites du matériel face à l’ambition artistique
Comme de nombreux jeunes photographes qui débutent leur parcours, Zombea doit également faire face à des difficultés matérielles et financières.
Elle dispose actuellement d’une caméra équipée d’un objectif de 50 mm. Ce matériel lui permet de travailler, mais il ne lui donne pas toujours la possibilité de réaliser toutes les prises de vue qu’elle imagine, notamment lorsqu’elle souhaite photographier des scènes ou des sujets situés à une certaine distance.
Un objectif plus grand et plus adapté à certains types de prises de vue lui permettrait de concrétiser plusieurs projets et d’explorer davantage son potentiel photographique.
Le manque de moyens financiers constitue donc encore un frein à certaines de ses ambitions. Cela ne l’empêche toutefois pas de continuer à travailler avec les moyens dont elle dispose actuellement.
Le défi d’apprendre dans un milieu majoritairement masculin
Zombea a également rencontré certaines difficultés dans son parcours de slameuse. Lorsqu’elle cherchait à apprendre auprès de personnes plus expérimentées, elle évoluait dans un environnement où la majorité des personnes qui l’entouraient étaient des hommes.
Lire aussi : Ni victime, ni silencieuse : le combat de Caddy Adzuba
Cette réalité n’a cependant pas mis fin à sa volonté d’apprendre. Elle a continué à se former et à développer ses compétences.

Aujourd’hui, elle considère le slam, le théâtre et la photographie comme trois domaines différents, mais complémentaires. Chacun lui permet de communiquer d’une manière particulière.
Le slam lui donne la possibilité de mettre des mots sur ses préoccupations et sur les réalités qui la révoltent. Le théâtre lui permet d’incarner des histoires et de leur donner une dimension vivante. La photographie, quant à elle, lui permet de raconter des histoires sans nécessairement utiliser les mots.
Ces trois formes artistiques constituent ainsi les différents langages à travers lesquels elle cherche à s’adresser à la société.
L’histoire de Maman Dieume, une mère de dix enfants
Parmi ses projets actuels figure un travail documentaire consacré à Maman Dieume, une mère de dix enfants qui, sans mari, parvient à prendre soin de sa famille et à assurer la scolarisation de ses dix enfants.
À travers ce projet photographique, Zombea souhaite raconter l’histoire d’une femme confrontée à de nombreuses difficultés, mais qui continue à se battre pour ses enfants.
Pour la jeune artiste, cette histoire représente la force, la détermination et la résilience de nombreuses femmes dont les réalités restent souvent invisibles dans la société.
Son objectif est de mettre en lumière la capacité d’une femme à faire face aux difficultés de la vie et à trouver la force de continuer, même lorsque les circonstances sont particulièrement difficiles.
À travers Maman Dieume, Zombea veut également rappeler que de nombreuses femmes jouent un rôle essentiel dans leurs familles et leurs communautés sans que leur courage et leurs efforts soient toujours suffisamment reconnus.
Dénoncer sans recourir à la violence
L’art représente pour Zombea un moyen de dénoncer les réalités de son pays sans recourir à la violence.
Elle se définit comme une jeune femme révoltée, mais pacifique. La guerre, les injustices sociales, la pauvreté et la misère font partie des réalités qui alimentent ses réflexions et son travail artistique.
Elle s’interroge notamment sur le contraste entre les immenses richesses de la République démocratique du Congo et les conditions de vie difficiles auxquelles une partie importante de la population continue de faire face.
« Je voulais trouver un moyen de dénoncer ce qui se passe dans mon pays. J’ai choisi ces domaines pour communiquer et dénoncer ces problématiques », explique-t-elle.
Pour elle, l’art constitue donc une forme d’engagement. Plutôt que de rester silencieuse face à ce qui la révolte, elle a choisi d’utiliser les mots, les scènes et les images pour poser des questions et attirer l’attention sur certaines réalités.
Elle accorde une attention particulière à la photographie, qu’elle considère comme un langage universel capable de faire comprendre une situation au-delà des frontières et des différences linguistiques.
Faire de son parcours une source d’inspiration pour les jeunes filles
L’engagement de Zombea porte également sur la place des femmes et des jeunes filles dans les différents domaines artistiques.
Elle souhaite que son parcours puisse devenir une source d’inspiration pour d’autres jeunes filles qui hésitent encore à se lancer ou qui sont découragées par les difficultés et les préjugés.
Elle raconte notamment qu’elle suit actuellement une formation dans laquelle plusieurs filles sont présentes. Selon elle, entendre dire qu’il n’y aurait que deux personnes capables d’être réellement à la hauteur peut facilement décourager les autres participantes.
Pour Zombea, ce type de discours peut pousser certaines jeunes filles à douter d’elles-mêmes avant même d’avoir eu l’occasion de démontrer leurs capacités.
Elle refuse cependant de considérer les paroles décourageantes comme une limite.
Son message aux jeunes filles qui souhaitent suivre son chemin est clair :
« Ce n’est pas du tout difficile. Avec le courage et la détermination, on peut y arriver. »
Elle les encourage à travailler, à apprendre, à chercher des personnes capables de les former et à ne pas abandonner simplement parce que les moyens sont limités ou parce que certaines personnes doutent de leurs capacités.
Son propre parcours, marqué par les difficultés financières, les moments de découragement et les contraintes matérielles, lui a appris qu’il est possible d’avancer progressivement malgré les obstacles.
Des projets pour raconter la résilience et parler de paix
Zombea nourrit aujourd’hui plusieurs ambitions artistiques.
Son projet documentaire consacré à Maman Dieume et à ses dix enfants doit notamment lui permettre de raconter, à travers la photographie, une histoire de résilience féminine.
Elle travaille également autour d’un autre projet consacré à la relation entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Ce sujet lui tient particulièrement à cœur en raison de son engagement en faveur de la paix.
La réalisation de ce projet s’est toutefois heurtée à certaines difficultés. Zombea avait notamment rencontré un obstacle important concernant les prises de vue à la Grande Barrière, où la photographie est interdite.
Cette contrainte aurait pu l’amener à abandonner son idée, mais elle a choisi de continuer à réfléchir à la manière de poursuivre son projet malgré les difficultés rencontrées sur le terrain.
Cette persévérance correspond à la philosophie qui traverse l’ensemble de son parcours : les obstacles peuvent ralentir un projet, mais ils ne doivent pas nécessairement y mettre fin.
Le rêve de devenir une grande communicologue
À long terme, Zombea Mpelenge ambitionne de devenir une grande communicologue.
Ses études universitaires en communication constituent une étape importante dans cette ambition, tandis que ses différentes pratiques artistiques lui permettent déjà d’expérimenter plusieurs formes de communication.
Elle souhaite également pouvoir disposer de meilleurs équipements photographiques afin de concrétiser des projets qu’elle ne peut pas encore réaliser avec son matériel actuel.
Mais son ambition dépasse l’acquisition de nouveaux équipements ou la réussite personnelle.
Elle espère surtout que son travail permettra à sa communauté de regarder certaines réalités autrement et contribuera à une prise de conscience collective.
À travers ses images, ses textes, ses prestations de slam et ses projets artistiques, elle souhaite que les personnes qui découvrent son travail puissent s’interroger sur les réalités qui les entourent.
De la petite fille qui écrivait des « masolo » à l’artiste qu’elle devient
Lorsqu’elle pense à la petite fille qu’elle était, Zombea Mpelenge reconnaît qu’elle aurait aimé découvrir la photographie beaucoup plus tôt.
« Si j’avais su, j’aurais commencé la photographie depuis longtemps », dit-elle.
Mais aujourd’hui, elle préfère regarder le chemin parcouru plutôt que le temps qu’elle aurait pu utiliser autrement.
De l’écriture des « masolo » aux chansons et à la chorale, du slam au théâtre, puis à la photographie, son parcours s’est construit progressivement.
La mort de son père et les difficultés financières ont failli interrompre ses études universitaires, avant que l’obtention d’une bourse LUC ne lui permette de poursuivre sa formation en communication.
Les difficultés rencontrées pendant son apprentissage de la photographie ont failli la conduire à abandonner, mais elle a choisi de continuer et de chercher des moyens de rattraper son retard.
Aujourd’hui encore, les limites de son matériel photographique ne lui permettent pas de réaliser tous les projets dont elle rêve. Pourtant, elle continue à travailler, à apprendre et à développer ses ambitions.
Lire aussi : Goma: Sophie Valinande, une enseignante au parcours exceptionnel (Portrait)
Son appareil photo ne possède peut-être pas encore l’objectif dont elle rêve, mais Zombea Mpelenge possède déjà ce qui constitue l’essentiel de son travail : un regard, une histoire à raconter et une volonté de ne pas rester silencieuse face aux réalités qui l’entourent.
À travers la photographie, elle cherche à dénoncer. À travers le slam, elle cherche à faire entendre sa voix. À travers le théâtre, elle donne vie aux histoires qu’elle veut raconter.
Chez Zombea Mpelenge, l’art est devenu bien plus qu’une passion.
Il est devenu une manière de communiquer, de dénoncer les injustices, de défendre la paix et de transformer le silence en message.
