Le mouvement citoyen Filimbi a exprimé sa « vive indignation » et sa « ferme opposition » aux déclarations du président Félix Tshisekedi sur la possibilité d’un report des élections de 2028 en raison de la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo.
Dans une déclaration publiée jeudi 7 mai 2026 à Kinshasa, la coordination nationale de Filimbi estime que les propos du chef de l’État traduisent une volonté de préparer l’opinion à un « glissement électoral » ainsi qu’à une remise en cause de la Constitution congolaise.
« Félix Tshisekedi n’aura pas de troisième mandat », affirme le mouvement citoyen, rappelant que la Constitution congolaise limite le mandat présidentiel à deux mandats et que cette disposition « n’est ni négociable, ni interprétable selon les intérêts du moment ».
Filimbi réagit notamment à une déclaration du président faite lors de son point de presse du 6 mai 2026 à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, au cours de laquelle Félix Tshisekedi avait déclaré : « Si le peuple le souhaite, j’accepterai un troisième mandat. »
Pour le mouvement citoyen, cette déclaration constitue « une préparation politique à une dérive constitutionnelle dangereuse ». Filimbi rejette ainsi « toute tentative de modification opportuniste de la Constitution, toute manipulation référendaire et toute stratégie visant à prolonger illégalement le maintien au pouvoir ».
Dans son communiqué, le mouvement rappelle également que Félix Tshisekedi s’était opposé à toute idée de révision constitutionnelle sous le régime de Joseph Kabila, qualifiant à l’époque un tel projet de « coup d’État constitutionnel ».
« Aujourd’hui, il envisage précisément ce qu’il condamnait hier », dénonce Filimbi, qui estime que cette contradiction illustre « une triste réalité de la vie politique congolaise ».
Le mouvement citoyen s’oppose également à tout éventuel report de l’élection présidentielle de 2028 sous prétexte de l’insécurité dans l’est du pays.
« Le peuple congolais refuse que ses souffrances deviennent un instrument politique au service d’un agenda de conservation du pouvoir », peut-on lire dans la déclaration.
Filimbi souligne que le président lui-même reconnaît ne pas savoir quand prendra fin la guerre dans l’est de la RDC, malgré plusieurs processus de paix et cessez-le-feu.
« Comment un président incapable de dire quand son gouvernement contrôlera l’intégralité du territoire national peut-il en même temps se déclarer disponible pour un troisième mandat ? », s’interroge le mouvement.
Par ailleurs, Filimbi appelle à un dialogue « sincère, inclusif et crédible » entre les différentes forces vives du pays afin de résoudre les crises sécuritaires, politiques et sociales que traverse la RDC.
Toutefois, le mouvement précise que ce dialogue ne doit pas servir « d’instrument de diversion » pendant que se préparerait une remise en cause de la Constitution ou un affaiblissement du processus démocratique.
Le mouvement citoyen dénonce également ce qu’il qualifie de « déconnexion croissante du pouvoir avec la réalité vécue par les Congolais ».
Selon FILIMBI, alors que la population fait face à « une pauvreté écrasante, une insécurité généralisée, des services publics défaillants, un chômage massif et une inflation insupportable », le président met en avant le triplement des salaires des fonctionnaires et le quadruplement de ceux des policiers « comme si les Congolais vivaient dans un État prospère et fonctionnel ».
« Le Congo réel, c’est celui des déplacés de guerre, des familles sans accès à l’eau ni à l’électricité, des jeunes sans avenir, des enseignants sous-payés et des militaires abandonnés au front », insiste Filimbi.
Le mouvement revient également sur les déclarations du président concernant ses propos tenus durant la campagne électorale de 2023 sur une « riposte foudroyante contre le Rwanda ». FIlimbi juge préoccupant que le chef de l’État affirme aujourd’hui avoir été « induit en erreur par des rapports biaisés ».
« Comment peut-on gouverner un pays sans maîtriser ses propres services ? », questionne le mouvement citoyen, qui estime que « cette fuite permanente des responsabilités ne peut plus continuer ».
Filimbi dénonce en outre ce qu’il considère comme une contradiction du pouvoir sur les processus démocratiques.
« Le président affirme qu’il ne peut y avoir d’élections sans Goma et Bukavu à cause de la guerre, mais laisse entendre qu’un référendum constitutionnel pourrait néanmoins être organisé », souligne le mouvement.
La structure critique également les conditions de diffusion de la conférence de presse présidentielle, estimant qu’une conférence « diffusée en différé, filtrée et contrôlée par le pouvoir » ne répond pas aux exigences de transparence démocratique.
Enfin, Filimbi appelle la jeunesse congolaise, les mouvements citoyens, les organisations de la société civile, les confessions religieuses et « tous les patriotes attachés à l’État de droit » à rester « vigilants et mobilisés » face à toute tentative de « confiscation du pouvoir ».
« Le Congo n’appartient à aucun homme. La République n’est pas un héritage personnel. Et la démocratie ne se négocie pas », conclut le mouvement citoyen.
