Une frange de députés provinciaux du Sud-Kivu a officiellement déposé une motion de censure contre le gouvernement Jean-Jacques Purusi Sadiki, basé à Uvira, l’accusant de graves manquements dans la gestion administrative, sécuritaire et financière de la province. Le document, adressé au président de l’Assemblée provinciale, sollicite l’examen en plénière en vue d’une éventuelle déchéance.  Que reproche-t-on à Jean-Jacques Purusi ?

Selon les signataires, les griefs portent principalement sur une « mauvaise gouvernance généralisée », caractérisée par un manque de transparence dans la gestion des fonds publics, des actes jugés contraires à la loi et des comportements susceptibles de fragiliser la sécurité et les institutions provinciales.

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Ces députés reprochent notamment au gouverneur d’avoir promulgué « frauduleusement » l’édit budgétaire 2026, non voté par l’Assemblée provinciale, en l’antidatant et en attribuant à tort la responsabilité à l’organe délibérant. Ils qualifient cet acte « d’outrage » à l’institution.

Ils l’accusent également de comportements jugés incompatibles avec le contexte sécuritaire, notamment l’implantation d’une minoterie à Bukavu durant l’occupation de la ville par les rebelles de l’AFC-M23, ainsi que des déclarations publiques perçues comme « démobilisatrices » pour les forces armées et les combattants Wazalendo.

Les élus dénoncent en outre des « contre-vérités répétées » attribuées au Gouverneur, notamment des affirmations controversées sur la présence d’entreprises chinoises exploitant illégalement des minerais ou encore l’arrestation présumée de ressortissants chinois, des propos qui, selon eux, pourraient entraîner des tensions diplomatiques.

La motion met en avant de lourdes accusations de détournement de fonds. Les députés évoquent un montant de 44 millions de dollars américains qui aurait été détourné entre juin 2024 et février 2025, à raison de 5,5 millions de dollars mensuels.

D’autres irrégularités financières sont pointées, notamment :

  • le détournement présumé de 700.000 dollars destinés aux opérations d’encadrement des Wazalendo ;
  • des fonds issus de projets financés par des partenaires internationaux, dont le programme STAR-EST ;
  • des recettes minières et fiscales jugées non traçables ;
  • ainsi que des fonds liés à des projets d’infrastructures et d’assistance humanitaire.

Les députés dénoncent également un système de gestion financière entaché de népotisme, évoquant des nominations de proches du gouverneur à des postes stratégiques en violation des règles de gestion publique.

Sur le plan minier, les signataires accusent le gouverneur de collaboration avec certaines sociétés exploitant illégalement l’or dans plusieurs territoires, dont Mwenga, Shabunda et Fizi. Ils évoquent aussi le détournement de fonds issus des cartes de négociants et de creuseurs, ainsi que la mauvaise gestion des fonds destinés à la réparation des dommages environnementaux.

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Un autre point majeur concerne la disparition présumée de 400.000 dollars et de lingots d’or saisis dans le cadre d’une procédure judiciaire. Les députés accusent le Gouverneur de les avoir retirés illégalement avant de les détourner.

Ils dénoncent également la disparition de véhicules appartenant à la province ainsi que l’absence d’initiatives dans la réhabilitation des infrastructures routières, malgré les ressources mobilisées.

Dans leur conclusion, les députés estiment que les actes reprochés au Gouverneur compromettent le fonctionnement normal de la province et mettent en péril la paix, la sécurité et le développement du Sud-Kivu. Ils appellent à sa déchéance et à des poursuites judiciaires, au nom de la redevabilité et de l’État de droit prôné par le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.

La motion, signée par plusieurs élus provinciaux a été déposée au bureau de l’organe délibérant et doit désormais être examinée en séance plénière conformément aux dispositions du règlement intérieur.

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Pour l’instant, le Gouverneur Purusi et son gouvernement n’ont pas encore réagi à ces accusations. Mais dans l’opinion, cette tentative de destitution du Gouverneur Purusi et de son gouvernement passe très mal. Nombreux accusent ces députés provinciaux de ne pas prendre conscience de la situation sécuritaire actuelle de la province.

Jean-Luc M.

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