À Kamituga, ville minière du Sud-Kivu, de simples jeux d’enfants peuvent se transformer en drames irréparables. Des cabines et transformateurs électriques à ciel ouvert, parfois sans porte ni clôture, se trouvent au milieu des habitations, le long des routes ou près des lieux très fréquentés. Les plus exposés sont les enfants, qui jouent quotidiennement à quelques mètres, voire quelques centimètres de ces installations dangereuses.

Face à cette situation, Hansen Kaseke, acteur social de la ville, tire la sonnette d’alarme et interpelle les autorités locales ainsi que les responsables du secteur électrique, dont CRE-SEKO, gestionnaire actuel du barrage hydroélectrique de Mungombe. « Mieux vaut prévenir que guérir », insiste-t-il, soulignant qu’il ne s’agit pas d’une opinion mais d’une urgence de protection civile.

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Kamituga est connue pour ses activités minières artisanales et industrielles, mais beaucoup moins pour ses infrastructures électriques souvent improvisées et peu sécurisées. Dans plusieurs quartiers, des transformateurs, cabines et armoires électriques sont installés au ras du sol, avec portes cassées, verrous défectueux ou absence totale de barrières.

Ces installations, censées alimenter la ville en énergie, deviennent de véritables pièges à ciel ouvert. En saison de pluies, le risque augmente : flaques d’eau, câbles dénudés, matériels rouillés ou mal entretenus accroissent les chances d’électrocution pour les passants, les vendeurs ambulants et surtout les enfants, souvent inconscients du danger.

Derrière l’indignation de Hansen Kaseke se pose la question : où est la protection civile ? Kamituga dispose-t-elle réellement d’un service opérationnel, visible et proche de la population ? Si un service existe sur le papier, son action sur le terrain reste peu perceptible : rares sont les campagnes de sensibilisation aux dangers électriques et les écoles manquent de modules pratiques sur la sécurité autour de l’électricité.

Pour Kaseke, la protection civile, en coordination avec la mairie et les opérateurs du secteur énergétique, devrait jouer un rôle central : visites régulières des sites à risque, identification et cartographie des cabines dangereuses, interventions rapides pour sécuriser ou déplacer les installations exposées. Selon lui, ce manque de prévention équivaut à « laisser courir la catastrophe ».

Deux acteurs sont particulièrement concernés. Il s’agit de la mairie de Kamituga, responsable de l’organisation de l’espace urbain, de la sécurité des habitants et du respect des normes de construction et de l’occupation du domaine public et CRE-SEKO, en charge de la sécurité des installations électriques, de la conception à la maintenance.

Des mesures concrètes et non négociables sont proposées : Clôturer toutes les cabines et postes électriques avec grillages solides et portes verrouillées, installer des panneaux de signalisation visibles, en français et en langues locales, avec pictogrammes compréhensibles par les enfants, éloigner les cabines des zones de jeu, écoles, marchés et habitations, mettre en place un entretien régulier pour réparer portes, serrures, clôtures et isolations endommagées, créer un numéro de signalement pour alerter rapidement sur une cabine ouverte ou un câble dangereux.

Même sans moyens importants, Kaseke souligne que certaines actions peuvent être engagées rapidement : poser des cadenas, placer des rubans de signalisation, fermer les cabines exposées et associer les chefs de quartiers et comités locaux à la veille communautaire.

« Nos enfants jouent tous les jours près de ces cabines ouvertes », déplore Kaseke. À Kamituga, les espaces de loisirs sont rares : rues, terrains vagues et abords des maisons deviennent des aires de jeux improvisées. Une cabine à proximité devient alors un point de curiosité ou un abri contre la pluie.

Le moindre geste peut être fatal : un ballon qui atterrit trop près, une main qui se glisse dans une armoire ou une tôle posée contre un transformateur peuvent provoquer une électrocution immédiate. Un seul incident pourrait bouleverser des familles entières et traumatiser tout un quartier.

Hansen Kaseke invite chacun à agir. A la Mairie de Kamituga d’inscrire la sécurisation des infrastructures électriques parmi ses priorités urgentes. Au CRE-SEKO, d’auditer toutes ses cabines, corriger les défaillances et informer la population des mesures prises. A la Protection civile, de lancer des campagnes de sensibilisation dans écoles, églises, mosquées et marchés. Au parents, enseignants et leaders communautaires, d’éduquer les enfants à ne jamais jouer près d’une cabine ou toucher un câble, même inactif.

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Pour Kaseke, il ne s’agit pas d’accuser, mais de prévenir : « Nous ne voulons pas attendre qu’un enfant de Kamituga perde la vie pour enfin fermer une cabine ou poser une clôture. La vie humaine doit passer avant tout ».

Abdallah Mapenzi

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