À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Nadia Nyamushiya, activiste pro-démocratie et défenseure des droits humains basée à l’Est de la RDC, lance un appel radical : transformer le mois de mars en un tribunal moral pour les innombrables victimes de violences sexuelles dans les zones de conflit armé.
« Le mois de mars doit rester fidèle à son vrai sens : réfléchir au sort des femmes dans la société, mesurer les avancées et identifier les lacunes pour construire des stratégies efficaces vers l’objectif Planète 50-50 », déclare Nadia Nyamushiya dans un entretien avec La Prunelle RDC.
Dans l’Est de la RDC, épicentre des conflits armés depuis des décennies, les femmes et filles paient un lourd tribut. Viols systématiques, esclavage sexuel, mutilations : chaque année, l’ONU et des ONG comme Human Rights Watch recensent des milliers de cas, souvent impunis. Des groupes armés tels que le M23 ou des milices locales transforment des villages entiers en zones de cauchemar, laissant les survivantes profondément marquées.
« J’aurais souhaité que ce mois de mars 2026 ne se limite pas à une simple cérémonie, au port de pagnes ou à des festivités superficielles, mais qu’il serve plutôt à dresser un bilan sérieux, axé sur les violences subies par les femmes dans les zones de conflit », insiste l’activiste.
Au-delà du constat, Nadia Nyamushiya exhorte les femmes congolaises à s’unir pour un plaidoyer massif. « Les femmes devraient se liguer pour hausser le ton, dénoncer les crimes faits aux femmes, exiger justice et réparation, et s’impliquer davantage dans la gouvernance sécuritaire », affirme-t-elle.
Malgré les efforts internationaux, les avancées vers la parité « Planète 50-50 », objectif de l’ONU pour l’égalité hommes-femmes d’ici 2030, restent timides en RDC. Moins de 20 % des sièges parlementaires sont occupés par des femmes, et leur rôle dans les processus de paix demeure marginal. L’Est du pays, où plus de 100 groupes armés sont actifs, accentue ces inégalités : 80 % des déplacés internes sont des femmes et des enfants, selon le HCR.
Malgré ce sombre tableau, des initiatives émergent. Le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix soutient des réseaux de survivantes qui plaident pour des tribunaux mobiles et la réforme du système judiciaire. Nadia Nyamushiya voit dans ces initiatives une opportunité : transformer la colère en stratégie collective pour intégrer les femmes dans la gouvernance sécuritaire.
Pour l’activiste, le mois de mars 2026 pourrait être un tournant. Au-delà des discours, elle appelle à des actions concrètes : manifestations coordonnées, pétitions internationales, et pression sur le gouvernement pour adopter une loi renforcée contre les violences basées sur le genre.
« Nous devons viser la paix et la justice », conclut Nadia Nyamushiya, qui rappelle que la véritable célébration des femmes passe par la protection de leurs droits et la réparation des injustices subies.
Abdallah Mapenzi
