Un an jour pour jour après la prise de Goma par les éléments du M23-AFC appuyés par le RDF, le traumatisme collectif reste profondément ancré dans la mémoire des habitants. Si les armes se sont tues par endroits, la guerre, elle, continue de résonner dans les esprits. Les détonations des bombes, les obus et les armes lourdes qui avaient déchiré le ciel de la ville ce 27 janvier 2025 hantent encore les nuits de milliers de Gomatraciens.
Depuis ce jour, la peur n’a jamais réellement quitté les cœurs.
« Je me rappelle de ce jour-là où tout a basculé. J’ai vu des cadavres, et je n’arrivais même pas à croire que c’était réel », témoigne Lydia, jeune étudiante à Goma.
Cette journée a aussi marqué une profonde rupture dans la relation entre la population et les forces censées la protéger. Des accusations de trahison ont fusé. Des officiers ont fui. En quelques heures, Goma a changé de mains, livrée à l’incertitude.
« Les habitants ont vu leur quotidien s’effondrer, pris au piège d’une réalité qu’ils n’avaient pas choisie », poursuit Lydia.
Sur les réseaux sociaux, les images se sont multipliées. Certaines tentaient de rassurer, promettant un retour rapide à la normale. D’autres, au contraire, ont alimenté la panique.
Mais pour ceux qui étaient sur le terrain, aucune vidéo ne pouvait traduire l’ampleur du drame.
« Les corps sans vie dans les rues, les familles endeuillées, les cris étouffés par la peur, les nuits sans sommeil rythmées par l’angoisse… rien de tout cela ne pouvait vraiment être capté par une caméra », raconte Gentil, jeune entrepreneur à Goma.
Un an après, la population vit toujours avec les séquelles psychologiques de cette prise brutale de la ville : stress post-traumatique, anxiété, peur permanente, perte de confiance.
« Derrière chaque victime, il y avait une histoire, une famille, des rêves brutalement interrompus. La ville entière est devenue un immense lieu de deuil », ajoute Gentil.
Le collectif Mwanamke Anaweza affirme que plus de 9.000 civils auraient été massacrés, et évoque également le sort tragique de plus de 150 femmes et enfants brûlés vifs à la prison centrale de Munzenze lors de la prise de la ville.
« Ces événements ont été marqués par de graves violations des droits humains, des crimes de masse et des atteintes profondes à la dignité humaine dans l’Est de la RDC », dénonce le collectif.
Aujourd’hui encore, beaucoup de familles pleurent leurs proches, d’autres ont perdu leurs maisons, leurs moyens de subsistance. Des milliers de personnes vivent déplacées, déracinées, sans repères. Même ceux qui sont restés portent des blessures invisibles : silence, méfiance, fatigue morale.
Un an après, Goma ne réclame pas seulement la paix. Elle réclame la vérité, la justice, et surtout la reconnaissance de sa souffrance.
Les autorités congolaises sont appelées à redoubler d’efforts pour accompagner cette population meurtrie, restaurer la confiance, et permettre à Goma de retrouver, un jour, le sourire et l’espoir de vivre.
