Alors que le débat sur une éventuelle révision de la Constitution continue d’alimenter la scène politique congolaise, le professeur des universités Alphonse Maindo juge cette initiative inopportune au regard des multiples crises que traverse actuellement la République démocratique du Congo. Dans une tribune publiée le 12 juin 2026 à Kisangani, l’intellectuel appelle plutôt à un changement de gouvernance et de leadership, estimant que le véritable problème du pays ne réside pas dans le texte constitutionnel, mais dans ceux chargés de le mettre en œuvre.
Intitulée « Malheur moral, vouloir changer l’outil quand il faut changer l’artisan », cette réflexion dresse un tableau sombre de la situation nationale.
L’auteur évoque notamment l’occupation, depuis près de deux ans, de vastes portions des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, y compris leurs capitales provinciales, par des troupes rwandaises et des groupes rebelles. Il rappelle également que, depuis près de trois décennies, des milices de diverses obédiences continuent d’opérer dans plusieurs régions du pays, aussi bien à l’est qu’à l’ouest, jusque dans les périphéries de Kinshasa.
À cette crise sécuritaire s’ajoute, selon lui, la résurgence de l’épidémie d’Ebola qui touche déjà trois provinces et a provoqué des centaines de décès, suscitant une alerte mondiale de l’Organisation mondiale de la santé.
Le professeur Maindo dénonce aussi la dégradation des infrastructures routières, qu’il compare à « des pistes de gibier », la vétusté des hôpitaux transformés, selon ses termes, en « mouroirs », ainsi que les difficultés du système éducatif congolais.
« Les écoles et les universités essoufflées et livrées à elles-mêmes produisent de dangereux semi-lettrés et analphabètes », écrit-il.
L’universitaire rappelle également la précarité dans laquelle vit une grande partie de la population congolaise.
« Manger est un combat quotidien sans merci pour la majorité des Congolais dont près de 70 % vivent sous le seuil de la pauvreté, disposant de moins d’un dollar américain par jour », souligne-t-il.
Face à ce qu’il qualifie de « maison commune en feu », Alphonse Maindo estime que la priorité des dirigeants devrait être de résoudre les urgences nationales plutôt que d’engager un processus de révision constitutionnelle.
« Gaspiller les maigres ressources pour établir de nouvelles règles de gestion de la maison au lieu de s’affairer à éteindre l’incendie qui menace sa propre existence est une réponse digne d’Épiméthée », affirme-t-il.
À travers plusieurs métaphores, l’intellectuel développe son argumentaire. Il compare notamment le projet de changement de Constitution au fait de confier une luxueuse Rolls-Royce La Rose Noire Droptail à un enfant incapable de conduire une simple voiture.
Selon lui, changer le texte fondamental sans remettre en cause les pratiques de gouvernance revient à remplacer des outils sans améliorer les compétences de celui qui les utilise.
« Vouloir changer la Constitution dans un pays déchiré par la guerre et des épidémies est temporellement inopportun et anachronique, moralement inacceptable et répréhensible, politiquement illégitime et révoltant, juridiquement criminel et indigne, socialement inadmissible et déconnecté de la réalité, cognitivement insensé, philosophiquement injustifié et superfétatoire, humainement indécent et insolent », écrit-il.
Pour Alphonse Maindo, « le premier chantier, c’est changer l’homme sans prendre prétexte du contexte pour prétendre changer le texte ».
« Celui-ci n’est pas le problème, mais l’homme qui se complaît à le violer allègrement », poursuit-il.
L’auteur établit enfin un parallèle avec le monde du football pour illustrer sa pensée.
« Quand un capitaine et son équipe ne performent pas sur la pelouse, leur staff ne saisit pas la fédération pour changer les règles du jeu. Le talent ne vient pas des règles ; il est inné ou acquis », soutient-il.
Selon lui, avant de modifier les règles, il convient plutôt de revoir « le casting des joueurs et du coaching ».
Enfin, le professeur des universités appelle les Congolais à s’interroger sur les véritables causes des difficultés que traverse le pays et à privilégier un changement de pratiques et de dirigeants plutôt qu’une réforme constitutionnelle qu’il juge inadaptée au contexte actuel.
Cette prise de position intervient dans un climat marqué par la multiplication des réactions favorables ou hostiles au projet de révision de la Constitution, plusieurs acteurs politiques et de la société civile estimant que la restauration de la paix, l’amélioration des conditions de vie de la population et le respect des principes démocratiques devraient constituer les priorités nationales.
Jean-Luc M.
