La suspension jusqu’à nouvel ordre des activités académiques et para-académiques dans les établissements publics d’enseignement supérieur de Bukavu et Goma suscite des inquiétudes parmi plusieurs étudiants de Bukavu. Certains redoutent un retard dans leur cursus, tandis que d’autres envisagent déjà de poursuivre leurs études dans des établissements privés reconnus.

La mesure a été prise par la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et des Innovations, Professeure Docteure Sombo Ayanne Safi Mukuna Marie-Thérèse, à travers un arrêté signé le 20 août 2026. Elle intervient dans un contexte de controverse autour de la gestion de certains établissements situés dans les zones sous contrôle de l’AFC-M23.

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Contactés par La Prunelle RDC ce mercredi 26 août, plusieurs étudiants disent avoir appris la décision avec inquiétude.

Des étudiants entre attente et réorientation

Une étudiante de Bac 1 en coupe et couture à l’ISAM-Bukavu explique avoir été particulièrement affectée par la nouvelle. Elle souligne la spécificité de sa filière et la difficulté qu’elle pourrait rencontrer pour poursuivre sa formation ailleurs.

« J’étais choquée, je me suis sentie frustrée et jusqu’à maintenant je n’arrête pas de me poser des questions. […] À Bukavu, il n’y a pas d’écoles de modélisme à part l’ISAM », témoigne-t-elle.

Elle envisage désormais deux possibilités : attendre une éventuelle levée de la suspension ou chercher une institution privée reconnue où elle pourrait poursuivre sa formation.

Mais l’étudiante refuse pour l’instant d’envisager un changement de filière.

« Me réorienter totalement, non, la coupe et couture c’est ma passion, je ne veux pas abandonner », affirme-t-elle.

Elle s’inquiète également des conséquences financières de la décision pour les familles, qui consacrent déjà des ressources importantes aux études de leurs enfants.

Des interrogations sur le parcours des étudiants

À l’Université officielle de Bukavu (UOB), un étudiant de Master 1 en droit dit également avoir été surpris par la décision. Il explique qu’il souhaitait terminer rapidement son cursus afin d’entamer sa carrière professionnelle.

Il s’interroge désormais sur la manière dont son parcours académique pourra se poursuivre.

« Je me presse de finir et embrasser ma carrière et voilà que l’arrêté est là déjà ! […] La préoccupation majeure reste de savoir où nous irons ? Serons-nous pris avec nos retards ou nos avances ? », s’interroge-t-il.

Il évoque également les difficultés que pourraient rencontrer les étudiants dans l’obtention de certains documents académiques, notamment les relevés, dans ce contexte particulier.

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Certains envisagent déjà d’autres établissements

Une étudiante de Bac 3 en sciences économiques et gestion à l’UOB estime, pour sa part, que la décision risque de perturber son parcours académique.

« Ça n’a pas donné une bonne impression parce que ça risque de retarder certaines activités académiques », explique-t-elle.

Elle indique toutefois qu’elle pourrait envisager de poursuivre sa formation dans une autre université si la suspension devait se prolonger.

L’arrêté ministériel ne suspend pas uniquement les enseignements. Son article 2 précise que la mesure concerne également les inscriptions et réinscriptions, les évaluations, les délibérations ainsi que tout autre acte académique susceptible de conduire à la délivrance d’un titre académique pour l’année 2026-2027.

Une exception est néanmoins prévue pour les étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026 dont le cursus n’a pas pu être achevé régulièrement. Ceux-ci sont autorisés à accomplir les activités académiques nécessaires au parachèvement de leur formation dans les conditions prévues par l’arrêté.

Pour les autres étudiants, l’incertitude demeure donc entière. Entre l’attente d’une éventuelle évolution de la situation, la possibilité d’une réorientation temporaire et la crainte d’un retard dans les études, la suspension place une partie de la communauté estudiantine de Bukavu face à des choix difficiles.

Edith Kazamwali et Emilie Mwema

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