En l’espace de 48 heures, le Secrétaire permanent de l’Union Sacrée de la Nation (USN), André Mbata Betukumesu Mangu, est passé d’un appel ouvert à contributions sur la réforme de la Constitution à une mise au point restrictive, suscitant des interrogations sur ce brusque changement de ton.

Dans un communiqué daté du 20 avril 2026, le Secrétaire Permanent de la plateforme présidentielle invitait un large éventail d’acteurs (partis politiques, organisations de la société civile, confessions religieuses, ONG des droits de l’homme, universitaires et citoyens) à soumettre leurs propositions pour la « rénovation de la Constitution du 18 février 2006 » en République démocratique du Congo.

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« Le Secrétariat Permanent invite (…) à lui transmettre leurs propositions au plus tard le mercredi 20 mai 2026 », écrivait-il, justifiant cette initiative par « plusieurs manifestations de soutien » enregistrées à Kinshasa, dans les provinces et au sein de la diaspora.

Le même document annonçait également la création d’une commission technique chargée « de résumer et d’évaluer les différentes propositions » en vue de produire un rapport à transmettre au président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, en sa qualité de Haute Autorité politique de l’USN.

Mais dès le lendemain, le 21 avril 2026, depuis Johannesburg, André Mbata Betukumesu Mangu a publié un « communiqué très important de clarification », dans lequel il nuance fortement la portée de son message initial.

Face à ce qu’il qualifie « d’interprétation erronée » de son premier communiqué, il affirme que cette démarche « entendait uniquement préparer le cadre dans lequel le souhait de nos compatriotes devait être transmis à la Haute Autorité Politique pour son information ». Il insiste surtout sur le fait que cette initiative « ne pouvait en aucun cas être interprétée comme celle de l’USN ni de la Haute Autorité Politique ».

Dans cette mise au point, le Secrétariat permanent explique que la démarche faisait suite à « la demande d’une réforme constitutionnelle exprimée par plusieurs milliers de nos compatriotes » rencontrés lors d’une mission de redynamisation de la plateforme, confiée par le chef de l’État.

Le communiqué souligne également que d’autres initiatives similaires existent déjà, émanant notamment de députés nationaux, de sénateurs, de partis politiques ou encore de confessions religieuses, « sans préciser quelles dispositions constitutionnelles devaient être visées par la réforme ».

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Tout en maintenant l’idée de la commission technique évoquée la veille, André Mbata Betukumesu Mangu rappelle que celle-ci s’inscrit dans ses prérogatives internes, en vertu de la charte de l’USN qui lui permet de « créer des task force ou des cellules qui se chargent des questions spécifiques ».

Le ton se fait plus politique lorsque le Secrétariat permanent dénonce « certaines personnes animées de la volonté de nuire » qui chercheraient à « opposer le Secrétaire Permanent aux organes supérieurs de l’USN tels que la Haute Autorité Politique et le Présidium ». Il précise à cet effet que « le Présidium ne peut être convoqué en réunion que par la Haute Autorité Politique », conformément aux textes internes de la plateforme.

Enfin, le communiqué appelle à « rester tous unis derrière » le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et exprime l’espoir que cette clarification mette « définitivement un terme aux affabulations » autour de cette initiative.

Ce revirement rapide illustre la sensibilité de la question constitutionnelle en RDC que ce soit sous le régime Kabila ou le régime Tshisekedi. Alors que l’idée d’une réforme suscite régulièrement débats et tensions, la situation actuelle met en lumière les équilibres délicats au sein même de la majorité présidentielle, où toute prise de position sur ce sujet peut rapidement devenir source de controverse.

 Jean-Luc M.

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