L’opération d’identification des enseignants en vue de leur bancarisation par Mobile Money s’est achevée jeudi 11 juin 2026 dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu. Menée par Caritas Goma sur mandat du gouvernement congolais, cette étape ouvre la voie au paiement direct des salaires des enseignants sur leurs téléphones, dans un contexte marqué par la fermeture des banques en raison des conflits armés.
Déployée durant trois jours sur l’ensemble du territoire, l’opération s’est déroulée sans incident majeur sur les dix sites mis en place pour le recensement des bénéficiaires.
Cette initiative vise à mettre fin au système actuel de paiement des salaires par l’intermédiaire des chefs d’établissement, une procédure devenue source de retards, de difficultés logistiques et de multiples risques sécuritaires depuis la fermeture des institutions bancaires dans plusieurs zones du Nord-Kivu.
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Selon l’abbé Toussaint, coordonnateur de Caritas Goma, seuls les enseignants figurant sur les listings officiels du mois de mai ont été autorisés à participer à cette opération d’identification.
Au-delà de la réception des salaires, ce mécanisme devrait également faciliter l’accès des enseignants à des services financiers, notamment au crédit. Une fois leurs comptes Mobile Money ouverts, ils pourront solliciter des prêts afin de faire face aux dépenses familiales ou financer de petits projets générateurs de revenus.
Sur le terrain, cette réforme est globalement bien accueillie par les bénéficiaires.
« Nous apprécions ce processus. Recevoir le salaire sur nos téléphones privés va nous soulager. Pendant plusieurs mois, nous avons connu de grands retards. Les chefs d’établissement avaient du mal à retirer l’argent lorsque le montant concernait toute l’école. L’opération consistait à remplir trois fiches : le formulaire d’identification pour l’ouverture d’un compte d’agent public, la demande de carnet et la demande de crédit auprès de l’IFOD », témoigne Innocent Kasisibahwa, enseignant à l’École primaire Kirumba, dans la cité de Nyamilima.
Certains enseignants expriment toutefois des inquiétudes quant aux éventuelles erreurs dans le traitement des données.
« Je craignais les omissions. Nous sommes nombreux et si certains noms sautent sur les listings de paie, cela créera des problèmes. Il y a aussi des difficultés liées aux enseignants qui figurent encore sur les listes alors qu’ils ne prestent plus : des déserteurs, des exclus ou encore des personnes décédées », souligne Parfait Kalinda Kawaya, enseignant dans une école secondaire de la zone, rencontré sur le site d’Ishasha.
Les chefs d’établissement voient également dans cette réforme une opportunité de se décharger d’importantes responsabilités et des risques qui y sont liés.
« Nous parcourions de longues distances pour récupérer les salaires des enseignants. Nous quittions Nyamilima pour Goma, soit plus de 100 kilomètres, avec d’importantes sommes d’argent. Nous étions exposés aux risques de pillage, de kidnapping ou d’accident. Et si ces fonds étaient volés, c’était au directeur de rembourser l’argent. Certaines personnes accusaient aussi les chefs d’établissement de faire des manigances avec les salaires des enseignants. Avec ce processus, nous serons libérés de ces contraintes », affirme Abdou Hakizimana, directeur de l’EP Bihama.
Lancée le mardi 9 juin dernier, cette opération d’identification constitue la première phase du processus de bancarisation des enseignants de Rutshuru.
Avec la clôture du recensement, Caritas Goma entame désormais l’étape d’ouverture des comptes Mobile Money. Si le calendrier fixé par le gouvernement est respecté, le paiement direct des salaires devrait devenir effectif dans les prochaines semaines.
