Le cardinal Fridolin Ambongo dénonce le blocage du dialogue national en République démocratique du Congo (RDC) et plaide pour un processus politique inclusif afin de mettre fin à la guerre dans l’Est du pays. Il s’est exprimé lundi 26 octobre 2026 à Assise, en Italie, lors d’une rencontre internationale pour la paix organisée par la Communauté de Sant’Egidio.
Dans son allocution, l’archevêque de Kinshasa a rappelé les conséquences du conflit qui affecte l’Est de la RDC depuis près de trois décennies. Il a évoqué des millions de morts, plus de six millions de déplacés internes et plus de 26 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, selon les chiffres des Nations Unies qu’il a cités.
Le cardinal est également revenu sur la prise de Goma, en janvier 2025, puis celle d’Uvira, en décembre de la même année, par les groupes armés, alors que plusieurs initiatives diplomatiques étaient en cours pour tenter de rétablir la paix.
« Des accords sont signés dans les capitales étrangères, des feuilles de route sont adoptées à Doha et ailleurs, et pendant ce temps on continue de combattre au Masisi, au Walikale, à Fizi, à Uvira », a-t-il déploré.
Il a également dénoncé l’exploitation des ressources minières, estimant que celle-ci contribue à alimenter la guerre au lieu de bénéficier aux populations congolaises.
Ambongo plaide pour un dialogue sans exclusions
Pour le cardinal, la recherche de la paix en Afrique doit d’abord reposer sur l’engagement des Africains eux-mêmes. Il a rappelé que l’Église catholique et l’Église du Christ au Congo (ECC) avaient proposé un « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble », fondé sur l’écoute mutuelle, la réconciliation et la reconstruction de la cohésion nationale.
Il a également évoqué l’appel lancé en juillet dernier par le chef de l’État en faveur d’un dialogue national inclusif, auquel les responsables religieux avaient accepté de contribuer.
Toutefois, il estime que le processus est actuellement bloqué par des préalables et des exclusions qui empêchent certaines parties de participer aux discussions.
« Sans dialogue, il n’y aura pas de paix. (…) Un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue », a-t-il insisté.
Le cardinal Ambongo considère qu’une réponse exclusivement militaire ne suffira pas à mettre durablement fin au conflit. Il défend plutôt un processus politique capable de réunir les parties concernées autour d’une solution négociée.
Un appel à la responsabilité des dirigeants et de la communauté internationale
Pour illustrer les valeurs nécessaires à la construction de la paix, le cardinal a évoqué l’exemple du bienheureux Floribert Bwana Chui, jeune Congolais membre de la Communauté de Sant’Egidio, tué en 2007 après avoir refusé de laisser entrer des denrées avariées. Il a mis en avant le courage, la conscience et le service aux personnes vulnérables comme des valeurs essentielles à la transformation de la société.
L’archevêque de Kinshasa a appelé les dirigeants politiques de la RDC et des pays de la région des Grands Lacs à rouvrir la voie au dialogue sans exclusions. Il a également exhorté la communauté internationale à agir contre les circuits commerciaux qui, selon lui, contribuent au financement de la guerre.
Aux croyants de toutes les religions, il a demandé de devenir des artisans de paix à travers leurs choix quotidiens et leur engagement au sein de leurs communautés.
« La force des armes produit des vainqueurs et des vaincus, des veuves et des orphelins. La force du dialogue produit des frères. C’est cette force-là que nous sommes venus chercher à Assise », a conclu le cardinal Fridolin Ambongo.
Suzanne Baleke
