Le Groupe des doyens et doyennes de la Société civile du Sud-Kivu appelle le Gouvernement congolais et l’AFC-M23 à éviter que les établissements d’enseignement supérieur de Goma et Bukavu ne deviennent un nouveau terrain d’affrontement politique et militaire. Dans une déclaration publiée le 26 août 2026, ces acteurs de la société civile demandent notamment à la rébellion de retirer les comités de gestion qu’elle a nommés dans plusieurs institutions universitaires et au Gouvernement de Kinshasa de reconsidérer certaines mesures administratives prises à la suite de ces nominations.

Pour le Groupe des doyens et doyennes de la Société civile du Sud-Kivu, les étudiants, leurs parents ainsi que les enseignants risquent aujourd’hui de payer le prix d’un bras de fer entre l’AFC-M23 et le Gouvernement de la République démocratique du Congo.

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La déclaration intervient dans un contexte marqué par la suspension des activités académiques et para-académiques dans plusieurs établissements publics situés dans les villes de Goma et Bukavu, après des nominations opérées par l’AFC-M23 au sein de leurs comités de gestion.

Des nominations contestées dans plusieurs établissements

Selon le Groupe des doyens et doyennes de la Société civile du Sud-Kivu, les premiers actes de substitution dans le milieu universitaire remontent aux 29 mai et 25 juin 2026, lorsque le M23 avait procédé à des nominations successives à l’Université de Goma, l’UNIGOM, ainsi qu’à l’Institut supérieur des techniques médicales de Bukavu, l’ISTM Bukavu.

La situation s’est ensuite élargie à partir du 7 août 2026, avec la nomination de nouveaux comités de gestion dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur de Goma et Bukavu.

Les institutions concernées sont notamment l’Institut supérieur de commerce de Goma, ISC Goma, l’Institut supérieur des techniques médicales de Goma, ISTM Goma, l’Institut supérieur des techniques appliquées de Goma, ISTA Goma, l’Institut supérieur pédagogique de Goma, ISP Goma, l’Institut supérieur de commerce de Bukavu, ISC Bukavu, l’Institut supérieur des techniques médicales de Bukavu, ISTM Bukavu, l’Institut supérieur pédagogique de Bukavu, ISP Bukavu, l’Institut supérieur d’administration et de management de Bukavu, ISAM Bukavu, l’Institut supérieur de développement rural de Bukavu, ISDR Bukavu, ainsi que l’Université officielle de Bukavu.

Face à ces nominations, le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations technologiques avait, dans son communiqué officiel n°011 du 10 août 2026, condamné ces actes.

Le ministère avait rappelé qu’« aucune autorité de fait, aucun mouvement armé, ni aucune structure dépourvue de toute légitimité constitutionnelle ne peut se substituer aux institutions légalement établies de la République, ni exercer une quelconque compétence sur l’organisation et le fonctionnement des établissements publics d’Enseignement supérieur et universitaire ».

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La Société civile critique également les conséquences des mesures de Kinshasa

Si le Groupe des doyens et doyennes condamne l’immixtion de l’AFC-M23 dans l’administration des universités et instituts supérieurs, il estime également que certaines réactions du Gouvernement congolais risquent d’avoir des conséquences directes sur les populations vivant dans les zones sous contrôle de la rébellion.

Les auteurs de la déclaration évoquent notamment trois principales mesures.

La première concerne la suspension jusqu’à nouvel ordre des activités académiques et para-académiques 2026-2027, notamment les inscriptions, réinscriptions, évaluations, examens, défenses et collations des grades académiques.

Le Groupe des doyens et doyennes s’interroge sur les conséquences de cette décision pour les étudiants et leurs familles, après les sacrifices déjà consentis pour poursuivre les études dans un contexte marqué par la guerre et les difficultés économiques.

La deuxième mesure concerne la possibilité pour les étudiants provenant des établissements situés dans les zones sous contrôle rebelle d’être accueillis dans des établissements universitaires situés dans les provinces non affectées par le conflit.

Une solution que la Société civile juge difficilement réalisable pour de nombreux étudiants.

Elle soulève notamment la question des moyens financiers nécessaires aux déplacements, de l’accès aux documents de voyage, de l’absence ou de la difficulté des liaisons aériennes, du coût élevé des voyages internationaux ainsi que de l’insécurité sur certaines routes.

Les auteurs de la déclaration évoquent également les difficultés auxquelles pourraient être confrontés certains jeunes originaires de l’Est dans d’autres provinces du pays, ainsi que le contexte sanitaire marqué par l’épidémie d’Ebola.

La troisième mesure concerne la suspension des rémunérations des enseignants et autres membres du personnel nommés dans les structures mises en place par la rébellion.

Selon le document, cette mesure concernerait 28 professeurs, 12 chefs de travaux, trois assistants et cinq autres personnes.

Le Groupe des doyens et doyennes estime toutefois qu’il serait nécessaire d’examiner individuellement les responsabilités des personnes concernées.

Certaines auraient été nommées sans consultation préalable, d’autres auraient agi sous la pression ou la peur pour leur sécurité et celle de leurs familles, tandis que d’autres auraient effectivement accepté ces fonctions.

La Société civile estime que les services compétents pourraient établir les responsabilités individuelles afin d’éviter que des personnes innocentes et leurs familles ne subissent les conséquences d’une situation qu’elles n’auraient pas choisie.

La crainte d’une année académique compromise

Dans leur déclaration, les doyens et doyennes de la Société civile du Sud-Kivu redoutent que les étudiants deviennent les principales victimes de cette confrontation.

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Ils rappellent que les populations de l’Est de la RDC vivent depuis plusieurs années dans un contexte de guerre, marqué, selon eux, par l’insécurité, les déplacements, les violences, l’appauvrissement et la destruction des conditions normales de vie.

Pour eux, la situation actuelle risque d’ajouter une nouvelle difficulté à des populations déjà confrontées à de multiples crises.

Les auteurs du document établissent également un parallèle avec d’autres services publics et s’interrogent sur les conséquences que pourrait avoir une généralisation de telles mesures.

Ils posent notamment la question de savoir ce qui pourrait arriver si des mouvements armés tentaient également de s’immiscer dans la gestion d’autres institutions publiques, notamment les établissements sanitaires.

Le Groupe des doyens et doyennes met également en garde contre le risque de désespoir et de frustration chez certains jeunes dont le parcours académique serait interrompu.

L’AFC-M23 également pointée du doigt

La déclaration attribue également une part importante de responsabilité à l’AFC-M23.

Le Groupe des doyens et doyennes estime que l’immixtion de la rébellion dans l’organisation et la gestion des établissements universitaires contribue à fragiliser davantage l’avenir académique des jeunes vivant dans les zones sous son contrôle.

Selon ces acteurs de la Société civile, l’éducation ne devrait pas devenir un espace d’affrontement politique.

Ils estiment que les établissements universitaires doivent conserver leur autonomie et leur liberté académique.

Le document rappelle, à ce sujet, les principes liés à la liberté académique et à l’autonomie universitaire.

Les auteurs soulignent que l’accréditation et l’homologation des diplômes relèvent des autorités légalement reconnues de l’État.

Ils estiment ainsi qu’une autorité de fait ou une entité rebelle ne dispose pas de la légitimité nécessaire pour exercer les compétences académiques réservées aux institutions de l’État.

Pour le Groupe des doyens et doyennes, les nominations intervenues dans plusieurs universités et instituts supérieurs risquent donc d’avoir des conséquences sur la régularité des parcours académiques et sur l’avenir des étudiants.

Un appel à sortir l’éducation du conflit

Au terme de leur déclaration, les doyens et doyennes de la Société civile du Sud-Kivu demandent aux deux parties de préserver les étudiants et les enseignants des conséquences du conflit.

À l’AFC-M23, ils demandent de retirer les différentes nominations effectuées dans les universités et instituts supérieurs et de maintenir l’éducation en dehors du champ politique.

Au Gouvernement de Kinshasa, ils demandent de reconsidérer les mesures prises, notamment celles relatives à la suspension des rémunérations des personnes concernées, afin de tenir compte de la situation particulière des familles vivant dans les zones sous contrôle rebelle.

À la jeunesse de Goma et Bukavu, le Groupe des doyens et doyennes rappelle que l’éducation constitue un droit et appelle les étudiants à utiliser les voies légales pour réclamer la protection de leur parcours académique et la non-politisation de l’enseignement.

Enfin, aux institutions internationales impliquées dans la protection de l’éducation, de la jeunesse et de la paix, ces acteurs de la Société civile demandent d’intervenir afin d’encourager les différentes parties à remettre les étudiants et les personnels concernés dans leurs droits.

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Pour le Groupe des doyens et doyennes de la Société civile du Sud-Kivu, la question centrale demeure celle de l’avenir des jeunes.

Alors que l’AFC-M23 et le Gouvernement congolais s’opposent sur la gestion des établissements situés dans les zones sous contrôle de la rébellion, les auteurs de la déclaration appellent les deux parties à éviter que les universités et instituts supérieurs de Goma et Bukavu ne deviennent, à leur tour, un champ de bataille dont les étudiants, les enseignants et leurs familles seraient les premières victimes.

Jean-Luc M.

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