À Goma, les billets de francs congolais usés, déchirés ou réparés avec du ruban adhésif sont de plus en plus difficiles à utiliser dans les transactions quotidiennes. Dans les marchés et les boutiques, certains commerçants refusent ces coupures, invoquant la difficulté à les remettre en circulation. Une situation qui complique davantage la vie des habitants dans un contexte marqué par les difficultés d’accès aux services bancaires et la rareté du cash.
Dans plusieurs marchés et commerces de Goma, chaque transaction peut désormais devenir une source de difficultés lorsqu’un client présente un billet fortement usé ou légèrement déchiré.
Certains commerçants refusent notamment les coupures présentant des traces de détérioration, de peur de ne pas pouvoir les utiliser à leur tour auprès d’autres vendeurs.
Pour les ménages disposant de peu de liquidités, cette situation complique davantage l’achat de produits de première nécessité.
Un père de famille, qui a requis l’anonymat, raconte à La Prunelle RDC avoir récemment éprouvé des difficultés à acheter des légumes pour ses enfants après le refus d’un billet de 5.000 francs congolais, jugé trop abîmé.
« Le refus des billets fragilise encore plus les familles qui n’ont déjà plus rien pour survivre », déplore-t-il.
Une circulation du cash devenue difficile
Cette situation intervient dans un contexte particulier pour l’économie de Goma, marqué par les difficultés d’accès aux services bancaires et à l’approvisionnement régulier de la ville en monnaie fiduciaire.
Selon plusieurs habitants, les fonctionnaires et agents de l’État qui se déplaçaient auparavant vers Beni pour percevoir leurs salaires en espèces contribuaient à faire entrer du cash dans la ville.
Mais les risques liés à l’insécurité sur les axes routiers auraient conduit de nombreux agents à réduire ces déplacements ou à privilégier d’autres moyens de paiement.
Le recours aux services de Mobile Money constitue ainsi une alternative pour certains usagers. Cette solution permet d’effectuer des transferts sans transporter de grandes quantités d’argent liquide.
Mais pour les acteurs du commerce, elle ne règle pas entièrement le problème de la circulation des billets. La diminution du cash disponible, combinée à l’absence de mécanismes facilement accessibles permettant de remplacer les coupures détériorées, contribue à maintenir des billets très usés dans les circuits commerciaux.
« La transition numérique ne remplacera jamais le besoin d’avoir du cash sain dans les mains du peuple », estime un acteur économique qui s’exprime sous anonymat.
Les commerçants face à un dilemme
Pour les vendeurs, le refus des billets détériorés répond aussi à une difficulté pratique : accepter une coupure que d’autres commerçants risquent de refuser peut entraîner une perte pour celui qui la détient.
Certains appellent donc leurs clients à vérifier l’état des billets avant de les accepter ou de les utiliser dans leurs transactions.
Cette situation crée un cercle difficile à rompre : les habitants veulent pouvoir utiliser les billets encore valides, tandis que les commerçants craignent de se retrouver avec des coupures qu’ils ne pourront plus écouler.
Parallèlement, des campagnes de sensibilisation sont menées par les autorités afin d’encourager la population à ne pas refuser les billets ayant encore cours légal.
Mais en l’absence de guichets bancaires pleinement opérationnels ou de mécanismes accessibles permettant de retirer progressivement les billets fortement détériorés de la circulation, la méfiance demeure.
Une économie sous pression
Au-delà de la question des billets usés, cette situation met en lumière les difficultés plus larges auxquelles sont confrontés les acteurs économiques de Goma : accès limité aux services financiers, circulation réduite du cash, insécurité sur certains axes et recours croissant aux paiements électroniques.
Pour plusieurs habitants, une amélioration durable nécessiterait notamment la restauration progressive des services financiers et la sécurisation des voies d’approvisionnement et de circulation.
En attendant, commerçants et consommateurs doivent composer quotidiennement avec une monnaie physique qui se fait rare et dont une partie devient difficile à accepter.
À Goma, le problème des billets usés apparaît ainsi comme l’un des symptômes d’une économie locale fortement perturbée, où l’accès à l’argent liquide reste une préoccupation majeure pour les ménages et les petits commerçants.
