Le corps de Madame Venantie Bisimwa Nabintu, coordinatrice nationale du Réseau des Femmes pour la Défense des Droits et la Paix (RFDP), a été inhumé ce lundi 1er juin 2026 à Kafulumaye, dans le territoire de Kabare au Sud-Kivu.
Décédée dans un tragique accident de circulation survenu dans la nuit du mercredi 20 au jeudi 21 mai 2026 sur l’axe Masaka-Mbarara en Ouganda, cette figure emblématique de la défense des droits des femmes et des droits humains laisse derrière elle un héritage salué par plusieurs organisations féminines, acteurs de la société civile et personnalités académiques.
Avant son inhumation, le corps de la défunte a été retiré de la morgue de l’Hôpital Provincial Général de Référence de Bukavu puis conduit à la paroisse Saint Pierre Claver de Nguba, où une messe de requiem a été célébrée en présence de membres de sa famille, d’organisations de défense des droits humains ainsi que de nombreuses femmes venues lui rendre un dernier hommage.
Dans plusieurs témoignages, les organisations féminines du Sud-Kivu ont salué l’engagement de Venantie Bisimwa en faveur de la justice, de la paix et de la promotion des droits des femmes et des filles.
La Dynamique des femmes du Sud-Kivu décrit la défunte comme une femme de solution, toujours présente dans les luttes sociales en faveur des femmes.
« Icône et pionnière des organisations féminines, l’histoire retiendra que tu as été l’une des initiatrices de la première organisation féminine au Sud-Kivu, AFCF, en 1992 avant de créer le RFDP en 1999. Ton combat et ton engagement pour les femmes et les filles sont un héritage que tu viens de nous léguer », a déclaré cette structure dans son hommage.
La Dynamique des femmes rappelle également que Venantie Bisimwa figurait parmi les premières femmes militantes à porter publiquement les revendications des femmes victimes des violences et des conflits armés dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Pour plusieurs de ses proches collaborateurs, elle incarnait un leadership engagé et une détermination constante malgré les difficultés sécuritaires, économiques et sociales qui frappent la région.
La professeure Sylvie Sarolea, spécialiste du droit international, évoque une femme profondément engagée dans la défense des droits humains et la mobilisation communautaire.
« Impossible de raconter nos longues années de complicité, de collaborations et d’amitié. Venantie défendait, avec une force incomparable, les droits des femmes de l’Est de la RDC, mais aussi leurs familles et une société confrontée à toutes les violences », témoigne-t-elle.
Selon elle, la défunte a contribué à plusieurs projets de recherche et initiatives de terrain grâce à sa proximité permanente avec les communautés affectées par les conflits, les épidémies et la précarité.
Au sein de sa famille, l’émotion reste particulièrement vive.
Sa fille, Christelle Salima, décrit sa mère comme un modèle de courage, de résilience et de leadership.
« Toi, une femme exceptionnelle, une mère aimante, un guide, un repère, une source d’inspiration, un modèle de courage et de résilience ; ton départ brutal laisse dans nos cœurs une douleur immense et un vide difficile à décrire », a-t-elle déclaré avec émotion.
Elle rappelle que sa mère consacrait toute sa vie à la défense des droits humains et à la promotion du leadership féminin dans la société congolaise.
Le mari de la défunte, Kasereka, également survivant de l’accident qui a coûté la vie à son épouse, est revenu sur les circonstances tragiques de ce drame.
« Pendant que j’étais projeté miraculeusement sur la route, je l’ai appelée par son nom à trois reprises mais elle n’a pas répondu. Connaissant sa spontanéité et sa résilience, j’ai vite compris qu’elle était décédée », raconte-t-il.
Malgré la douleur, il estime que le passage de son épouse sur terre restera une bénédiction pour de nombreuses femmes et communautés.
Figure respectée du mouvement associatif au Sud-Kivu, Venantie Bisimwa Nabintu était considérée comme l’une des pionnières des organisations féminines dans la province. À travers le RFDP et plusieurs autres initiatives, elle s’était engagée durant plusieurs décennies dans la défense des droits des femmes, la justice sociale, la paix et l’accompagnement des victimes des violences.
Son décès laisse un vide important dans le mouvement de défense des droits humains au Sud-Kivu, où plusieurs organisations promettent de poursuivre le combat qu’elle a mené durant toute sa vie.
Suzanne Baleke
