Dans la ville de Goma, Prunelle Aksanti Nabuhesi incarne une nouvelle génération de femmes qui bousculent les stéréotypes dans les métiers techniques. Diplômée en grande électricité industriel en 2018 puis licenciée en électro technique , cette jeune ingénieure démontre chaque jour que l’électricité n’est pas exclusivement un métier réservé aux hommes, mais un domaine où les femmes peuvent également exceller.
Animée par le désir de contribuer au développement de la République démocratique du Congo, Prunelle Aksanti Nabuhesi a choisi de se spécialiser dans l’électrotechnique après avoir constaté les nombreux défis liés à l’accès à l’électricité dans le pays. Selon elle, la RDC reste encore un vaste chantier où plusieurs régions peinent à bénéficier d’une énergie électrique stable.
« Je voulais faire partie des personnes qui construisent ce pays dans le domaine de l’électricité. Notre pays est encore un grand chantier. Comme tu le sais toi-même, il y a des parties encore en difficulté d’énergie électrique dans ce pays. Alors nous avons appris dans le but d’aider à combler ces vides », explique-t-elle.
Au quotidien, la jeune électrotechnicienne organise minutieusement son travail. Dès le matin, elle prépare son agenda afin d’effectuer différentes interventions techniques, notamment des installations électriques domestiques et la réparation de plusieurs équipements, tels que les prises, les interrupteurs et d’autres dispositifs indispensables au fonctionnement des installations électriques.

Pour Prunelle, exercer le métier d’électricien ne s’improvise pas. Il exige à la fois une solide formation théorique et une maîtrise pratique des outils, mais aussi certaines qualités personnelles.
« Pour exercer ce métier, il faut une connaissance théorique précise afin de passer à la pratique. Il faut aussi être fort physiquement, concentré, attentionné et précis », souligne-t-elle.
Dans ses interventions techniques, elle utilise régulièrement plusieurs outils essentiels du métier, notamment le multimètre, la pince et le tournevis, qui lui permettent d’effectuer des diagnostics et des réparations sur différentes installations électriques.
Cependant, son parcours n’a pas été sans obstacles. Dans une société où les métiers techniques restent souvent considérés comme masculins, Prunelle raconte avoir été souvent découragée ou confrontée à des attitudes de méfiance.
« D’abord, quand on ne te fait pas confiance selon les lois de cette société traditionnelle qui montrent que la femme est faible. Déjà avec ça, on ne te fait pas confiance… Même si tu installes une maison, certains vont dire : “Est-ce que bitawaka ?” » entendu par [Est-ce que ça va fonctionner ?], confie-t-elle.
Elle évoque également la réticence de certains hommes face aux femmes ingénieures.
« Il y a aussi d’autres garçons qui ont peur des femmes ingénieures. Et certains disent que les femmes qui font ce domaine sont des ba shindikana [des femmes légères]», explique-t-elle, évoquant les critiques et jugements sociaux auxquels elle a été confrontée.
Parmi les moments les plus difficiles de sa carrière, Prunelle cite notamment des situations où son travail a été sous-estimé ou même réalisé sans rémunération, malgré les efforts fournis.
« La situation la plus difficile que j’ai rencontrée dans mon travail, c’est quand j’ai travaillé mais sans salaire, ou encore quand mon travail a été négligé alors que j’ai bossé dur », regrette-t-elle.
Malgré ces défis, la jeune électrotechnicienne reste profondément fière de sa contribution au développement de son pays. Pour elle, apporter de la lumière là où il n’y en a pas constitue une mission noble.
« Je suis fière du fait que nous travaillons pour le bien de plusieurs. Éclairer le monde, c’est une bonne chose. Je suis fière parce que je contribue à l’évolution de la technologie dans mon domaine. Faire parvenir la lumière dans les parties les plus obscures du pays serait ma plus grande fierté », affirme-t-elle avec conviction.
À travers son parcours, Prunelle Aksanti Nabuhesi espère également inspirer d’autres jeunes filles à oser les métiers techniques, souvent considérés à tort comme réservés aux hommes.
Elle encourage celles qui souhaitent suivre cette voie à croire en leurs capacités et à persévérer.
« Aux jeunes filles qui veulent exercer les métiers techniques, je leur dis de suivre leurs cœurs, de travailler dur pour bien maîtriser leur domaine et elles ne seront pas déçues. Alors laissez-nous vous prouver que nous sommes capables », conclut-elle.
