Dans un contexte marqué par l’escalade des conflits armés et la répétition des catastrophes naturelles, les experts en santé mentale appellent à renforcer les activités de sensibilisation sur le bien-être émotionnel au sein des communautés affectées.
La tenue de dialogues communautaires, d’ateliers participatifs et de tribunes d’expression populaire figure parmi les stratégies mises en avant pour prévenir les troubles psychiques et autres maladies mentales.
Selon des experts, ces espaces permettent aux populations d’exprimer leurs souffrances, de partager leurs expériences et de bénéficier d’un accompagnement psychosocial de proximité.
- Jean-Baptiste Kahunde, spécialiste en santé psychique, soutient que ces méthodes constituent une réponse rapide pour soulager les communautés durant cette période difficile.
« Les dialogues communautaires et les séances d’écoute active permettent d’atténuer les effets immédiats du stress et des traumatismes. Cependant, il est indispensable que les organisations humanitaires facilitent également l’accès des malades aux centres psychiatriques pour une prise en charge adaptée », insiste-t-il.
Dans le groupement de Mbinga Nord, en territoire de Kalehe, la situation est particulièrement préoccupante. Fikirika Hunde Jean-Baptiste, assistant psychosocial intervenant à la paroisse Saint-Paul-Miki de Nyabibwe pour le compte de la Commission diocésaine Justice et Paix, décrit une jeunesse fortement éprouvée par les événements traumatiques à répétition.
Guerres successives, éboulements, inondations de champs et d’habitations, incendies, accidents de circulation liés au mauvais état des routes, ainsi que d’autres drames, ont profondément perturbé le mode de vie des jeunes.
« Les stress et les traumatismes s’accentuent à un degré où certains jeunes n’ont plus la capacité de s’adapter aux nouvelles réalités de la vie. Les conséquences de ces fléaux à répétition ont fragilisé les fondements mêmes de leur existence », explique-t-il.
Dans cette zone, la prise en charge spécialisée des personnes souffrant de troubles mentaux reste quasi inexistante. Une situation qui met en danger la population, en particulier les jeunes considérés comme l’avenir du pays. Les cas de troubles physiques, physiologiques, émotionnels et comportementaux se multiplient, affectant également les relations sociales et familiales.
Face à cette urgence, les acteurs psychosociaux plaident pour l’intégration de la santé mentale dans les programmes destinés aux jeunes. Cette approche permettrait d’organiser des séances d’écoute, de détraumatisation communautaire et de formation sur des techniques thérapeutiques simples, favorisant la résilience.
La sensibilisation passe notamment par la mobilisation des jeunes au sein des églises, des associations et des structures communautaires, en collaboration avec les leaders locaux tels que les pasteurs et responsables d’organisations de jeunesse. Mais au-delà de la sensibilisation, les intervenants soulignent la nécessité de disponibiliser des professionnels qualifiés pour assurer une prise en charge appropriée des cas les plus graves.
Article produit dans le cadre du projet « Habari za Mahali ». Un projet du consortium RATECO, REMEL avec le soutien de Media4Dialogue de LaBenévolencja.

