Plusieurs organisations et mouvements de la Société Civile congolaise ont exprimé leur vive inquiétude face au débat autour de la révision ou du changement de la Constitution en République démocratique du Congo, estimant que cette initiative risque d’aggraver les tensions politiques et de fragiliser davantage la cohésion nationale dans un contexte déjà marqué par la guerre, la crise humanitaire et l’épidémie d’Ebola.
Dans une déclaration rendue publique ce samedi 30 mai 2026 à Kinshasa, à l’issue d’une « Journée de concertation des organisations de la société civile sur les enjeux contextuels et le rôle de la société civile pour la paix et la sauvegarde des acquis démocratiques en RDC », ces structures ont appelé à la suspension du processus de vote de la loi référendaire en cours à l’Assemblée nationale.
Réunies à la paroisse Fatima dans la capitale congolaise, les organisations signataires disent constater « avec une profonde inquiétude la montée des tensions politiques internes autour du débat sur la révision ou le changement de la Constitution », dans un contexte national qu’elles qualifient de « particulièrement fragile ».
Pour ces acteurs de la société civile, les priorités actuelles du pays devraient être orientées vers la restauration de la sécurité, la reconquête des territoires occupés, l’assistance aux populations affectées par la guerre ainsi que le renforcement de l’unité nationale.
« La RDC traverse une période critique de son histoire. Les priorités nationales doivent être la restauration de la sécurité, la défense de l’intégrité territoriale, l’assistance aux populations affectées par la guerre et le renforcement de l’unité nationale », peut-on lire dans cette déclaration.
Les signataires évoquent notamment le contexte sécuritaire dans l’Est du pays marqué par l’occupation d’une partie du territoire national par l’AFC-M23 et ses soutiens extérieurs, les déplacements massifs des populations, les violations des droits humains ainsi que l’exil forcé de certains opposants politiques.
Ils dénoncent également la multiplication des discours de haine, des appels à la confrontation ainsi que « l’instrumentalisation de la jeunesse congolaise à des fins partisanes », estimant que cette situation crée « un risque réel d’affrontements entre citoyens et d’embrasement du pays ».
Selon ces organisations, toute initiative visant à modifier l’ordre constitutionnel actuel dans un contexte de guerre et de fragilité institutionnelle pourrait accentuer les divisions nationales et favoriser des agendas de partition du pays.
« Toute tentative de changement de la Constitution n’est ni opportune ni prioritaire dans le contexte de guerre d’occupation d’une partie du territoire national et de fragilité institutionnelle du pays », soulignent-elles.
La société civile estime également que le vote de la loi référendaire dans le contexte actuel « redouble l’inquiétude » et appelle les élus nationaux à mesurer leur responsabilité historique dans la préservation de la paix, de l’unité nationale et de la démocratie.
Les organisations rappellent par ailleurs les sacrifices consentis par plusieurs acteurs de la société civile dans les luttes pour la défense de la Constitution et l’avènement de la première alternance politique pacifique en RDC.
Dans leur déclaration, elles réaffirment leur attachement « à la paix, à la démocratie, à l’unité nationale, à la souveraineté de la RDC et au respect des principes républicains dont la limitation du mandat présidentiel ».
Les organisations signataires demandent ainsi au président de la République de privilégier « la paix durable, l’unité nationale et la libération des parties sous occupation », mais également « d’éviter l’escalade des tensions politiques » en renonçant à promulguer la loi référendaire nationale.
« De préserver la cohésion nationale, éviter l’escalade des tensions politiques et détendre le climat politique en évitant de promulguer la loi référendaire nationale », recommandent-elles.
Elles appellent également le président du Sénat à « puiser dans la sagesse » en prenant exemple sur l’ancien président du Sénat Léon Kengo wa Dondo qui, selon elles, avait permis d’éviter au pays une grave crise politique en 2015.
Aux organisations de la société civile, les signataires demandent de privilégier la convergence des actions afin de « protéger la démocratie, prévenir les violences, défendre la cohésion nationale et promouvoir le dialogue républicain ».
La déclaration insiste aussi sur la nécessité d’un dialogue national inclusif « en toute urgence », tout en plaidant pour le renforcement de la diplomatie citoyenne à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
Enfin, les organisations de la société civile lancent un appel au peuple congolais à demeurer vigilant et à privilégier « la paix, la cohésion nationale, le dialogue et la défense de la patrie ».
Cette déclaration a été signée par plusieurs acteurs et organisations de la société civile, parmi lesquels Panel des Experts, Alerte-RDC, Filimbi, LUCHA, Les Congolais Debout, la Dynamique des Jeunes, GAM, la Synergie Bilenge, Dignité Humaine, ainsi que d’autres mouvements citoyens et structures engagées dans la défense de la démocratie et de la cohésion nationale en RDC.
