À l’occasion de la commémoration du 26e anniversaire de la Guerre des Six Jours de Kisangani, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a renouvelé son appel à la justice pour les victimes des affrontements qui ont opposé les armées rwandaise et ougandaise dans la ville de Kisangani en juin 2000. Il a également dénoncé l’absence de réparations effectives pour les survivants et les familles des victimes, malgré les indemnisations accordées à la République démocratique du Congo par la Cour internationale de Justice (CIJ).
Dans une déclaration rendue publique ce 5 juin, le médecin congolais a rendu hommage aux victimes de cette tragédie et exprimé sa solidarité envers les survivants ainsi que les familles qui continuent de subir les conséquences de ces violences survenues il y a plus de deux décennies.
Du 5 au 10 juin 2000, Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, avait été le théâtre de violents affrontements entre les forces armées rwandaises et ougandaises présentes sur le territoire congolais dans le contexte de la deuxième guerre du Congo. Ces combats avaient causé la mort de centaines de civils, fait des milliers de blessés et entraîné d’importantes destructions d’infrastructures et de biens.
Pour Denis Mukwege, ces événements constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité dont les conséquences continuent de peser sur les populations affectées. Il rappelle que ces violations graves des droits humains figurent parmi les crimes documentés dans le Rapport Mapping des Nations Unies, publié en 2010, qui recense les violations les plus graves commises en RDC entre 1993 et 2003.
Le Prix Nobel de la paix estime que la mémoire des victimes impose un devoir de vérité, de justice et de responsabilité. Il appelle à la poursuite judiciaire des auteurs présumés de ces crimes ainsi que de leurs chaînes de commandement.
« Il y a urgence à traduire en justice les auteurs de ces atrocités ainsi que leurs chaînes de commandement. Sans justice, il ne peut y avoir de paix durable », affirme-t-il, estimant que l’impunité continue d’alimenter les cycles de violence, de prédation et d’insécurité qui persistent dans l’Est de la RDC.
Denis Mukwege s’est également exprimé sur la question des réparations destinées aux victimes. Il déplore que les 325 millions de dollars américains accordés à la RDC par la Cour internationale de Justice en 2022 au titre de réparations pour les préjudices causés par l’Ouganda n’aient toujours pas bénéficié aux personnes concernées.
Pour rappel, la CIJ avait condamné l’Ouganda à verser cette somme à la RDC pour les dommages causés lors de son intervention militaire sur le territoire congolais. Les réparations devaient notamment contribuer à indemniser les individus et les communautés affectés par les violations du droit international commises durant le conflit.
Cependant, selon Denis Mukwege, les victimes et leurs familles continuent de vivre dans la souffrance et la précarité sans avoir reçu les réparations attendues. Il considère que toute disparition, mauvaise gestion ou détournement de ces fonds constituerait une grave injustice envers les victimes.
Le gynécologue congolais plaide ainsi pour l’ouverture d’une enquête indépendante et transparente afin de faire toute la lumière sur l’utilisation de ces ressources financières. Il demande que les responsabilités soient établies, que les éventuels fonds détournés soient récupérés et que les auteurs répondent de leurs actes devant la justice.
Au-delà des réparations financières, Denis Mukwege rappelle que les victimes congolaises ont droit à la vérité, à la justice, à des réparations intégrales ainsi qu’à des garanties de non-répétition, conformément aux principes internationaux relatifs aux droits des victimes de violations graves des droits humains.
Il insiste également sur la nécessité de préserver la mémoire des victimes de Kisangani et de poursuivre la lutte contre l’impunité.
« La souffrance des victimes de Kisangani ne doit ni être ignorée ni instrumentalisée. Leur combat pour la reconnaissance, la justice et la dignité est aussi celui de toute la nation congolaise », souligne-t-il.
Vingt-six ans après la Guerre des Six Jours, les revendications des victimes restent largement d’actualité. Entre quête de justice, reconnaissance des responsabilités et accès aux réparations, les survivants continuent d’attendre que les engagements pris en leur faveur se traduisent concrètement sur le terrain.
