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« Il est temps d’agir sinon demain sera tard ». C’est par cette demande pressante que la Société Civile du Sud-Kivu alerte sur des problèmes que traversent les détenus malades à la Prison Centrale de Bukavu.

C’est sur l’article 16 alinéas 1, 4 et 5 de la Constitution de la RDC  que se fonde cette alerte du Bureau de Coordination de la Société Civile du Sud-Kivu.

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«  La vie humaine est sacrée. L’Etat a l’obligation de la respecter et de la protéger (..)Nul ne peut être soumis à un traitement cruel, inhumain ou dégradant (..) Nul ne peut être astreint à un travail forcé ou obligatoire ».

Situation «  indescriptible », « désastreuse »

Pour la Présidente intérimaire de la Société Civile, cet article mérite d’être observé en rapport avec la situation « désastreuse » des détenus à la prison centrale.

« De notre passage à la prison centrale de Bukavu ce 21 juin 2023, nous avons trouvé une situation indescriptible vu l’état de santé dans lequel se trouve 138 détenus malades détenus dans une cellule destinée à héberger les détenus dont la maladie représente une certaine gravité. Parmi eux, il y a 58 tuberculeux et 19 atteints de VIH SIDA, une vingtaine avec de plaies puantes, pieds enflés au point qu’ils ont du mal à se déplacer pour participer aux différentes audiences », explique d’emblée madame Néné Bintu.

Boire des matières fécales, travaux forcés

A l’entrée de la cellule, raconte Néné Bintu, l’odeur est insupportable tellement les conditions hygiéniques sont précaires.

« Selon les informations recueillies sur place, il n’y a pas que ces 138 cas de malades, il y en a une centaine d’autres bloqués dans d’autres cellules et qui ne sont pas pris en charge par le staff médical et subissent un calvaire qui se traduit par l’obligation de se conformer aux travaux forcés et ignobles à l’intérieur de la prison, fait commis par le capita et ses collabos: les détenus, malades ou pas sont obligés de toucher les excréments, le pipi, parfois le capita et son équipe leur font boire ces matières fécales s’il ne donnent pas de l’argent pour être mis à l’abri de ces pratiques horribles » dit-elle.

15 décès depuis le mois de mai 2023

Comment comprendre que des individus, du reste détenus comme d’autres, exigent à d’autres de payer « les loyers » dans un établissement pénitentiaire mis en place par l’Etat ?, s’interroge la Présidente ai de la Société Civile.

Ces pratiques malsaines, soutient-elle, sont à l’origine de cas de maladies de plusieurs détenus moins nantis.

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« Pour qu’un malade quitte la cour centrale vers la cellule des malades, il doit s’évanouir sinon il reste à l’intérieur en train de subir le calvaire, nous a confié un staff médical de la prison. Au mois de mai 2023, l’on a enregistré 8 décès, depuis le mois de juin on en est à 7 déjà. Du côté de la cour Centrale, on compte également environ 80 détenus souffrant d’hernie non pris en charge ».

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Ce qui choque le plus, se désole la Société Civile, ce que depuis le 25 avril 2023 l’incendie a touché la petite pharmacie de la prison et consumé le peu de médicament et rares matériels de soin qui étaient à la prison.

« Pendant ce temps, on compte actuellement 6 médecins qui travaillent par rotation, 4 infirmiers, un nutritionniste, un laborantin et un hygiéniste. Ces derniers ne perçoivent que 130.000fc payés manuellement, pas de salaire ni prime à proprement parler. Encore que les 130.000Fc, ils les perçoivent comme remplaçants car leurs noms ne figurent pas sur le listing. Quant aux médecins, ils se contentent de leurs primes de risques. Les conditions hygiéniques sont très déplorables et exposent même le personnel soignant et les visiteurs ».

Perception des frais de visite

Pourtant, dut Néné Bintu, une partie du personnel pénitentiaire continue de percevoir qui 1000Fc, qui 2000 fc comme droit de visite et cela malgré l’interdiction formelle de l’ancien Vice-Ministre de la Justice lors de sa dernière visite à cette prison il y a environ 4 mois.

« La raison du non-respect de cette mesure est connue pourtant: la plupart du personnel judiciaire n’est pas budgétisé, certains font un véritable bénévolat attendant impatiemment qui, un numéro matricule, qui une budgétisation, qui la paie…alors qu’ils sont parents, responsables de famille et doivent vivre. Qui s’apitoie à leur sort ? Pourquoi doit-on continuer à s’en prendre aux conséquences sans traiter les causes de ce monnayage des visites ? ».

Désengagement du CICR

Néné Bintu révèle  que le CICR s’est désengagé de la Prison Centrale de Bukavu alors qu’il était parmi les soutiens en terme médical.

« Jusqu’en décembre 2022, le CICR venait en appui médical aux détenus malades mais est-il que depuis qu’il y a eu des altercations verbales entre l’ancien Directeur de la prison et un staff du CICR, ce dernier s’est désengagé de tout appui à la Prison centrale. En plus de cas de ces maladies graves, les détenus mangent difficilement. Ils comptent sur la charité des chrétiens et autres personnes de bonne volonté comme la sœur Teresina, l’Abbé Aumônier de la prison pour avoir un peu à manger et la faim aggrave parfois leur état ».

Recommandations

  1. Au Ministre provincial de la santé et ses partenaires

D’effectuer urgemment une descente à qui centrale de Bukavu et de faire un état de lieu et d’y apporter une suite urgente pour éviter la perte de vies humaines. En y allant, y apporter déjà les matériels de soins et certains médicaments essentiels pour soulager les maux de ces détenus qui, malgré les charges qui pèsent sur eux, ont droit à la vie et aux conditions qui permettent de la conserver.

Par la même occasion, la Société civile exhorte le CICR à renouer le partenariat médical avec la prison pour sauver des vies humaines. Il faudra également que ce ministère avec ses nombreux partenaires exigent au « capita » de libérer les détenus malades et les orienter vers d’autres cellules appropriées où ils peuvent bénéficier des soins.

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A long ou moyen terme, d’ériger dans la parcelle de la prison un centre médical moderne pour les soins de détenus malades et pour les soins des femmes enceintes et leurs nourrissons.

« Nous avons appris qu’y a des femmes détenues qui accouchent à même le sol faute d’équipements. Ce Ministère devrait également organiser des visites régulières à la prison centrale et autres établissement pénitentiaires pour s’enquérir des différents défis auxquels le personnel soignant est confronté pour prendre en charge les différents cas de maladies ».

  1. Au Ministre provincial de la justice et ses services habilités

De trouver une réponse régulière au problème d’alimentation des détenus et de soumettre à qui de droits les dossiers de ses collaborateurs (personnel pénitentiaire) afin qu’ils perçoivent leur salaire et cessent de monnayer les visites à la prison, visite capitale pour les prisonniers en ce qui concerne surtout leur alimentation.

Ils doivent également tout faire pour mettre fin à la tyrannie des capitas dans la prison

  1. Aux Chefs de parquets et auditorats militaire

D’accorder la liberté provisoire aux détenus malades poursuivis pour des faits bénins.

Jean-Luc M.
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Un commentaire

  1. Pingback: Prison centrale de Bukavu : au moins 15 morts depuis mai 2023 ! (Société Civile) - La Prunelle RDC

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