La société Kivu Développement SAS (SKD SAS) rejette en bloc les accusations portées contre elle par le député national Trésor Lutala Mutiki au sujet de la réhabilitation de la Route nationale n°2 (RN2), sur le tronçon Bukavu-Lwino, dans le territoire de Mwenga. Dans un long document de réponse adressé le 5 août 2026 au Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, avec copies notamment au Président de la République, à la Première ministre, aux ministres de la Défense, de la Justice, des Infrastructures, au gouverneur du Sud-Kivu ainsi qu’aux responsables des services de sécurité, l’entreprise défend la légalité de son intervention, conteste les accusations administratives, financières et sécuritaires formulées contre elle et accuse à son tour le député d’être à l’origine du blocage des travaux.
Cette réaction fait suite à une note de dénonciation et d’alerte adressée la veille par le député Trésor Mutiki aux autorités nationales, dans laquelle il mettait en cause la régularité du projet, le financement des travaux ainsi que les risques sécuritaires qu’il estime liés à cette réhabilitation.
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SKD SAS affirme que le partenariat conclu avec la province est conforme à la Constitution
Dès l’introduction de son document, la société indique maintenir intégralement les positions exprimées dans ses communiqués des 29 et 31 juillet 2026, auxquels le député faisait référence.
Elle rejette également les accusations selon lesquelles son représentant aurait tenu des propos injurieux dans un groupe WhatsApp. L’entreprise reconnaît avoir appelé certains Wazalendo, qu’elle qualifie de « manipulés », à se désolidariser des députés Trésor Mutiki et José Wilondja Nepangi, mais nie avoir demandé à la population de s’éloigner de ses élus au motif qu’ils serviraient « la destruction du pays par le pouvoir de Kinshasa ».
« Nous mettons au défi quiconque apporterait la moindre preuve sur l’existence d’un tel propos. »
Abordant les critiques administratives, SKD SAS rappelle que, contrairement à ce qu’avance le député, la Constitution reconnaît aux provinces une compétence concurrente avec le pouvoir central en matière de construction et d’entretien des routes d’intérêt national.
L’entreprise invoque à cet effet l’article 203 point 21 de la Constitution, qui prévoit notamment que le trafic routier, la circulation automobile, la construction et l’entretien des routes nationales ainsi que la perception des péages relèvent de cette compétence partagée.
Elle estime dès lors que le protocole de partenariat public-privé (PPP) signé avec la province du Sud-Kivu ainsi que la lettre du 16 mai 2026 donnant un avis favorable à la poursuite des travaux sont parfaitement conformes au droit.
Le vice-gouverneur pouvait légalement signer l’autorisation
Le député soutenait également que l’autorisation provinciale était irrégulière parce qu’elle avait été signée par le vice-gouverneur.
SKD SAS répond que celui-ci exerçait légalement les fonctions de gouverneur ad intérim.
« Au nom du principe de continuité des affaires publiques, Son Excellence Jean-Jacques Elakano, vice-gouverneur de la province du Sud-Kivu, a agi en qualité de gouverneur de province ad intérim. »
L’entreprise estime que la controverse soulevée sur ce point vise uniquement à créer une confusion dans l’opinion.
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Les critiques sur l’itinéraire sont jugées sans importance
Autre reproche formulé par le député : la présentation de l’itinéraire de la RN2.
SKD SAS considère cette question comme secondaire.
Selon elle, même si le tronçon Kitutu-Lugushwa ne correspond pas exactement à la définition administrative de la RN2, les provinces demeurent compétentes pour entreprendre des travaux d’intérêt provincial sur ces axes.
Elle cite à cet effet l’article 204 point 11 de la Constitution, relatif aux travaux publics provinciaux.
L’entreprise affirme être légalement habilitée à exécuter les travaux
Le député contestait également la qualité de SKD SAS pour intervenir sur une route nationale, estimant qu’elle est avant tout une société minière.
L’entreprise répond que ses statuts prévoient explicitement plusieurs activités de génie civil, notamment la construction de ponts, routes et autoroutes, la voirie et le drainage, la construction d’infrastructures diverses, les barrages hydroélectriques, les infrastructures ferroviaires.
Elle rappelle également avoir signé le 10 janvier 2025 un protocole de partenariat public-privé avec la province du Sud-Kivu pour l’entretien et la maintenance de la RN2 entre Bukavu et Lwino.
Par ailleurs, SKD SAS qualifie de « contre-vérité » les accusations selon lesquelles elle exploiterait illégalement des minerais à Tubimbi, dans le territoire de Walungu.
Le financement assuré par Me Asaph Wenda Lukangyela
Concernant les sources de financement, la société affirme que les travaux sont financés par son représentant, Me Asaph Wenda Lukangyela.
Elle reproche au député de n’avoir jamais sollicité officiellement ces informations avant de porter des accusations publiques.
L’entreprise nie toute perception illégale auprès des transporteurs
Le député évoquait également une collecte obligatoire de carburant auprès des transporteurs.
SKD SAS répond qu’aucune taxe n’est prélevée.
Elle explique que, constatant les avancées réalisées sur le tronçon Bukavu-Kasika, l’Association des Transporteurs pour le Développement au Congo (ATDCO) a spontanément proposé un partenariat.
Selon l’entreprise, les membres de cette association ont accepté volontairement de contribuer à raison de deux bidons de carburant par voyage Bukavu-Kitutu, et ce uniquement pendant trois jours, sur le tronçon Kasika-Ngenga.
« Aucune taxe n’est prélevée par SKD. »
Les accusations de liens avec le M23 qualifiées de « contre-vérités »
La partie la plus importante du document concerne les accusations sécuritaires.
Le député soutenait notamment que les travaux pourraient faciliter la progression de l’AFC-M23 ou servir de couverture à des activités minières dans des zones sous influence rebelle.
SKD SAS rejette totalement ces affirmations.
Elle rappelle que les travaux avaient été officiellement annoncés par le ministre provincial des Infrastructures puis lancés à Kilungutwe en janvier 2025 par le Mwami Longangi.
Selon elle, les engins utilisés proviennent des zones sous contrôle gouvernemental et sont stationnés depuis cette période à la paroisse catholique de Kasika.
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Elle souligne en outre que plusieurs localités sont tombées sous contrôle rebelle alors même que les travaux n’y avaient pas encore repris, estimant que cette chronologie démontre l’absence de lien entre la progression militaire et la réhabilitation routière.
L’entreprise rejette également les accusations relatives à un prétendu accord avec l’AFC-M23, une collaboration avec Strategos Mining, un financement du terrorisme, un blanchiment de capitaux, une installation irrégulière de ressortissants étrangers et un acheminement illicite de minerais.
À chacune de ces accusations, SKD SAS répond que le député « n’apporte aucune preuve ».
« À celui qui allègue les faits d’en apporter la preuve. »
SKD SAS accuse le député Mutiki d’être à l’origine du blocage des travaux
Dans son document, la société retourne ensuite les accusations contre le député.
Elle affirme que Trésor Mutiki exercerait des pressions sur les autorités provinciales et nationales afin d’obtenir l’arrêt du chantier.
Elle l’accuse également d’être « l’auteur intellectuel » des actes de sabotage et de vandalisme perpétrés contre les engins de chantier à Ngenga.
Selon SKD SAS, ces actes auraient été commis par « quelques compatriotes Wazalendo manipulés ».
L’entreprise affirme également que son conseil juridique, Me Jean-Claude Banyakwa, actuellement présent à Mwenga pour accompagner les engins, ferait l’objet de menaces de mort.
Une série d’allégations visant le député
Dans les dernières pages de son document, SKD SAS formule plusieurs accusations contre le député Trésor Mutiki.
Elle évoque notamment les travaux qu’il aurait lui-même réalisés sur des ponts de la RN2 avant son élection, l’entretien récent de l’aérodrome de Manungu à Kamituga, ses relations supposées avec certaines sociétés minières opérant dans le territoire de Mwenga, des allégations concernant certains membres de sa famille ainsi que la distribution de vivres à Bukavu avant la prise de la ville par l’AFC-M23.
L’entreprise soutient que ces éléments démontreraient une contradiction dans les critiques formulées contre elle.
Toutefois, aucune de ces accusations n’est accompagnée, dans le document, de décisions judiciaires, d’enquêtes officielles ou d’éléments permettant d’en établir la véracité. Elles relèvent des affirmations formulées par SKD SAS dans le cadre de sa réponse au député.
La société demande la sécurisation des travaux
En conclusion, Kivu Développement SAS sollicite l’intervention des autorités nationales afin de garantir la sécurité de ses employés et de ses équipements.
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Elle demande que les travaux de réhabilitation de la RN2 puissent reprendre normalement, estimant qu’ils constituent un projet stratégique pour le désenclavement du territoire de Mwenga, la mobilité des populations, le transport des marchandises et le développement économique de cette partie du Sud-Kivu.
L’entreprise affirme enfin que toute nouvelle tentative d’entraver le chantier pourrait l’amener à engager des poursuites judiciaires contre les personnes qu’elle estime responsables des actes de sabotage et des accusations portées contre elle.
