Réunis en congrès à Mbujimayi, dans la province du Kasaï-Oriental, les acteurs du monde universitaire et scientifique de la République démocratique du Congo ont lancé un vaste plaidoyer en faveur d’une refondation de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. À l’issue de leurs travaux, ils ont formulé plusieurs recommandations majeures destinées aux chercheurs, à l’État congolais, à la jeunesse ainsi qu’aux partenaires internationaux.

Les congressistes estiment que l’université congolaise traverse une période décisive qui exige des réformes profondes afin de lui permettre de jouer pleinement son rôle dans la construction de la Nation et dans le développement du pays.

Les chercheurs appelés à retrouver leur mission fondamentale

Dans leur déclaration, les participants exhortent les chercheurs et universitaires congolais à abandonner les replis corporatistes et communautaristes, les divisions stériles ainsi que les logiques limitées aux simples dénonciations ou plaidoyers.

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Selon eux, le rôle premier du chercheur doit rester la production des connaissances, la formation des consciences, le développement des compétences et l’ouverture de nouvelles perspectives pour la Nation.

Les universitaires estiment que la RDC doit désormais privilégier « la revanche du cerveau sur le sol et le sous-sol », en valorisant davantage l’intelligence, l’innovation et la recherche scientifique que la seule exploitation des ressources naturelles.

Ils invitent les chercheurs à aborder les questions d’intérêt national avec créativité et innovation, tout en s’armant de science « jusqu’aux dents », reprenant ainsi l’expression du penseur africain Cheikh Anta Diop.

Le congrès appelle également les universitaires à promouvoir une conception noble, exigeante et éthique de leur profession, à refuser de mettre leur autorité académique au service d’aventures politiques, sociales ou académiques contraires aux intérêts supérieurs de la Nation, et à combattre toute logique mercantile plaçant les intérêts matériels au-dessus des valeurs intellectuelles et morales.

Un appel à l’État pour soutenir l’expertise nationale

Les participants demandent à l’État congolais de considérer les savoirs et les savoir-faire endogènes comme des ressources stratégiques de gouvernance, de souveraineté et de développement.

Selon eux, la gestion du Congo du troisième millénaire nécessite une coopération fondée sur la confiance entre les pouvoirs publics et les producteurs nationaux du savoir afin de mobiliser l’intelligence collective au service du développement durable.

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Ils recommandent également la mise en place d’un agenda national clair ainsi que d’un cadre de coordination capable d’orienter les différents projets de coopération internationale en fonction des priorités nationales.

La jeunesse invitée à croire au pouvoir de l’éducation

Les congressistes appellent la communauté nationale, particulièrement la jeunesse, à ne pas considérer l’université comme un simple passage vers l’obtention d’un diplôme.

Ils estiment que l’avenir du Congo dépend davantage de la qualité des femmes et des hommes capables de penser, d’innover et de servir le bien commun que de l’abondance de ses ressources naturelles.

Pour eux, la matière grise doit désormais prévaloir sur les matières premières.

Une coopération internationale fondée sur le respect des priorités nationales

Les acteurs du monde universitaire demandent aux partenaires de la RDC d’inscrire leur coopération académique et scientifique dans une logique de coresponsabilité, de gains équitablement partagés et de respect des priorités nationales.

Ils souhaitent que les partenariats internationaux contribuent davantage au renforcement des capacités locales et à la construction d’un développement durable et équilibré.

Création d’un Ordre national des professeurs d’université

Parmi les recommandations phares du congrès figure la création d’un Ordre national des professeurs d’université.

Cette structure aurait pour mission de défendre la profession, promouvoir l’excellence académique, encadrer les carrières universitaires et distinguer les parcours fondés sur le mérite.

Elle devrait également dénoncer, sanctionner ou poursuivre les auteurs de dérives académiques et protéger la profession contre l’infiltration de faussaires, de charlatans, de corrupteurs, de tricheurs ou de personnes dépourvues des qualifications requises.

Dépolitiser le monde universitaire

Les participants recommandent une dépolitisation du monde universitaire et scientifique congolais.

Ils demandent le respect du caractère apolitique des institutions académiques et dénoncent l’instrumentalisation politique de la diplomation, des nominations et des promotions.

Afin de préserver l’autonomie et le prestige de la carrière universitaire, ils proposent que tout membre de la profession engagé dans une activité politique soit temporairement privé de l’usage du titre de professeur et de l’exercice de l’enseignement durant son engagement politique.

Réviser les programmes académiques

Le congrès recommande également une profonde revisitation des curricula académiques afin de les adapter davantage aux besoins réels de la société congolaise.

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Les participants souhaitent notamment renforcer l’enseignement de l’histoire, de la géographie, des langues nationales, des mathématiques, de la philosophie, des sciences sociales et de la théologie.

Ils plaident aussi pour un plan de sauvetage des filières scientifiques et technologiques, aujourd’hui menacées dans plusieurs établissements malgré leur importance stratégique pour le développement du pays.

Une politique nationale pour les enseignants et chercheurs

Les universitaires proposent l’élaboration d’une politique nationale de sélection, de rajeunissement, de formation continue, de prise en charge sociale et de retraite du personnel académique et scientifique.

Cette politique devrait fixer des objectifs à court, moyen et long terme dans tous les domaines de la recherche, du savoir et de la technologie.

Consacrer 3 % du budget national à l’université et à la recherche

Le congrès demande au gouvernement d’allouer effectivement au moins 3 % du budget national à l’université et à la recherche scientifique.

Selon les participants, cette mesure permettrait de moderniser les établissements, soutenir l’innovation et réduire la dépendance du pays vis-à-vis de la production intellectuelle, scientifique et technologique étrangère.

Réformer la gouvernance universitaire

Les congressistes préconisent une réforme de la gouvernance de l’enseignement supérieur à travers la simplification et la décentralisation des structures de gestion.

Ils recommandent également un renforcement du système national d’évaluation et d’accréditation des universités, instituts supérieurs et centres de recherche sur base de critères liés à la qualité académique, à la production scientifique, à la gouvernance, aux infrastructures et à l’utilité sociale.

Consolider les institutions viables et fermer les établissements non performants

Les participants souhaitent le renouvellement du moratoire sur la création de nouvelles universités publiques et privées afin de limiter la dispersion des ressources humaines et matérielles.

Ils proposent également la fermeture des établissements universitaires jugés non viables en raison de l’insuffisance du personnel qualifié, de l’inadéquation des infrastructures ou de la faiblesse de l’offre de formation.

Les universités étrangères qui n’apportent aucune valeur ajoutée spécifique à la recherche ou à la formation, ou qui diffusent des idéologies contraires aux intérêts nationaux, devraient également être concernées par cette mesure.

Désengorger et refonder l’université congolaise

Enfin, les acteurs du monde universitaire appellent à un désengorgement de l’université congolaise par le renforcement des critères de sélection et une réforme profonde du système éducatif national.

Ils préconisent un modèle davantage adapté aux réalités, aux priorités et aux urgences du pays, valorisant les expériences locales et évitant le mimétisme de modèles étrangers.

Le congrès encourage également le développement des écoles techniques et des instituts de métiers afin de répondre aux besoins fondamentaux de la Nation et de diversifier les opportunités de formation pour la jeunesse congolaise.

Jean-Luc M.

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