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    Plusieurs réformes en RDC, sauf des articles verrouillés. Les secteurs de la sécurité et de la justice mais aussi la question de l’inégalité salariale sont parmi les réformes prioritaires qui devraient être faites par le Chef de l’Etat Congolais. C’est ce que dit Adrien Zawadi, Président du bureau de Coordination de la Société Civile, 48 heures avant la prestation de serment du Président élu après le vote du 20 décembre dernier. Adrien Zawadi est catégorique par rapport à la révision des articles verrouillés de la constitution.

    La Société Civile fixe des lignes rouges à ne pas franchir par les nouveaux élus. C’est par exemple l’article sur le mandat du Chef de l’Etat.

    Lire aussi : Sanctions contre des candidats fraudeurs : Adrien Zawadi (Société Civile) réclame une mesure « impartiale » et non une « diversion »

    Adrien Zawadi était l’invité de la rédaction de La Prunelle FM. Il répond aux questions de Claudine Kitumaini (Interview)

    La Prunelle RDC : le Président de la République avait annoncé qu’il envisageait des reformes après les élections. En tant que Société Civile, quelles sont les réformes qui devraient être faites pour les cinq prochaines années ?

    Adrien Zawadi : Notre pays est soumis à une situation qui exige beaucoup des réformes à la fois mais toutes ces réformes ne s’égalent pas. Il y en a qui sont plus urgentes et parmi lesquelles je dirais qu’il faut commencer par le secteur de sécurité et de la justice. Parce que ça fait 30 ans que nous sommes en guerre. On a commencé cette réforme pour mettre les policiers en bon état pour leur permettre de travailler pour l’intérêt de la population. Mais cette réforme de la police n’a pas abouti. On n’a jamais commencé la réforme de l’armée et les autres services de sécurité l’ANR et la DGM. Il faut vraiment réformer dans ces secteurs-là.

    C’est très important qu’aujourd’hui on puisse réformer la justice parce qu’elle fait partie de ce qui ne va pas bien dans notre pays et qui fait clouer notre pays dans des situations inacceptables.

    La deuxième réforme pour moi est la réforme salariale. Il nous faut une politique salariale qui optimise et nivelle. Il faut équilibrer le traitement salarial des agents. Il est impensable et inacceptable que certains, dont les députés, touchent 33.000$ et que d’autres citoyens lambda qui font vivre la République au quotidien, puissent toucher 100.000 ou 150.000 francs. Donc, il faut vraiment rééquilibrer les choses et que la différence salariale ne soit pas majeure et profonde. 

    L’autre réforme qu’il faut c’est justement celle qu’on a commencé aussi dans les secteurs miniers et de l’environnement.

    Beaucoup de conflits que nous avons sont des conflits liés au foncier et au minier et on a superposé la loi minière sur la loi foncière. Cela crée des problèmes aujourd’hui avec toutes les entreprises multinationales qui viennent ici et qui dépossèdent l’État et les citoyens de leurs terres sans indemnité et sans indemnisation.

    « Un multipartisme désorganisé, désordonné qui menace même la démocratie… »

    Aujourd’hui les terres des congolais sont attaquées ou recherchées par les multinationales, d’autres par des pays voisins. Il faut protéger les terres des paysannes et ça demande que notre État puisse revisiter ces réformes, même si y en a déjà eu. Il faut les adapter au contexte mondial aujourd’hui. 

    Il faut aussi une réforme politique. Ça ne sert à rien d’avoir des milliers de partis politiques. Cela n’aide pas la démocratie à s’asseoir, à se consolider et à se stabiliser mais par contre les partis politiques qui déstabilisent la démocratie. Donc, si nous voulons que nous ayons une démocratie assise et forte qui se développe, il faut revoir cette question. Nous avons un multipartisme désorganisé, désordonné qui menace même la démocratie au lieu de construire la démocratie.

    Donc je crois qu’il y a beaucoup de réformes…le secteur de l’enseignement par exemple, c’est bon de faire une action dans l’enseignement, mais aujourd’hui on a de milliers d’universités qui ont impacté négativement la qualité de l’enseignement et la qualité de la recherche. Pourtant, aucun pays ne peut se développer sans la recherche. On a des étudiants aujourd’hui qui sont incapables de lire un livre ou qui sont incapables de mener une recherche et tout ça parce que ces secteurs ne sont pas bien structurés, bien organisés.

    Aujourd’hui on est passé au système LMD. Avec quelle qualité d’étudiants nous nous amenons dans le LMD ? Le LMD, s’il n’est pas réfléchi mais s’il n’est pas bien suivi, il va totalement enterrer l’enseignement congolais.

    Autant de réformes qu’il faut mener mais parmi elles, il y en a qui sont d’abord prioritaires et urgentes.

    La Prunelle RDC : la Société civile est un chien de garde de la démocratie, que comptez-vous faire pour que la Constitution ne soit pas tripatouillée et  que les articles verrouillés restent protégés ? 

    Adrien Zawadi : D’abord je voudrais dire que la Constitution donne, en ses articles 26, 27 et  64, à chaque citoyen le droit de protéger la République et nous allons exercer ce droit constitutionnel.

    C’est particulièrement l’article 64 et l’article 26 sur la manifestation publique et l’article 26 et l’article 27 aussi, je crois, qui permettent de défendre aussi la démocratie et de défendre aussi l’intégrité du pays contre toute personne qui veut prendre le pouvoir contrairement à la volonté constitutionnelle.

    Il y a aussi la charte africaine sur la démocratie qui donne droit à tout peuple de défendre cette démocratie-là. Nous n’allons pas inventer la route, tout est déjà fixé par la loi. Sauf que nous ne pouvons pas prêter des intentions maintenant aux autorités. Il ne faut pas amener la Société Civile à prêter des mauvaises intentions aux autorités. Nous n’avons rien à faire si rien n’est fait mais on aura des réponses à si on veut le tripatouillage de la Constitution.

    Il faut rappeler que tous les textes sont déjà là. La déclaration universelle des droits de l’homme, la charte africaine de droit à la démocratie. Nous avons autant d’outils qui permettent de préserver la démocratie et de sauver la démocratie contre les tentatives de tripatouillage. On l’a déjà fait en 2016 avec le régime Kabila,  j’imagine que le régime actuel ne va pas aussi risquer. D’ailleurs, on l’a fait avec ces gens qui étaient opposants, les gens qui sont au pouvoir aujourd’hui qui s’opposaient à l’époque. On a fait un combat à la Société Civile pour que la constitution ne soit pas tripatouillée. 

    Au Sud-Kivu, nous avions fait la campagne « ne touchez pas à ma constitution ». Cette campagne est importante aujourd’hui si jamais il y a une tentative, mais je me garde de le dire aujourd’hui, parce qu’il ne faut pas prêter des intentions et de mauvaises intentions au pouvoir en place.

    La Prunelle RDC : Selon vous, si la Constitution est modifiée ; quelles sont les questions qui ne doivent pas être touchées ou en d’autres termes, quelle est votre ligne rouge en tant que Société civile ?

    Adrien Zawadi : Je crois que notre Constitution a encore beaucoup de problèmes. Elle mérite d’être revisitée mais est-ce qu’on pourrait revisiter certaines questions sans avoir la tentation d’aller toucher aux articles verrouillés ; c’est-à-dire aux articles 219 et particulièrement aux articles 220 qui fixent le mandat du président de la République ? La tentation est grande, il y a l’article 217 qu’il faut revisiter. Cet article qui dit que la République Démocratique du Congo peut conclure des traités d’accord des associations des communautés portant un abandon partiel de sa souveraineté envie de promouvoir l’Unité africaine.

    Clore définitivement le débat sur la double nationalité !

    Cet article doit être révisé et on ne peut pas accepter qu’on cède une partie de notre souveraineté pour l’intérêt de l’unité africaine. Cet article doit être revisité.

    Il  y a d’autres articles comme 10 sur la nationalité aujourd’hui. Il faut qu’on tranche. Soit qu’on accepte la double nationalité avec des limites en disant qu’ils peuvent accéder à certains postes sauf le poste de la Présidence, les grandes fonctions. Le débat qu’il y a eu dans la campagne électorale, nous pousse quand même à demander de le revoir.  Nous suspectons de nombreux dirigeants aujourd’hui d’avoir la double nationalité. Il faut que ce débat soit clos une fois pour toutes. Quand peut-on avoir la double nationalité, dans quelles conditions…que peut-on faire dans ces conditions ? Il faut que cela soit réglé.

    Un Gouverneur élu indirectement mais avec beaucoup plus d’acteurs

    Mais aussi au niveau local, je crois que la question des gouverneurs doit être fixée par la Constitution. La manière dont on a élu les gouverneurs ici n’est pas bonne. Il faut soit qu’on définisse, soit que le Gouverneur soit élu au scrutin direct ou pas mais je ne dirai pas direct, j’aurais proposé personnellement que le Gouverneur soit élu au scrutin indirect mais cette fois-là, pas seulement avec l’Assemblée Provinciale, puisque nous avons des conseillers communaux, de conseillers des Chefferies… tous ces gens-là, peuvent être mis ensemble avec les députés provinciaux pour élire les Gouverneurs.

    Je pense que ça donne une marge de légitimité beaucoup plus grande au Gouverneur que de réduire seulement l’élection aux seuls députés provinciaux.

    Je voudrais qu’en plus des députés provinciaux, le Gouverneur soit élu par les conseillers communaux ou les conseillers urbains, et qu’on ajoute les conseillers des chefferies. L’élection sera plus ouverte à toutes les entités territoriales décentralisées quoi qu’il y ait beaucoup de choses sur lesquelles il faut revenir dans la Constitution mais la tentation d’aller jusqu’à toucher les articles verrouillés est grande. C’est ça que nous devrions protéger parce qu’on ne peut pas continuer avec une constitution qui a de lacunes ou qui a déjà des germes conflictuels. Il faut nettoyer tout ça. Mais comment devra-t-on le faire sans toucher aux articles verrouillés particulièrement l’article 220? Ça, c’est une question de débat qu’il faut mettre et une question de citoyenneté qu’il faut protéger.

    La Prunelle RDC : l’Union sacrée est majoritaire au Parlement ; est-ce que cela ne menace pas la démocratie en RDC et vous comme Société civile, comment allez-vous continuer à être un contrepoids à cette majorité au pouvoir qui à la grande partie des députés au sein du Parlement ? 

    Adrien Zawadi : Oui le processus électoral de 2023 été un processus atypique qui mérite qu’on puisse revenir à certains fondamentaux. Je pense qu’il faut revoir le système électoral, il faut aussi se poser des questions sur la CENI. D’abord, si je devais revenir à votre question de la majorité de l’Union Sacrée, il faut dire que c’est une majorité qui connaîtrait une crise de légitimité, parce que maintenant vous avez tous les dossiers qui entrent à la Cour Constitutionnelle si les recours n’aboutissent pas, je crois qu’on va avoir une assemblée dans laquelle la population ne se reconnaît pas effectivement et ça, c’est déjà une crise de légitimité. Ils peuvent avoir une légalité mais l’acceptation de cette assemblée va poser un problème et pour cela, il faut travailler en amont et en aval. Alors, nous comme Société civile, je dis encore que nous n’allons pas prêter des intentions. 

    C’est à chaque fois que nous verrons que cette Assemblée n’a pas répondu aux besoins de la population que la Société Civile pourrait réagir.

    Même quand on a la majorité, la Société Civile est obligée de travailler et de pousser, d’influencer les décisions politiques à plus forte raison maintenant que nous n’avons pas une voix dissonante et au niveau de l’assemblée, c’est-à-dire qu’on n’aura pas une opposition. Je crois qu’on a que 24 députés de l’opposition au niveau de l’Assemblée Nationale.

    Donc, la Société Civile devra travailler beaucoup pour essayer de mettre de l’équilibre dans les considérations politiques qui seront traitées au niveau de l’Assemblée Nationale.

    Aussi, je crois que la Société Civile devra se reconstituer et travailler fort pour qu’elle puisse peser lourd dans la balance politique et si non une Assemblée nationale avec une seule configuration politique, une assemblée qui est monolithique, c’est une assemblée qui peut nous amener facilement vers une dictature et ça ce n’est pas acceptable.

    La Prunelle RDC : un message aux dirigeants et aux acteurs politiques de la RDC.

    Adrien Zawadi : En fait, les dirigeants de la RDC sont les dirigeants du peuple et la démocratie est définie comme pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. C’est alors à eux de faire le choix de travailler pour eux-mêmes, pour leurs partis politiques ou pour le peuple.

    Travailler pour la paix, la cohésion…

    S’ils travaillent pour le peuple et que le peuple le sente et le vive, je crois qu’il y aura moins de peur et de crainte. Mais s’ils travaillent pour eux-mêmes avec cette division qu’on a déjà connue, ça va être très compliqué et je crois que les tensions sont latentes et les esprits sont surchauffés et c’est en tout cas les dirigeants qui doivent tout faire pour calmer les esprits, calmer le jeu et ramener la cohésion nationale, la paix et la cohabitation entre les peuples.

    C’est eux qui doivent travailler sur ça et tout dépend de comment ils vont diriger…quel genre de pratique politique pour quel genre d’actions publiques à prendre.

    Du côté de la population, nous devons savoir que ce pays nous appartient et nous devons l’aimer. L’aimer ne signifie pas le brûler… nous ne devons pas brûler notre pays.

    Nous devons trouver les mécanismes non violents pour faire nos revendications parce que si nous brûlons ce pays, nous n’en aurons plus un autre.

    Je pense que nous sommes assez intelligents, nous sommes assez outillés, nous sommes assez expérimentés pour savoir revendiquer nos droits sans porter atteinte à l’intégrité de notre pays. C’est pour cela que nous ne soutenons pas toute dynamique qui pense que parce que les choses ne vont pas bien, il faut nourrir le rang des groupes armés. NON.

    Nous devons trouver les mécanismes légaux et d’ailleurs ils sont nombreux pour faire nos revendications et nous devons continuer à travailler pour la construction de notre pays.

    Propos recueillis par Claudine Kitumaini

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