Des jerricans jaunes sur la tête, d’autres traînés à même le sol, des enfants empruntent quotidiennement le chemin menant aux rives du lac Kivu. Dans le quartier Kyeshero, à l’ouest de Goma, cette scène est devenue presque banale. Pourtant, derrière ces allers-retours incessants se cache une réalité inquiétante : celle d’une population contrainte de puiser son eau directement dans le lac, faute de points d’approvisionnement à proximité.

À l’approche des grandes vacances scolaires, le constat des reporters de La Prunelle RDC est alarmant. Malgré les efforts consentis pour améliorer la desserte en eau potable dans la ville, plusieurs familles de Kituku continuent de dépendre des eaux brutes du lac Kivu pour leurs besoins quotidiens. Une habitude qui expose les habitants, et particulièrement les enfants, à de multiples dangers.

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Au bord du lac, les plus jeunes remplissent les bidons sous le regard parfois distrait des adultes. Pour eux, cette corvée est devenue une routine. Pourtant, ni les risques de noyade ni les conséquences sanitaires liées à la consommation d’une eau non traitée ne semblent les détourner de cette tâche.

« Nous sommes conscients que cette eau est insalubre, mais nous n’avons pas le choix. Parcourir plusieurs kilomètres pour trouver un robinet est un calvaire quotidien », confie une habitante rencontrée non loin de l’école Caracciolini.

Pour cette mère de famille, le danger ne se limite pas à la qualité de l’eau. Les rares bornes-fontaines existantes se trouvent parfois à plusieurs kilomètres. Pour y accéder, les habitants doivent traverser des routes très fréquentées, exposant les enfants aux accidents de circulation.

« Nous vivons avec la peur. Les enfants sont obligés de transporter l’eau et doivent souvent traverser des axes où circulent voitures et motos. C’est très dangereux », explique-t-elle.

Dans ce quartier, les mineurs sont devenus malgré eux de véritables « porteurs d’eau ». Une situation qui inquiète les habitants.

Mapendo Alexis, riverain de Kyeshero, tire la sonnette d’alarme. Tout en appelant les parents à plus de vigilance, il estime que les dispositifs actuels restent insuffisants.

« Beaucoup d’enfants rentrent à la maison sans avoir ajouté le chlore nécessaire, malgré les points de distribution mis en place. C’est extrêmement dangereux », déplore-t-il.

Pour lui, la solution est claire et ne peut plus attendre.

« Les autorités doivent impérativement multiplier les bornes-fontaines pour rapprocher l’eau potable des ménages. Des mesures urgentes s’imposent pour éviter les drames, qu’il s’agisse de noyades ou d’épidémies liées à la consommation d’eau souillée », insiste-t-il.

À Kyeshero, le cri de détresse des habitants révèle une faille persistante dans le réseau de distribution d’eau potable de Goma. Si des initiatives ponctuelles existent, elles peinent encore à répondre aux besoins réels des populations. Pour beaucoup, rapprocher les robinets des habitations reste la seule solution durable pour détourner les familles des eaux du lac et préserver les enfants de dangers évitables.

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Alors que les grandes vacances s’annoncent, les berges du lac Kivu risquent de voir davantage d’enfants s’improviser porteurs d’eau. Pour les habitants, leur protection constitue désormais une urgence humanitaire et sécuritaire à laquelle les autorités provinciales et urbaines sont appelées à répondre.

Kelvin Kimbere et Christian Zigamala

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