La Société Civile du Sud-Kivu dénonce l’arrestation de six acteurs de la société civile et du secteur économique à Baraka et exige leur libération immédiate et sans condition. Elle accuse les services de sécurité d’avoir procédé à des interpellations arbitraires après une mobilisation contre les barrières illégales et le recouvrement forcé des taxes.

La Société Civile du Sud-Kivu hausse le ton après l’arrestation de plusieurs acteurs de la société civile et du secteur économique à Baraka, dans le territoire de Fizi. Dans une déclaration publiée samedi 15 août 2026, dont une copie est parvenue à La Prunelle RDC ce lundi, son bureau de coordination provinciale dénonce ce qu’il qualifie d’arrestations arbitraires et demande la libération immédiate des personnes interpellées.

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Selon cette structure, les arrestations sont intervenues le 14 août à Katanga, dans la ville de Baraka, lors d’une opération menée par des agents de sécurité.

Parmi les personnes citées figurent Albert Etunda, président du noyau urbain de la société civile de Baraka, Ali Mukubila, vice-président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), centre de négoce de Baraka, ainsi que Joseph Sango, Eliya Yambayamba, Shabani Rachidi Denis et Augustion Echa.

Une mobilisation contre les barrières et le recouvrement forcé

La société civile affirme que ces interpellations seraient intervenues après un appel à une journée ville morte destiné à dénoncer notamment les barrières érigées, selon elle, par certains éléments des FARDC et des Wazalendo, ainsi que le recouvrement forcé de taxes auprès des opérateurs économiques.

Le noyau urbain de la société civile dit avoir régulièrement dénoncé le manque de transparence dans la gestion des recettes publiques et l’absence de concertation avec les opérateurs économiques.

Pour cette organisation, les revendications liées à la redevabilité et à la gestion des ressources publiques relèvent du contrôle citoyen.

« Dans un système démocratique, exiger la redevabilité n’est pas un crime mais un principe fondamental de bonne gouvernance », soutient la Société Civile du Sud-Kivu.

Elle estime par ailleurs que les autorités doivent privilégier la transparence dans la gestion des recettes afin de renforcer la confiance de la population et encourager le civisme fiscal.

Des arrestations jugées arbitraires

Le bureau de coordination provinciale conteste également les conditions dans lesquelles les personnes ont été arrêtées.

Il affirme qu’aucune audition sur procès-verbal n’aurait été réalisée au moment des interpellations et que les agents intervenus n’étaient, selon la société civile, porteurs d’aucun acte légal présenté aux personnes arrêtées.

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La structure indique que les six personnes ont ensuite été transférées menottées à Uvira, où elles auraient été placées dans un cachot de la police.

La Société Civile dénonce ainsi la brutalité de l’opération et estime que les personnes concernées ont été arrêtées alors qu’elles exerçaient, selon elle, leur rôle de contrôle citoyen.

Ces allégations n’ont toutefois pas été accompagnées, dans la déclaration consultée, d’une version des services de sécurité ou des autorités judiciaires permettant de confronter les faits rapportés.

La Société Civile appelle aussi à la vigilance

Tout en dénonçant les arrestations, la société civile du Sud-Kivu appelle ses propres animateurs à davantage de prudence dans leurs actions de revendication.

Elle les encourage à analyser le contexte sécuritaire avant toute mobilisation, à privilégier le plaidoyer et à rechercher le dialogue avec les autorités compétentes.

Cette recommandation intervient dans un contexte particulièrement difficile à Baraka et dans le territoire de Fizi, marqué par l’insécurité, les restrictions et les difficultés économiques, auxquelles s’ajoute, selon la société civile, une coupure d’internet qui affecte les activités de la population et des opérateurs économiques.

Une tribune de redevabilité réclamée à Baraka

Au-delà de la libération des personnes arrêtées, la société civile demande à l’autorité provinciale d’organiser une tribune de redevabilité à Baraka, suivie de concertations réunissant les différentes parties prenantes.

Elle estime que la FEC et la société civile doivent être considérées comme des partenaires au développement et non comme des adversaires.

L’organisation demande également au gouvernement central de renforcer la rétrocession en faveur des provinces et d’activer la Caisse nationale de péréquation, afin de contribuer au financement des besoins des provinces confrontées à d’importantes difficultés.

Mise en garde contre les violations des droits humains

La société civile met par ailleurs en garde certains éléments des FARDC et des Wazalendo qu’elle accuse de violations des droits humains.

Elle affirme que les auteurs de tels actes devront, le moment venu, répondre de leurs actes devant la justice.

Dans le même temps, elle appelle les autorités provinciales à faire preuve de discipline financière, d’orthodoxie dans la gestion publique et de responsabilité, estimant que la transparence dans l’utilisation des recettes publiques est indispensable pour convaincre les citoyens de s’acquitter de leurs impôts et taxes.

Trois journées ville morte annoncées

La tension reste vive à Baraka. Toujours samedi 15 août, la Société Civile locale a annoncé trois journées ville morte, du 17 au 19 août 2026, pour réclamer la libération des acteurs de la société civile et du secteur économique arrêtés puis transférés à Uvira.

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Cette mobilisation devrait ainsi maintenir la pression sur les autorités alors que la société civile demande simultanément la libération des personnes interpellées, l’ouverture de concertations et une clarification sur les modalités de recouvrement des taxes dans la ville.

Pour les acteurs citoyens, l’enjeu dépasse donc le seul cas des six personnes arrêtées : il touche à la redevabilité publique, au respect des droits fondamentaux, à la fiscalité locale et aux relations entre autorités, société civile et opérateurs économiques dans une zone confrontée à une situation sécuritaire et économique particulièrement fragile.

Édith Kazamwali

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