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Le Professeur Docteur Mukwege s’est exprimé ce mardi 10 mars 2020 à Kinshasa alors qu’on lui décernait le titre de Docteur Honoris Causa de l’Université Protestante au Congo (UPC).

S’adressant aux intellectuels, le Prix Nobel de la Paix 2018 a appelé à se réveiller en reconnaissant que le pays traverse des graves difficultés.

«Le temps est venu de nous réveiller.  Notre pays traverse des graves difficultés, il est par terre. Nier cette réalité nous éloignerait de toute perspective de relèvement. Nous devons en être conscients mais non en avoir peur au point d’être tétanisés. La crise actuelle est aussi un défi et une opportunité.  L’université et les intellectuels ont un rôle déterminant à jouer pour trouver des solutions à cette crise. Ils devront mettre la main à la pâte, faire des propositions, initier des actions à impact durable » a-t-il dit.

Le Docteur Mukwege a également rappelé que ce ne sont pas les universités étrangères, ou d’autres peuples qui résoudront «nos problèmes à notre place ».

« …ne laissons pas nos bourreaux écrire notre histoire. L’horreur nous interdit la complaisance et la neutralité »

«Ils peuvent certes nous aider, mais nous devons d’abord assumer notre part de responsabilité. Et, je le souligne avec force : elle est énorme », insiste «l’homme qui répare les femmes ».

Dans la tempête, soutient-il, « on a besoin d’un capitaine et des matelots courageux pour mener le navire à bon port ».

«L’université et les universitaires ont un devoir, le plus noble des devoirs, celui d’éclairer notre nation et la guider vers des rivages plus radieux. C’est à nous, c’est à vous d’écrire une nouvelle page de notre histoire. De l’écrire à l’encre de nos intelligences et de notre sueur.  Lorsque la vérité s’impose, ayons le courage de la dire car elle est universelle. Dans le cas des massacres, des pillages de nos ressources,  des violences faites à nos filles, à nos sœurs et à nos mères, ne laissons pas nos bourreaux écrire notre histoire. L’horreur nous interdit la complaisance et la neutralité. Nous devons nous engager et transmettre aux générations à venir une  mémoire de dignité pétrie par les épreuves et l’espérance », a-t-il appelé.

L’université pour le Changement

Dans une société en crise comme la nôtre, où la misère se généralise et les rêves des jeunes se brisent sur le roc du chômage structurel, dit Denis Mukwege, l’université devrait  être à l’avant-garde de l’exigence de l’excellence et de la créativité. « Elle devrait adapter la formation aux enjeux de notre société d’aujourd’hui et de demain »

Il se dit donc convaincu que l’université devrait être davantage plus consciente de sa responsabilité de former une élite visionnaire, capable de conduire la société vers le changement tant attendu par nos populations. « L’embellie qui se dessine dans le ciel politique congolais, malgré ses imperfections, est forcément un levier  et une opportunité à capitaliser pour cette évolution » pense le Docteur Mukwege.

Honneur-David Safari

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