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    A part la réforme en matière électorale qui doit favoriser l’élection des femmes, Annie Malongo, cadre du parti Politique Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) propose la réforme sur la question de nomination des gouverneurs des provinces. Cette femme leader de la province du Sud-Kivu pense que le fait que les gouverneurs soient élus par les députés provinciaux ne permet pas à certaines provinces d’évoluer. Elle propose donc la nomination des gouverneurs non originaires. Par rapport à la question de femmes, Malongo est formelle : que les femmes soient nommées à tous les niveaux pour leur permettre d’avoir des moyens de leur de remporter un siège et que la constitution soit respectée en matière de parité. Annie Malongo, cadre de l’UDPS est l’invitée de la Rédaction de La Prunelle FM. Elle répond aux questions de Claudine Kitumaini (Interview)

    La Prunelle RDC: Avant les élections de décembre 2023, le président prévoyait faire des réformes en RDC, pour vous quels sont les secteurs et les matières prioritaires?

    Annie Malongo : aujourd’hui la RDC a besoin de beaucoup de réformes et beaucoup plus pour moi, celles qui visent à consolider l’unité. Je pensé en premier qu’on peut commencer par quatre réformes : En premier, c’est en matière d’éducation. Il faut introduire les quatre langues nationales dans l’éducation. Que ça soit dans les écoles publiques ou les écoles privées. Que chaque congolais soit capable de s’exprimer en Kikongo, Tshiluba, Swahili et Lingala. Ca va contribuer à renforcer notre « congolité » et à faire de nous un peuple et une nation.

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    Deuxièmement, je pense qu’il faut la réforme sur le plan administratif. Nous avons vu la décentralisation mais malheureusement à côté de la décentralisation il y a eu quelques couacs. Par exemple, par rapport aux chefferies, ce sont des autorités qui gèrent des moyens mais qui ne sont pas contrôlées. Malheureusement, les élections n’ont pas fait en sorte qu’on puisse avoir des élus à ce niveau et même-si on peut avoir des élus au niveau des chefferies qu’est-ce qu’un membre de la communauté peut dire à un Mwami? Je pense que ça aussi c’est très important.

    Mais aussi, on a vu que la décentralisation et la déconcentration n’ont pas marché au niveau des territoires et des provinces. On a vu des AT (Administrateur des Territoires), qui ont une autorité à Kinshasa (Ministère de l’Intérieur)  mais aussi au niveau local, il y a le Gouverneur de province. On a vu également les chefs des Divisions alors qu’il y a un ministre provincial. Ça, vraiment, ce sont des réformes qu’on doit faire.  

    A la territoriale, faire en sorte qu’on ne puisse pas avoir des chevauchements entre les matières de Kinshasa (gouvernement central et les matières qui sont du domaine de la province.

    Il y a aussi une troisième réforme, c’est par rapport à la loi électorale. Nous avons vu les femmes se battre, nous avons vu comment cette fois-là les organisations féminines, les mouvements, la société a dit qu’il est aussi temps de donner le pouvoir aux femmes mais on a constaté aujourd’hui que ça n’a pas marché. On n’a même pas vingt pourcent des femmes au niveau de la députation nationale.

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    Une réforme de la loi électorale pourra aider les femmes par rapport au temps. Si on mettait un nombre de postes que les femmes doivent conquérir à la députation, ça pourrait les aider.

    Il faut aussi une réforme sur le plan monétaire. Nous sommes fatigués d’utiliser le dollar. Nous sommes parmi les rares pays au monde qui n’ont pas leur monnaie. 

    Vraiment, il faut être regardant au cours de ce nouveau mandat. Nous avons vu le président Tshisekedi en train de s’expliquer à propos du dollar pendant le meeting. S’il a été obligé d’expliquer le dollar au Kivu, en Equateur, au Kasaï, au Katanga…c’est parce que notre monnaie n’est pas stable, notre monnaie n’est pas valorisée.

    Je pense qu’il est temps d’interdire la circulation, au niveau par exemple des marchés, de la monnaie étrangère. Voilà les quatre réformes que moi je pense prioritaires dans un premier temps, pour ce second mandat.  

    La Prunelle RDC: Madame Annie, il y a un débat autour de la modification de la constitution pour vous quelles sont les sensibilités auxquelles on ne doit pas toucher ?

    Annie Malongo : Je peux vous rassurer que l’UDPS est un parti politique démocrate. Les gens sont en train de penser que comme l’UDPS est déjà au pouvoir, il peut modifier la durée du mandat de Chef de l’Etat…augmenter le nombre non, je ne pense pas que l’UDPS puisse y toucher. 

    Par contre, par exemple la nomination des gouverneurs. Ça, ce sont des choses auxquelles on peut penser. Nous avons vu des gouverneurs qui n’ont pas su gérer leurs entités parce que ce sont des gouverneurs qui ont été protégés soit par leur communauté soit par le fait qu’ils ont une majorité au niveau local.

    Si par exemple le Chef de l’Etat nomme les gouverneurs -mais pas que les nommer-, on les nomme et on les permute. On aura les gouverneurs non originaires. On aura quelqu’un qui vient du Sud-Kivu et Gouverneur de l’Ituri, celui du Maniema peut aller au Sud-Ubangi, etc. Moi je pense qu’on doit être honnête envers nous-même.

    L’autre réforme c’est par rapport à la double nationalité. Je pense qu’il est temps de donner à nos enfants qui sont nés à l’étranger ou qui sont partis involontairement et qui ont pu acquérir de nouvelle nationalité d’avoir la possibilité d’obtenir aussi la nationalité congolaise.  Mais on peut bloquer cette notion de double nationalité à un niveau. 

    Par exemple, on ne peut pas être un chef d’Etat et avoir une double nationalité. Mais pour les autres citoyens qui ont choisi d’autres pays,  pas volontairement mais parce qu’il y avait de l’instabilité, ils peuvent avoir cette double nationalité. Je pense que c’est ce qu’on peut toucher. Mais ce qui est vraiment capital comme la durée et le nombre des mandats, je ne crois pas que l’UDPS envisage d’y toucher.

    La Prunelle RDC: l’Union sacrée est très majoritaire au parlement. L’opposition et la Société civile pensent que cet état de chose peut menacer la démocratie parce qu’il n’y aura carrément pas de voix discordante. Quelle est votre réaction ?

    Annie Malongo: vous savez, nous sommes un Etat qui a une culture démocratique très avancée et à l’UDPS, le feu Etienne Tshisekedi disait qu’une fois que l’UDPS sera au pouvoir, il n’y aura plus d’opposition. C’était un prophète. Il avait déjà prophétisé que UDPS au pouvoir, on n’aura pas d’opposition.

    On s’oppose à un système qui ne répond pas à vos besoins alors que nous avons un Chef d’Etat qui est ouvert, qui est courtois… voilà pourquoi la plupart, la majorité de leaders locaux, nationaux ont choisi d’accompagner le Chef de l’Etat. On ne devient pas opposant juste parce qu’on le veut, non! Ce n’est pas une menace à la démocratie, c’est parce que les élections ont été libres, transparentes et démocratiques. C’est le peuple qui a choisi les quelques députés de l’opposition. Les opposants et les autres mouvements de pression peuvent toujours continuer à faire la pression parce qu’on ne peut pas aussi parler de la démocratie si on n’a pas un contre-pouvoir. 

    Donc, on les encourage à travailler même s’ils sont minoritaires mais le peuple a montré que l’UDPS est réellement un parti démocratique et l’Union Sacrée, c’est des acteurs clés dans la démocratisation de notre pays. Voilà pourquoi le peuple les a majoritairement choisis. Je ne vois pas le problème par rapport à ça.

    La Prunelle RDC: la femme est faiblement représentée, vous l’avez dit. A part la reforme en matière de la compétition électorale, que pensez-vous qu’on puisse encore reformer par rapport à la femme ?

    Annie Malongo: Je crois que le Ministère du genre doit réellement faire son travail. On doit sensibiliser les communautés, on doit montrer aux gens tout ce qui y a eu comme stéréotypes par rapport aux femmes et que ce n’est pas réel.

    Pour ça, le gouvernement doit nous aider. Nous avons vu des provinces où les femmes ont été parmi les meilleures élues de la province. Pourquoi ? Parce que ces femmes-là avaient de moyens. Si, nous aujourd’hui par exemple, on a une Gouverneur femme au Sud-Kivu, on est sûre qu’elle sera élue députée. Nous demandons donc au gouvernement de nous aider à nommer plus de femmes parce qu’on ne peut pas aimer quelque chose et son contraire. La Constitution est déjà claire quant à ce. Il faut 50% et c’est validé depuis 2006, mais ça ne marche pas. On ne peut pas attendre à ce qu’une population qui attend que les gens puissent donner des œufs pour pouvoir voter et attendre qu’une femme qui n’a rien puisse être élue députée. De ce côté, j’ai vraiment confiance au Président Tshisekedi qui est champion du. La fois passée, il nous a donné presque 24% des femmes au niveau du gouvernement. J’ai confiance qu’il va aller à 40%.

    On doit aussi nommer des femmes Ministres provinciaux, femmes Cheffes des Divisions, Administrateurs des Territoires, Cheffes des Quartiers, Cheffes d’avenues… que les femmes pensent déjà à s’habituer à voir les femmes gérer.

    La Prunelle RDC: Annie Malongo, quel est votre appel aux acteurs politiques?

    Annie Malongo: Ce que j’ai à dire aux acteurs politiques et à tous ceux qui s’intéressent à la gouvernance, c’est que nous avons de la chance. Ça fait quatre cycles électoraux et nous sommes en train de changer les leaders. Ceux-ci viennent, les autres partent et ça c’est déjà un pas. Nous sommes une très jeune démocratie. C’est depuis 2006 seulement qu’on a commencé. Donc, nous sommes déjà loin à cette étape. Je demande à tout le monde de se préparer pour les prochaines élections parce que l’UDPS a patienté plus de 37 ans, elle a essayé de comprendre les problèmes de la population et voilà pourquoi aujourd’hui l’UDPS a eu beaucoup des députés. Ceci  parce qu’il y a eu le temps de se préparer. Les autres doivent se préparer aussi.

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    Que tous ceux qui se sentent lésés puissent aller en justice. Le parti (UDPS) a appelé tous les candidats (UDPS et autres) qui se sentent lésés d’aller en justice. Leurs partis vont les accompagner. 

    Propos recueillis par Claudine Kitumaini
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